Le Dr. Daniel Mengara, Leader du mouvement Bongo Doit Partir-Modwoam, dans la salle des conférences de l'Eisenhower Executive Office Building à la Maison Blanche lors de la rencontre entre les responsables de la Maison Blanche et les leaders de la diaspora africaine aux Etats-Unis à Washington le 22 février 2016

Lettre de félicitations du Dr. Daniel Mengara, président du mouvement « Bongo Doit Partir », à Emmanuel Macron, président élu de la République française. 


A Son Excellence Emmanuel Macron
Président élu de la République française

Monsieur le Président,

Au moment où vous vous préparez, dès ce dimanche 14 mai, à devenir, officiellement, non seulement le huitième président de la Cinquième République, mais aussi le plus jeune président français depuis que Charles-Louis-Napoléon Bonaparte le devint à 40 ans en 1848 dans le contexte des lendemains encore incertains de la Révolution française, c’est en mon nom propre, mais aussi au nom du peuple gabonais et du mouvement « Bongo Doit Partir », que je vous adresse mes vives félicitations.

Au travers de votre victoire, je vois principalement la consécration, en France, de la défaite des partis politiques classiques de gauche et de droite, mais surtout aussi la volonté exprimée démocratiquement par les Français assoiffés de rupture de briser le monopole des partis politiques classiques pour placer au pouvoir un jeune outsider en qui ils auront vu la capacité d’ébranler le statu quo et, donc, de symboliser le renouveau dont la France a besoin. Là se trouve, je pense, la réalité cataclysmique de votre élection à la présidence de la République française. Mais il vous appartiendra sans doute aussi, maintenant, de mériter la confiance des Français qui vous ont élu en engageant les réformes que votre peuple attend avec, je crois, une certaine impatience.

Il se trouve, hélas, que chez nous au Gabon, nous n’avons même pas le droit de voter librement nos leaders parce qu’une caste de dictateurs issue d’une seule famille, celle des Bongo Ondimba, et d’un seul clan, celui des Bongo Ondimba et affidés, s’est arrogé le droit d’être la seule à pouvoir diriger le Gabon, et ce depuis 50 ans. La même caste, en sus des victoires déjà volées en 1993, 1998, 2005 et 2009, s’apprête de nouveau, avec le coup d’Etat électoral d’août 2016, à s’accaparer du pouvoir pour au moins 21 ans encore. Les Gabonais ne peuvent plus le permettre, encore moins accepter ni cautionner cette énième prise en otage de la destinée nationale par une seule famille, un seul clan.

Ce que nous, Peuple gabonais soumis à la dictature quinquagénaire des Bongo Ondimba, attendons de vous, ce n’est point la tendance françafricaine de vos prédécesseurs qui ont souvent influencé les prises de pouvoir au Gabon et en Afrique, mais un réel désengagement politique de la France qui laisserait enfin les Gabonais libres de décider souverainement de leur propre destinée. Aujourd’hui, les vrais patriotes gabonais veulent pouvoir défaire le clan des Bongo sans ingérence de la France et sans avoir de comptes à rendre à la France.

Autrement dit, ce que nous, Gabonais nouveaux et adultes, proclamons est notre indépendance politique absolue vis-à-vis de la France, indépendance que nous comptons bien aller récupérer dans les rues du Gabon en vue d’affirmer, une bonne fois pour toutes, notre souveraineté par trop longtemps freinée par des manipulations qui ont souvent entériné la dérive d’une France démocratique allant paradoxalement affirmer, en Afrique, directement ou indirectement, le diktat du despotisme autocratique.

En d’autres termes :

Nous n’avons plus besoin que la France vienne chez nous décider de qui doit être président.

Nous voulons désormais décider de cela nous-mêmes en tant que peuple souverain et adulte, même si cela nous impose de devoir passer par la force démocratique de la rue pour nous défaire des Bongo Ondimba. Et vu que ce sont souvent par des élections préfabriquées que l’on s’est toujours joué des Gabonais en les mettant, à chaque fois, devant le fait accompli d’un système construit pour garantir l’impossibilité d’une alternance démocratique par les urnes, les Gabonais font désormais le choix du changement par la force démocratique de la rue. C’est là notre seule garantie d’alternance et de rupture.

Et, en cela, nous ne serions pas en porte-à-faux par rapport à l’histoire révolutionnaire de la France : Les Français n’ont-ils pas fait le choix de décapiter leurs rois, au sens propre comme au sens figuré, pour asseoir durablement l’esprit républicain là où le diktat des monarchies avait pendant des siècles privé les Français des droits naturels que nous savons aujourd’hui seuls à même de garantir, incontournablement, l’émancipation réelle des Peuples ? Si les Gabonais doivent passer par là parce que passage obligé, ils le feront car la démocratie n’a pas de prix. Ce que nous ne voulons plus voir, par contre, c’est une France s’activant au blocage de cette aspiration fondamentale.

Pour nous Gabonais, donc, s’il y a une leçon de démocratie que les Français viennent de donner, Monsieur le Président, cette leçon est qu’une TROISIÈME VOIE est toujours possible, qu’une rupture radicale est toujours possible, qu’au Gabon même le changement immédiat est possible, à la seule condition pour notre Peuple d’avoir le courage de sortir des sentiers battus tant du bongoïsme que du pédégisme des deux camps politiques qui tétanisent actuellement notre nation dans des habitudes et des attentes immobilistes et immobilisantes d’un autre temps. Ces camps qui continuent de semer de faux espoirs de changements miraculeux au sein d’une société gabonaise traumatisée qui ne sait plus à quel saint se vouer pour atteindre à une souveraineté qui lui donnerait le droit de pouvoir, enfin, décider de sa propre destinée, le droit de pouvoir, par la suite, se doter de la capacité de satisfaire à ses besoins les plus élémentaires en matière de développement durable, au profit du plus grand nombre.

Voilà pourquoi, Monsieur le Président de la République française, il vous faut le savoir dès maintenant : Après le dernier affront fait à notre pays par Ali Bongo Ondimba lors des élections volées d’août 2016, la jeunesse est prête à relever le défi du changement au Gabon, quel qu’en soit le prix. Cette jeunesse sait désormais que ce n’est pas depuis les rues de Paris ou de Bruxelles qu’elle se dédouanera du bongoïsme qui tue le Gabon depuis 50 ans. Elle sait que pour se défaire de sa malédiction bongoïste, elle doit prendre ses propres responsabilités, au Gabon même. Dès lors, elle n’est plus disposée à devoir se rendre en France pour aller, dans les rues de Paris, pleurnicher ou quémander sa liberté à la manière « petit-nègre » : elle ne veut plus pleurnicher et quémander des droits qui lui reviennent de droit.

Ceci parce que c’est une jeunesse qui comprend désormais que ce n’est pas à la France de venir libérer les Gabonais. Elle sait que ce travail de libération nationale, ce devoir de rupture, cette obligation de révolution, appartient aux Gabonais eux-mêmes. En tant que fer de lance du peuple fier, mature et souverain que nous sommes, notre jeunesse comprend que c’est dans les rues du Gabon que nous nous devrons, désormais, d’aller reconquérir nos droits citoyens, advienne que pourra.

Aux Gabonais désespérés qui avaient fondé leur espoir de changement au Gabon sur une hypothétique victoire par les urnes, ou qui continuent à fonder leurs espoirs sur un interventionnisme français qui viendrait installer des présidents au pouvoir au Gabon, je demande de sortir de cette mentalité d’assistanat politique. Il faut prendre courage aux fins d’imposer, nous-mêmes, et dans les rues du Gabon, notre souveraine volonté. La France s’y pliera.

Voilà pourquoi il nous faut voir clair dans les enjeux actuels. La France, ce n’est pas le Gabon, et le Gabon, ce n’est pas la France. La victoire d’Emmanuel Macron, c’est avant tout celle des Français. Cette victoire n’est rien d’autre que le résultat du courage qu’ont eu les Français de sortir des sentiers battus pour à la fois élire le plus jeune président de leur République, mais aussi lancer un message fort à une classe politique qui s’était fossilisée dans un affairisme politique qui s’éloignait de plus en plus des aspirations fondamentales du peuple. Mais Macron, c’est, avant tout, la France. A ce titre, il a été élu par les Français pour défendre les intérêts de la France. A nous, donc, de nous activer à défendre les nôtres. Et ces intérêts nôtres, nous le savons, ne seront défendus et affirmés valablement qu’une fois que nous serons allés chercher, non pas dans l’illusion des urnes, mais dans la réalité de la rue, notre dignité. Nos intérêts ne seront dignement défendus que quand nous nous serons débarrassés, par nos propres soins, de l’ignoble legs de la Françafrique que sont les Bongo Ondimba au Gabon.

Et pour y arriver, nous allons devoir, plus que jamais, nous éloigner des fantasmes des victoires électoralistes perdues d’avance; des fantasmes de libération nationale construits tantôt sur d’obscurs carnets d’adresses, tantôt sur le pouvoir absolu de l’argent, quand ce n’est pas simplement l’interventionnisme de l’ancien colon que l’on irait quémander dans les rues de Paris ou de Bruxelles. Le Gabonais nouveau doit arrêter d’aller demander à la France de venir le libérer à sa place. Nous devons simplement, plutôt, exiger de la France un désengagement qui exclura toute forme d’ingérence visant à installer au pouvoir dans notre pays des leaders que les Gabonais n’auront librement choisi dans le cadre d’élections transparentes qui traduiraient clairement la volonté du Peuple. De telles élections ne surviendront au Gabon que suite à une destitution d’Ali Bongo qui ouvrira la voie à une transition politique devant, dès lors, préparer de nouvelles élections dignes de ce nom dans notre pays.

Le mouvement « Bongo Doit Partir » continue donc de penser que l’espoir du Gabon et des Gabonais se trouve désormais, inéluctablement, dans une troisième voie qui se doit de consacrer la rupture radicale d’avec le bongoïsme de tous les bords qui infeste encore les mentalités dans notre pays. Si le Gabon doit se libérer, cette libération viendra parce que nous, Gabonais, seront allés la conquérir dans la rue, par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Préparons donc désormais, ensemble, la reconquête de notre souveraineté par le pouvoir démocratique de la rue là où le pouvoir démocratique des urnes a failli.

A vous, donc, Monsieur le Président de la République française, nous souhaitons bonne réussite dans votre projet pour la France.

Quant à nous, Gabonais, nous allons nous atteler à préparer, et non plus improviser, un projet pour le Gabon, une troisième voie gabonaise qui soit synonyme de rupture et de renouveau, pour le bien de tous les Gabonais. Seule une insurrection en bonne et due forme nous en offre la garantie.

Fait le 8 mai 2017 à Montclair, New Jersey, Etats-Unis d’Amérique

Dr. Daniel Mengara
Président, Bongo Doit Partir-Modwoam

P.O. Box 3216 FCB
West Orange, NJ 07052, USA
Tél. : (+1) 973-447-9763

RÉAGIR

Please enter your comment!
Please enter your name here