Des supporters du candidat Jean Ping manifestent leur colère le 31 août 2016, à Libreville. © MARCO LONGARI / AFP

À peine envisagée que déjà les voix des partisans pour l’Alternance se lèvent pour dire non à cette initiative qui selon eux, viserait à soustraire toute responsabilité aux «militaires et autres policiers ayant commis des crimes pour le maintien au pouvoir d’Ali Bongo».

Le Premier ministre a révélé le 13 septembre 2017, à l’Agence France Presse (AFP), l’intention du président de la République de promulguer une loi pour amnistier les auteurs des violences postélectorales de 2016. «Le chef de l’Etat gabonais, Ali Bongo Ondimba, nous a demandé d’envisager une loi d’amnistie qui traiterait au cas par cas certaines situations engageant des personnes qui se seraient rendues coupables de violences durant la crise post-électorale de 2016», a déclaré Issoze Ngondet.

Qui seraient ces personnes susceptibles d’être amnistiée ? La réponse serait certainement à chercher du côté de l’opposition qui aux dires du président de la République, à la faveur d’un discours prononcé le 13 septembre 2016, aurait préparé les émeutes enregistrées le 31 août 2016, dans le but de «discréditer le Gabon et imposer une stratégie de la peur et de la terreur».

Malheureusement, l’«effort national» du pouvoir en faveur des responsables des violences postélectorales de 2016, ne séduit pas les partisans de l’alternance qui ne demandent que justice. Pour ces assoiffés de l’avènement d’une nouvelle République, il importe avant tout, d’être logique dans ce que l’on entreprend de faire. «Pour quel intérêt une amnistie et pour qui, quand on sait qu’il n’y a jamais eu de poursuites et de condamnations relatives à un crime, un délit ou une contravention de droit commun ou politique, commis pendant la période postélectorale ?» interroge par exemple Gustave Nguema, partisan de la Coalition pour la nouvelle République.

«Chaque fois que nous avons le sentiment d’avoir touché le fond, ces messieurs et dames creusent encore plus profond. Le bourreau entreprend donc de tirer un trait sur les crimes dont il a été l’auteur ! Ni plus, ni moins», a pesté le commissaire national en charge du Budget au sein de l’Union nationale (UN), Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, sur sa page Facebook, assurant que : «peu importe le temps que cela prendra, mais les massacres de jeunes Gabonais aux mains nues, commis par les putschistes en août-septembre 2016 ne resteront pas impunis».

Pour le président du Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon (ROLBG), Georges Mpaga, pas d’autoamnistie pour les «auteurs et commanditaires de crimes contre l’humanité au Gabon». «La proposition d’Issoze Ngondet, Premier ministre d’Ali Bongo, est irrecevable pour la société civile, les défenseurs des droits de l’Homme et le collectif des victimes de la crise post-électorale de 2016 au Gabon. Elle constitue une insulte à la mémoire des victimes et une tentative désespérée de soustraire les criminels à la justice internationale qui est depuis 12 mois, en action», a-t-il indiqué.

Et pour mener à bien cet «effort national», le chef du gouvernement a annoncé la mise en place, dans les prochains jours, d’une commission nationale sur les violences électorales. «On n’a pas besoin d’avoir, parallèlement à cet effort national, une initiative venant de la communauté internationale», a-t-il affirmé. La fuite en avant se poursuit.

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