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Gabon : un prêt de 642 millions de dollars pour repartir du bon pied

Alors que les six pays de la zone Cemac se sont engagés à redresser leurs comptes, Libreville est le premier à voir son plan validé par le FMI, qui s’engage à lui verser 642 millions de dollars.

Il aura fallu six mois pour que se mette en place le redressement de la zone Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Centrafrique et Tchad), décidé le 23 décembre 2016 par les chefs d’État à Yaoundé. Le premier pays à lancer son programme de rétablissement des comptes publics mis à mal par la chute des prix du pétrole est le Gabon, dont le plan a été validé, le 19 juin, par le conseil d’administration du FMI. De 2017 à 2020, au titre du « mécanisme élargi de crédit », le Fonds lui prêtera 642 millions de dollars (573 millions d’euros) dont 98,8 millions de dollars seront débloqués immédiatement, ce qui devrait atténuer sa crise de liquidité et lui permettre d’emprunter à des taux raisonnables de quoi faire fonctionner l’État.

Objectif : limiter le déficit budgétaire et le faire disparaître en 2020

Cela aidera notamment à résorber l’énorme stock d’impayés, qui atteint les 800 milliards de F CFA (1,22 milliard d’euros). Le gouvernement s’est engagé à apurer cette année les 165 milliards de F CFA de dette extérieure et, dans les trois ans, les 638 milliards de dette intérieure, notamment à l’égard de ses fournisseurs (250 milliards de F CFA) et des entreprises qui attendent le remboursement des avances de TVA (348 milliards de F CFA).

L’objectif est de limiter dès cette année le déficit budgétaire à 4,6 % du PIB et de le faire disparaître en 2020. Ce redressement permettra de ramener la dette de 64 % du PIB en 2017 à 50 % en 2022, et de réduire le déficit du compte courant à 3 % d’ici à 2020, contre 10 % en 2016. Tombées à 1,4 mois d’importations, les réserves du pays devraient s’en trouver regonflées.

La thérapie d’ores et déjà incluse dans le budget rectificatif 2017 en discussion au Parlement comporte deux volets : les recettes, qui seront améliorées par la suppression d’un certain nombre d’exonérations fiscales, et les dépenses, qui représentent le gros de l’effort. Celles qui concernent l’investissement ont déjà chuté de deux tiers depuis 2013. Elles seront sous surveillance et feront l’objet de mises en concurrence pour en finir avec les marchés de gré à gré. Tous les marchés supérieurs à 20 milliards de FCFA feront l’objet d’analyses « coûts-bénéfices ». Quant aux dépenses hors budget – qui permettaient d’avantager certains soutiens du pouvoir –, elles devraient disparaître.

L’effort demandé au Gabon est surtout symbolique et vise à persuader les autres pays de la Cemac d’être raisonnables
Plus délicate est la réduction de la masse salariale, qui devrait atteindre 0,5 % du PIB, soit près de 70 millions de dollars. Elle sera obtenue par le départ à la retraite de 1 200 fonctionnaires – vraisemblablement remplacés par de jeunes recrues moins payées, car le programme ne comporte pas de réductions de salaires ou d’effectifs. En revanche, les promotions et les primes ne seront plus automatiques.

Enfin, l’enveloppe des bourses étudiantes à l’étranger sera considérablement réduite, et la notion de mérite fera son entrée dans les critères d’attribution.

« L’effort demandé au Gabon est surtout symbolique et vise à persuader les autres pays de la Cemac d’être raisonnables, commente un expert. Certains, comme le Congo ou la Guinée équatoriale, traînent les pieds pour réaliser les ajustements nécessaires, car ils espèrent toujours une remontée des cours du pétrole. » Les six pays de la zone affichent des finances publiques en mauvais état et une croissance à l’arrêt. Leurs réserves sont tombées de 15,5 milliards de dollars en 2014 à 4,9 milliards en 2016. Trois pays en récession sont particulièrement mal lotis : le Tchad et la Guinée équatoriale, qui n’ont plus aucune réserve, et le Congo, qui bat des records peu enviables en matière de déficit budgétaire (17,2 %) et de dette publique (83 % du PIB).

Une coordination des 6 pays nécessaire

Compte tenu de leur appartenance à la même zone monétaire, il est essentiel que les six pays se coordonnent pour assainir leurs finances et relancer leur économie. Le 26 juin, ce sera au tour du Cameroun – le pays le moins affecté par la crise – de voir son programme examiné par le conseil d’administration du FMI, avec une aide financière à la clé. Le Tchad lui succédera le 30 juin.

Plus encore que les exemples du Gabon et du Cameroun, c’est peut-être le nouveau recul du cours du pétrole WTI, tombé à 42,80 dollars le 23 juin (– 20 % depuis le 22 février), qui persuadera les récalcitrants de prendre des décisions courageuses pour éviter la catastrophe.

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