Tandis que la candidate frontiste était vendredi à Reims, dans un dernier geste destiné à l’électorat catholique, son entourage ne se fait plus guère d’illusions pour dimanche.

«Allez, on ne va pas se raconter d’histoires : évidemment, c’est cuit.» Nous sommes vendredi, dernier jour de la campagne. Comme beaucoup de ses camarades, ce cadre frontiste ne croit plus en la victoire de sa candidate. En déplacement à la cathédrale de Reims, celle-ci vient d’envoyer un dernier signal à l’électorat catholique (lire page 16). Avant de quitter les lieux en catimini, sous les huées d’une centaine de manifestants. Epilogue d’une campagne ratée, à l’image du débat de second tour où Marine Le Pen aura consterné nombre de ses propres sympathisants.

Pour les petites mains du camp frontiste, l’enjeu, mercredi, n’était plus de l’emporter mais de décrocher une défaite honorable qui ferait du FN le meilleur opposant à Emmanuel Macron. «Si on obtient 40 %, ce serait déjà une énorme victoire», a commenté Marion Maréchal-Le Pen le lendemain. En privé, certains sont plus pessimistes encore : «Si elle fait 35 %, ce sera un miracle.» Un tel score représenterait certes un record pour le Front national dans une élection présidentielle ; il n’en serait pas moins profondément décevant pour celle qui a régulièrement jugé ses idées «majoritaires» dans le pays.

Vendredi, les ultimes sondages accordaient à Marine Le Pen légèrement moins de 40 % des voix, en baisse de quelques points sur les derniers jours. Chez les observateurs comme au sein du parti, ce chiffre rond semble marquer la limite entre un revers acceptable et une trop lourde défaite.

Préparer le terrain

Au-dessus de ce niveau, la mauvaise campagne de Marine Le Pen s’effacerait derrière ce spectaculaire progrès électoral. La candidate aurait su susciter une adhésion, certes minoritaire, mais tout de même massive à son projet pour la France. Un tel résultat fragiliserait d’entrée de jeu Emmanuel Macron, quinze ans après que Jacques Chirac a, lui, recueilli plus de 80 % de suffrages face à Jean-Marie Le Pen. Il préparerait en outre le terrain aux candidats FN pour les législatives du mois de juin ; il crédibiliserait le clivage entre «patriotes» et «mondialistes» qui se serait, selon le Front national, substitué à la division droite-gauche ; il laisserait croire au camp Le Pen, enfin, que la victoire n’est pas loin et qu’un dernier coup de rein suffira à l’atteindre. A 40 % et plus, c’est la promesse fondamentale du «marinisme» qui reste vivante : l’engagement de la candidate, lors de son arrivée à la tête du parti, d’en faire une machine à gagner le pouvoir.

En deçà de ce seuil symbolique, un après-présidentielle compliqué se dessinerait pour Marine Le Pen. Malgré l’accession au second tour et un score historique pour le Front, celle-ci quitterait la campagne plus abîmée qu’elle n’y était entrée, son statut de présidentiable réduit à peu de choses. Ce mauvais score de second tour présagerait mal des élections législatives, du statut de premier opposant revendiqué par le Front national et de la place du parti dans la «recomposition des droites» qu’il appelle de ses vœux.

«Règlements de comptes»

Une trop lourde défaite succédant à trop de promesses, la recherche d’un responsable menacerait les équilibres internes du mouvement, déjà rongé par les querelles politiques et personnelles. «Quelque chose a dysfonctioné, je m’attends à de sérieux règlements de comptes», soufflait vendredi un membre du bureau politique. Reste à savoir si la grande explication attendra le prochain congrès, en 2018, ou se déclenchera avant.

Marine Le Pen pourrait-elle en être la victime ? Rien n’est moins sûr, tant le FN, contrairement aux autres grands partis, est pauvre en solutions de remplacement. Le recours le plus évident, Marion Maréchal-Le Pen, n’a jusqu’à présent manifesté aucun désir de prendre la place de sa tante. Pour celle-ci, une candidature victorieuse aux législatives pourrait être un moyen de redorer son blason. Mais pas de lever les doutes nés durant cette présidentielle quant à sa capacité à gouverner.

Dominique Albertini

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