Le Dr. Daniel Mengara, Leader du mouvement Bongo Doit Partir-Modwoam dans la salle des conférences de l'Eisenhower Executive Office Building à la Maison Blanche lors de la rencontre entre les responsables de la Maison Blanche et les leaders de la diaspora africaine aux Etats-Unis à Washington le 22 février 2016

La leçon que le Kenya vient d’enseigner aux Gabonais, mais également aux Africains, est immense, tant les répercussions de la décision de la Cour constitutionnelle de ce pays d’annuler l’élection présidentielle tenue au Kenya le 8 août dernier offrent aux Gabonais l’une des pistes « ni ni » qu’une opposition politique gabonaise bien inspirée aurait pu explorer, pendant qu’il en était encore temps, en vue de l’invalidation pure et simple de l’élection gabonaise volée du 27 août 2016, pour le plus grand bien de tous, y compris pour le plus grand bien de la « galaxie Jean Ping », si elle s’était activée à sortir du simple fanatisme qui visait à mettre Jean Ping au pouvoir coûte que coûte, même si cela voulait dire valider sa victoire sur la base d’une élection reconnue frauduleuse par tous, alors même qu’une annulation aurait donné plus de chance à Jean Ping ou tout autre Gabonais qui ne fût pas un Bongo de devenir plus facilement président du Gabon un an plus tard dans le cadre d’une nouvelle élection plus crédible, plus légitime, et donc, moins onéreuse en énergies et en vies humaines.

On appelle cela en langage stratégique simple la capacité de reculer pour mieux sauter.

Pourtant :

Pendant qu’il en était encore temps, j’avais, dans un communiqué du 20 décembre 2016 intitulé « « Bongo Doit Partir » : La seule voie vers la paix et la réconciliation au Gabon passera par l’annulation pure et simple de l’élection présidentielle de 2016 » (http://www.bdpmodwoam.org/articles/2016/12/20/communique-bongo-doit-partir-la-seule-voie-vers-la-paix-et-la-reconciliation-au-gabon-passera-par-lannulation-pure-et-simple-de-lelection-presidentielle-de-2016/), écrit, pour le suggérer à l’opposition gabonaise, qu’une meilleure stratégie aurait été de militer pour l’annulation pure et simple du scrutin, car la communauté internationale aurait été plus sensible à une démarche visant à l’annulation pure et simple de l’élection, non pas juste dans le Haut-Ogooué, mais véritablement sur toute l’étendue du territoire national, pour qu’elle soit reprise dans un délai de six mois à un an plus tard, dans un cadre transitionnel qui aurait été préfacé par des réformes intermédiaires garantissant, au moins, une révision démocratisante de la Constitution qui serait, à son tour, assortie de la mise en place de structures électorales qui ne fussent plus contrôlées unilatéralement par le régime au pouvoir. Ceci aurait supposé que, en guise de moindre mal, cette élection nouvelle-là fût entièrement gérée par la communauté internationale (ONU, UE, UA, OIF, etc.) qui jouirait ainsi, pour une fois, et pour nous permettre au moins d’avancer par la suite en toute confiance, d’un pouvoir de proclamation qui serait, dans ce contexte, retiré aux structures partisanes du régime des Bongo.

J’avais ainsi argué que, dans un contexte où la communauté internationale (MOE, OIT, UA, etc.) avait conclu que les manipulations faites par le régime non seulement dans le Haut-Ogooué, mais aussi ailleurs un peu partout au Gabon, comportaient des anomalies suffisamment graves pour remettre en cause le résultat des élections sur le plan national, il existait bel et bien dans les us politiques des pays qui ont l’expérience de la pratique démocratique, et que nous pourrions envisager chez nous, « un sacro-saint principe qui dit que, lorsque, suite à un scrutin donné, les divers manquements dans les divers procédés et processus avant, pendant et après le vote ont été de nature à influencer, changer, inverser ou compromettre gravement le résultat de l’élection au point de mettre sérieusement en doute un tel résultat, alors une telle élection doit être tout simplement annulée et reprise, de préférence sur toute l’étendue du territoire national quand il s’agit d’une élection aussi cruciale qu’une élection présidentielle ».

Or sachant que l’Article 120 du Code électoral gabonais reconnaissait le droit de « Tout électeur » à « demander l’annulation des opérations électorales de son bureau de vote », et que les Articles 128, 129, 130 et 131 du même Code militent pour une invalidation du scrutin si des circonstances telles que « La fraude, le transfert d’électeurs d’une circonscription à une autre ou d’un bureau de un autre, la corruption, l’empêchement et la séquestration entachant d’irrégularité l’élection, […] la participation à la propagande électorale, par des déclarations publiques écrites ou verbales des autorités administratives […] la violence et les voies de fait constatées dans un bureau de vote et aux abords immédiats, le port d’insignes distinctifs, la distribution des sommes d’argent dans les bureaux de vote ou en tout autre lieu, ainsi que la diffamation le jour du scrutin » ont pu en entacher le résultat, toutes les conditions étaient, en réalité, réunies pour une annulation pure et simple des élections présidentielles gabonaises du 27 août 2016 sur la base de ces principes et constats qui, je le répète encore, ont été faits et reconnus par la communauté internationale.

Mais il nous appartenait à nous, en tant que Gabonais, d’articuler une stratégie viable autour de ces constats. Et il fallait lutter pour imposer à tous cette finalité car elle contenait bel et bien en elle un atout tant moral que stratégique à exploiter, donc un langage largement et facilement compréhensible par une communauté internationale qui était déjà visiblement prédisposée à accompagner un tel argument.

Dès lors :

Dans mon argumentaire, j’ajoutai que « Au vu, donc, du blocage politique national qui résulte aujourd’hui de l’aventure électoraliste dans laquelle Ali Bongo — désormais arc-bouté sur un résultat volé — et ceux qui ont choisi d’accompagner Ali Bongo aux élections présidentielles de 2016 — désormais arc-boutés sur un « président élu » se disant élu sur la même base fragile et douteuse d’un scrutin reconnu peu crédible par tous — ont entraîné le pays, la sagesse n’aurait-elle pas commandé que l’opposition gabonaise militât plutôt pour une annulation pure et simple, et donc IMMÉDIATE, de l’élection présidentielle de 2016, et ce pour tout relancer et se donner une meilleure chance d’accéder au pouvoir, proprement, suite à une réforme démocratisante ? ».

Le Kenya vient de démontrer que cette voie aurait été la voie de la sagesse pour le Gabon, pour son opposition, pour son Peuple. Si le fanatisme de la « présidence élue » n’avait pas embrumé les esprits.

Pourtant :

Je n’ai aucun doute que si l’opposition gabonaise s’était organisée pour lancer une insurrection autour du principe simple, et moralement supérieur et, donc, raisonnable, d’une telle annulation et, donc, d’une reprise du scrutin tout entier sur toute l’étendue du territoire national après des réformes, la communauté internationale aurait plus facilement appuyé cette position d’annulation plutôt qu’une position demandant la reconnaissance de la victoire de l’un ou l’autre des protagonistes dans des conditions qu’elle avait déjà jugées inacceptables parce que remettant en doute la sincérité des résultats. En termes clairs, on ne pouvait pas demander à la communauté internationale de valider la victoire de Jean Ping dans le cadre d’un scrutin dont le processus tant d’organisation que de proclamation avait substantiellement remis en cause le résultat. Autrement dit, dans ce contexte spécifique, ce qui valait pour l’un valait aussi pour l’autre. Si le résultat était faux parce que cousu sur un processus faux, son résultat devenait faux tant pour Ali Bongo que pour Jean Ping, ce qui remettait automatiquement en cause la victoire de l’un ou de l’autre. L’annulation devenait ainsi la seule solution qui fût logique et cohérente.

Cette option de l’annulation n’était stratégiquement viable et, donc, plus facilement envisageable, hélas, que dans les 60-90 jours qui avaient suivi la validation du scrutin volé par la Cour constitutionnelle dirigée depuis 26 ans par la maîtresse attitrée des Bongo.

Mais dans un pays saisi par le fanatisme, que fallait-il espérer ? Je fus couvert d’insultes.

Pourtant :

Avais-je écrit, « Sauf si l’on reconnaissait le contexte politique gabonais actuel comme suffisamment démocratique, transparent et crédible pour amener à des résultats crédibles [qui puissent faire que l’on accepte la validation de l’un comme juste de l’autre comme injuste sur la base des mêmes circonstances floues], il n’y a aucun moyen pour un Gabonais avec le cerveau bien planté dans le crâne d’accepter quelque résultat électoral que ce soit qui émanerait d’un système Bongo jamais réformé avant l’élection. Car on pourrait alors être amené à demander à ceux qui se plaignent de la fraude électorale, et ce après avoir accompagné sans conditions la mascarade, pourquoi ils ont accepté de participer à une élection que tout le monde savait perdue d’avance ? Ne savaient-ils pas, avant l’élection, que tout résultat qui émanerait du contexte électoral gabonais actuel, avec une CENAP aux ordres, une Cour Constitutionnelle familiale et des institutions phagocytées par l’Exécutif, serait forcément, aux yeux de ceux qui savent ce que c’est que la démocratie, peu crédible et donc, arbitraire car basé sur le non-droit, c’est-à-dire la loi de la jungle ? ».

D’où ma position, qui intimait que, « Dans ce contexte, il nous semble à nous, que, au vu des résultats actuels, que la communauté internationale trouve à juste titre « peu crédibles », résultats que nous disons même trouver « irréparables » au vu de la non conservation des bulletins de vote par les autorités électorales, ce qui rend impossible un recomptage crédible des voix, la seule manière de « réparer » cette élection de manière crédible serait de tout simplement l’annuler, une position que nous pensons serait plus facilement soutenue par la communauté internationale que la position qui voudrait qu’elle reconnaisse ouvertement l’un ou l’autre comme vainqueur dans un contexte où personne ne peut certifier de la crédibilité du scrutin, scrutin dont les manquements pré-électoraux ont tout autant faussé le jeu et, donc, les résultats, que les manquement post-électoraux ! »

Ma conclusion fut donc de dire que s’il doit y avoir « dialogue inclusif » au Gabon, ce dialogue ne devait se passer que dans un contexte aux contours contraignants qui s’appliqueraient « dans le sillage de cette annulation, avec comme passage obligé la démission d’Ali Bongo du pouvoir, la mise en place sous contrôle international d’une Transition Politique chargée de réformer la Constitution et les institutions dans le cadre d’une Assemblée Constituante du Peuple et, par la suite, d’organiser dans un délai maximum de 18 mois une nouvelle élection qui fût, elle, transparente et crédible dès lors qu’elle serait organisée sous l’égide directe de la communauté internationale? », même si cela voulait dire la possibilité pour Ali Bongo de se représenter, mais dans un contexte où il aurait perdu le contrôle de l’appareil de fraude puisqu’il aurait été démissionné dans ce cadre de la mise en place de ladite transition. Nous savons tous qu’aucun Bongo ne peut gagner une élection au Gabon qui fût transparente. C’est donc à perte qu’Ali Bongo aurait participé.

Or, seule une insurrection organisée autour de ces principes plus facilement digérables et, donc, soutenables, par la communauté internationale aurait pu amener à une telle annulation. Et avec un peu de sens stratégique, je reste convaincu qu’une telle insurrection, si bien menée au titre d’une messagerie stratégiquement articulée autour de ces seuls principes, aurait même pu amener à la chute du régime, ou mené à une situation où la communauté internationale, voyant le Gabon devenir ingouvernable de par cette action qui forçait tout le monde aux impératifs de la moralité et des principes citoyens, se serait sentie obligée d’appliquer la méthode gambienne si confrontée à un éventuel refus d’Ali Bongo d’obtempérer.

Ceci était, à l’époque, une idée adaptée au combat électoraliste de la galaxie Ping que je leur avais offerte comme voie de sauver les meubles et de se donner une meilleure chance d’accéder au pouvoir, l’enjeu réel ici étant, justement, l’accès au pouvoir et non simplement les satisfécits d’élections gagnées dans un contexte où l’on n’avait aucune chance d’accéder au pouvoir.

Le temps étant un autre nom de Dieu, il reste aux Gabonais non fanatisés à tenir compte de ces réalités, pour l’avenir, sauf si, à notre manière habituelle, nous voulons continuer à nous montrer réfractaires aux leçons que l’histoire et les expériences que les déboires passés de l’opposition gabonaise nous enseignent.

Le changement radical visant à la chute immédiate du régime des Bongo est encore possible. Pourvu que nous chassions de nos esprits cette nouvelle culture du fanatisme politique qui, au final, parce qu’excessivement électoraliste et fermé aux alternatives, fait perdre au Gabon les quelques opportunités de changement radical que l’histoire, en ses quelques détours propices aux actions libératrices, lui a offertes de temps en temps.

Et pourvu que toute analyse critique de la situation du Gabon ne soit plus perçue automatiquement comme une envie de nuire.

Pour y arriver, cela ne demande pas que l’on doive faire du « ngbeul ». Cela va demander tout simplement que l’on soit capable d’activer les neurones de nos cerveaux qui, ayant, dès lors, éliminé de leurs arcanes les émotions qui mènent tant aux délires qu’aux fanatismes, vont y introniser le règne tant du sens critique que de la raison, pour le plus grand bien de tous.

Dr. Daniel Mengara
Président, « Bongo Doit Partir-Modwoam »

P.O. Box 3216 TCB
West Orange, New Jersey 07052, USA
Tél. +1.973.447.9763

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