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Burkina Faso: réouverture du procès de Compaoré et de ses ministres

Vingt-cinq anciens ministres de Blaise Compaoré seront devant la Haute Cour de Ouagadougou ce jeudi 4 mai 2017, mais pas l’ex-président burkinabè.
© RFI/Carine Frenk
Par RFI Publié le 04-05-2017 Modifié le 04-05-2017 à 10:42

Le procès du dernier gouvernement Blaise Compaoré reprend ce jeudi matin 4 mai devant la Haute Cour de justice à Ouagadougou. Ouvert il y a une semaine, le procès avait aussitôt été renvoyé. Jeudi dernier, 25 anciens ministres se sont présentés. Six ministres qui vivent en exil seront jugés par contumace. A commencer par l’ex-président, qui est jugé en tant qu’ancien ministre de la Défense et qui a pris la nationalité ivoirienne. Ils sont poursuivis pour «complicité d’homicide volontaire et complicité de coups et blessures volontaires». Ils sont jugés pour leur implication présumée dans la répression de l’insurrection populaire d’octobre 2014 qui avait conduit à la chute du régime.

Devant leurs juges, 25 anciens ministres vont comparaître ce jeudi. Une image inédite. Tous sont poursuivis pour avoir décidé, lors du Conseil extraordinaire des ministres du 29 octobre 2014, de faire appel à l’armée pour réprimer les manifestants hostiles à la modification de la Constitution.

Pour l’accusation, en signant « une réquisition complémentaire spéciale », les ministres ont incité les militaires à tirer à balles réelles sur des manifestants, occasionnant sept décès et 88 blessés.

Selon une source judiciaire, le procès ne devrait pas durer plus de deux semaines. La première journée doit être consacrée en partie aux exceptions. Environ trois jours pour les interrogatoires des prévenus. Une journée pour l’audition des témoins. Parmi eux, le général Gilbert Diendéré, ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré qui était présent à l’ouverture du procès. Puis ce sera le réquisitoire, les plaidoiries, le dernier mot des accusés et le délibéré.

A (RE)LIRE → Du palais de Kosyam à la Haute Cour de justice: Blaise Compaoré en 12 dates

Le parti de Blaise Compaoré dénonce d’ores et déjà un « procès politique qui tient du règlement de compte ». « Aucun acte illégal n’a été commis », renchérissent les avocats de la défense.

A l’inverse, pour ceux qui avaient pris part à l’insurrection populaire, c’est le procès de la responsabilité politique et de la reddition des comptes. Le procès du refus de l’impunité.

« Beaucoup de ceux qui se retrouvent dans le box des accusés ne se seraient jamais imaginé un jour devant la justice, tant ils considéraient que la justice c’était pour les autres, commente Luc Ibriga, juriste, président du Forum de citoyennes et citoyens de l’alternance. Voilà pourquoi ce procès est important parce que les Burkinabè ont soif de justice. Parce que ceux qui ont choisi de faire passer leur projet de révision de la Constitution par la force, aujourd’hui ont à rendre compte des décisions qu’ils ont prises. C’est un grand moment, un moment symbolique de la responsabilité politique et de l’importance de la reddition des comptes. Les Burkinabè s’en souviendront. »

L’ex-président Blaise Compaoré n’est pas présent au procès. « C’est dommage qu’il soit absent et c’est dommage pour lui qui voulait se donner l’image d’un grand homme d’Etat, souligne Luc Briga. Un grand homme d’Etat ne fuit pas devant ses responsabilités, il les assume. Et le fait qu’il soit parti du Burkina Faso, mais qu’il ait aussi changé de nationalité pour échapper à la justice, ne le grandit pas du tout. »

Lydia Karambiri, dont le mari a été tué le premier jour de l’insurrection populaire. © RFI/Carine Frenk
■ Les victimes en attente de justice

Devant la Haute Cour de justice de Ouagadougou, les victimes n’ont pas pu se porter partie civile, la loi ne le prévoit pas. Elles le déplorent. RFI a rencontré Lydia Karambiri. Son mari qui travaillait au Haut commissariat pour les réfugiés (HCR) en République démocratique du Congo a été tué par le Régiment de sécurité présidentielle, au premier jour de l’insurrection.

Nous on voulait que Blaise soit là, qu’il nous regarde. Il nous a fait tellement de mal. S’il a un cœur, ça doit lui faire quelque chose. Mais s’il n’est pas là, qui va-t-on aller voir là-bas ?
Lydia Karambiri, la veuve d’une victime

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