Le chef de l’Etat participait ce dimanche au Mali à un sommet des cinq pays (G5) du Sahel qui ont décidé de se doter d’une force militaire conjointe de 5000 hommes pour lutter contre les groupes terroristes. Un projet sur lequel Paris compte, pour qu’à terme les Africains assurent eux-mêmes leur sécurité, mais qui se heurte à de sérieuses difficultés.

De notre envoyé spécial à Bamako

À la veille de son discours devant le Congrès à Versailles, Emmanuel Macron a passé dimanche quelques heures à Bamako, au Mali. Le chef de l’État, qui s’était déjà rendu à Gao auprès des militaires français de l’opération «Barkhane», le 19 mai dernier, participait cette fois aux travaux du sommet qui réunit dans la capitale ses homologues du G5 Sahel. Un déplacement destiné à marquer officiellement le soutien de la France à la force militaire conjointe que ces cinq pays (Burkina-Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) ont décidé de mettre sur pied pour lutter plus efficacement contre le terrorisme.

Ce «club» du G5 Sahel, auquel la France n’appartient pas formellement mais qu’elle accompagne au plus près, rassemble le Burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, le Malien Ibrahim Boubacar Keita, le Mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Tchadien Idriss Deby Itno.

Avant l’ouverture du sommet, Emmanuel Macron a promis une aide financière et militaire à la force du G5 Sahel mais a exhorté ces pays à en démontrer l’efficacité face aux jihadistes. La France apportera 70 véhicules tactiques et un appui opérationnel, a-t-il précisé. «Sur le volet militaire, c’est un effort équivalent à plus de de 8 millions d’euros que nous consacrons d’ici la fin de l’année» à ce projet, a indiqué le président français, saluant «une dynamique, un mouvement de fond que la France est fière d’accompagner».

De plus, il a annoncé avoir «bon espoir que le 13 juillet (lors du Conseil franco-allemand à Paris) avec la chancelière allemande (Angela Merkel), nous puissions annoncer des engagements communs autour de cette alliance». «Pour garantir un soutien dans la durée, ce sera à vous et à vos armées de convaincre que le G5 peut être efficace, dans le respect des conventions humanitaires», a néanmoins prévenu le président français, à l’intention de ses pairs du Sahel. «Les résultats doivent être au rendez-vous pour convaincre nos partenaires», leur a-t-il lancé, leur demandant aussi, «dans un esprit de partenariat et d’exigence réciproque», de mener «des réformes institutionnelles et des efforts de gouvernance, appelés par vos populations».

Quelques heures avant le début du sommet, l’organisation djihadiste Al-Quaida au Mali a publié une vidéo de six otages étrangers enlevés entre 2011 et 2017 et où figure notamment la Française Sophie Pétronin. À la tête d’une association d’aide à l’enfance, elle a été enlevée en décembre 2016 par des hommes armés à Gao, dans le nord du Mali. Il est précisé dans la vidéo qu’elle espère qu’Emmanuel Macron aidera à son retour auprès de sa famille.

Nouvelle étape

La décision des pays du G5 de se doter d’une force militaire conjointe a été prise en février dernier mais l’idée remonte en 2015. Elle émane des chefs d’état-major des pays sahéliens qui étaient encore réunis à Bamako, samedi à la veille du sommet, pour peaufiner leur projet. Cette force, prévue pour compter 5000 hommes issus des cinq partenaires, doit théoriquement être opérationnelle à l’automne. Son quartier-général sera à Bamako et elle sera commandée par le général malien Didier Dacko.

Le sommet du 2 juillet «marquera une nouvelle étape avec le lancement effectif de cette force conjointe, qui pourra poursuivre les terroristes de l’autre côté des frontières», indiquait-on cette semaine à l’Élysée. Dans une région sahélienne vaste comme l’Europe, livrée à tous les trafics (drogue, armes, trafics humains…) et où les groupes terroristes se jouent de frontières éminemment poreuses, le droit de poursuite apparaît comme une nécessité majeure. Ce principe doit être pris en compte par cette force conjointe du G5 Sahel. Emmanuel Macron devrait préciser dimanche les modalités exactes de ce soutien qui consistera surtout en équipements, mais pas en troupes supplémentaires pour Barkhane, selon l’Élysée.

Depuis deux ans, des opérations militaires transfrontalières, entre deux, voire trois pays de la région, sont montées en nombre croissant avec le soutien «Barkhane» qui compte 4000 hommes. L’opération française, qui a succédé à «Serval» en août 2014, joue un rôle moteur pour faire agir ensemble, -sur leurs frontières communes-, des pays qui n’avaient guère l’habitude de coopérer. «L’idée est de rendre ces opérations permanentes», indique un militaire proche du dossier, en confirmant que la France sera fortement impliquée dans la mise en œuvre de la force conjointe.
Soutien a minima de l’ONU

Les attaques djihadistes, qui se déroulaient surtout dans le nord du Mali, se sont multipliées ces derniers mois plus au sud, dans la boucle élargie du fleuve Niger. C’est le cas notamment dans la région appelée le Liptako-Gourma, aux confins du Mali, du Niger et du Burkina-Faso. Une évolution qui a contraint l’opération «Barkhane» à se réorganiser, notamment en déplaçant son centre de gravité vers la région centrale du Mali et à intensifier sa coopération avec le G5 Sahel.

Les difficultés apparaissent toutefois nombreuses. La force conjointe a reçu un soutien a minima du de l’ONU, le 21 juin, mais pas de mandat formel. Au Conseil de sécurité, les États-Unis ont été à la manœuvre pour bloquer la résolution présentée par la France et pour imposer une ligne de grande prudence, notamment d’un point de vue financier. La résolution se «félicite» de la perspective d’une telle force mais souligne que «c’est aux États du G5 Sahel de lui donner les ressources dont elle a besoin». Pour Donald Trump, dont le Sahel est très loin d’être la priorité, il n’est pas question de payer.

La force conjointe nécessitera environ 400 millions d’euros. L’Union européenne n’en a promis que 50 millions. Les pays de la région, qui figurent parmi les plus pauvres du monde, traînent les pieds. «Le Tchad ne peut pas avoir 1400 hommes au Mali -dans la mission des Nations-Unis (MINUSMA)- et en même temps des soldats dans le G5», déclarait récemment le président tchadien Idriss Déby dans une interview à des médias français. «Même si les financements arrivaient, il y a un choix à faire», ajoutait-il. Côté français, on espère que certains pays européens déjà impliqués au Sahel, en premier lieu l’Allemagne mais aussi les Pays-Bas et la Belgique, apporteront leur soutien.

Emmanuel Macron pourra préciser sa «vision»

A Paris, on n’évoque en rien la perspective d’un retrait. La France accompagnera la future force régionale «dans la durée» jusqu’à ce que «la situation soit pacifiée», indiquait récemment le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, dans une interview au Monde. Toutefois, l’enjeu d’une telle force conjointe africaine -un concept maintes fois évoqué- vise, à terme, à passer aux Africains le flambeau de leur propre sécurité que Paris tient jusqu’à présent à bout de bras.

La visite éclair d’Emmanuel Macron lui permettra peut-être de préciser sa «vision» de l’Afrique et de sa politique vis-à-vis du continent, peu discernable jusqu’à présent. Hormis la réaffirmation du soutien militaire de la France, les propositions du président de la République pour remédier à la déshérence économique du Nord Mali et pour relancer l’application de l’accord d’Alger sont très attendues.

L’absence de développement, la mauvaise gouvernance, la corruption sont parmi les causes profondes d’une crise dont la solution «ne sera pas militaire», soulignent les experts. Autant de sujets qu’Emmanuel Macron pourrait évoquer sans détour avec ses homologues, notamment lors de son entretien en tête à tête avec le Malien «IBK».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here