Ali Bongo Ondimba sur les marches de l'Élysée, lors d'une visite officielle en France en septembre 2015. © AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG

Interpellée par les eurodéputés, l’ancienne puissance coloniale gagnerait à se conformer à sa conception des relations entre les hommes.

La France. Tout, absolument tout, converge inévitablement vers elle. Elle a beau se taire, louvoyer ou agir dans l’ombre, sa responsabilité historique lui est rappelée. Au lendemain de l’adoption d’une deuxième résolution sur le Gabon (lire «Le Parlement européen pour des sanctions ciblées»), ce pays se retrouve, de nouveau, au centre du jeu. Les sanctions ciblées, l’enquête internationale sur le scrutin d’août 2016 et les atteintes aux droits de l’Homme, l’organisation d’un dialogue politique inclusif et même la réorientation des accords en cours de négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, tous les points essentiels de cette résolution le mettent à contribution. En tout cas, leur satisfaction ne peut être garantie sans sa pleine et totale implication.

Critiquée pour son soutien aux dictatures, moquée pour son incapacité à donner suite au désormais historique discours de François Mitterrand à La Baule, méprisée pour son absence de sagacité dans la gestion de l’après-Omar Bongo, regardée de travers pour son indolence lors de la présidentielle d’août 2016 (lire «Sous les anomalies, la France»), l’ancienne puissance coloniale est face à elle-même et à ses responsabilités. Depuis plus d’un demi-siècle, sa relation avec le Gabon s’est construite sous le sceau du secret. Inscrite dans le sillage de cette Françafrique de triste réputation, elle a privilégié les officines et émissaires officieux. Là où il fallait mettre en avant des coopérants au mandat connu de tous, elle a eu recours aux barbouzes. Aux relations entre administrations, elle a préféré les liens personnels ou prétendument amicaux. Dans l’esprit comme dans la lettre, tout ceci se situe aux antipodes de la requête du Parlement européen.

Promouvoir la weltanschauung française

Indubitablement, le destin de cette résolution dépend de la capacité de la France à démocratiser sa relation avec ses anciennes colonies. Deuxième partenaire économique du Gabon après la Chine, le pays de Jean-Jacques Rousseau n’en demeure pas moins la principale source d’inspiration des hommes politiques gabonais. Notre Constitution et même l’ensemble du cadre juridique et institutionnel national y puisent leur substrat, reprenant l’essentiel des principes et valeurs de ce pays. En dépit de la survivance de pratiques peu recommandables, ses représentants ont, par conséquent, le devoir de promouvoir sa conception de la vie entre les hommes. Les philosophes allemands auraient parlé de défendre la weltanschauung de leur pays. En se gardant d’agir, en refusant d’adapter leur politique africaine aux valeurs universellement admises, ils frustreraient les jeunes générations d’Afrique, prenant ainsi un risque majeur pour l’avenir.

Dans le futur, les relations entre l’Afrique et le reste du monde se construiront, à coup sûr, sur des fondements démocratiques. Seule la démocratie libérale permet, en effet, de garantir la stabilité des Etats, lutter efficacement contre la corruption, promouvoir l’Etat de droit et conjurer la

constitution de repaires pour terroristes ou trafiquants de tout poil. Autrement dit, seul le respect du suffrage universel peut garantir la promotion des valeurs de l’Europe, à savoir : dignité humaine, liberté, égalité et solidarité. Face à ces évidences, le France doit réagir. A l’interpellation des eurodéputés, elle a le devoir de donner une suite. Autrement, la résolution du Parlement européen pourrait bien tomber aux oubliettes. Au-delà, les relations entre la patrie des droits de l’Homme et les peuples africains pourraient durablement s’en ressentir.

Mobilisation du peuple

Pour autant, le peuple gabonais ne saurait fonder sa stratégie sur la seule France. Sa mobilisation pour la traduction en actes de la résolution du 14 septembre dernier est une nécessité. Même si les eurodéputés ne l’ont guère évoqué, les forces sociales doivent prendre leurs responsabilités. D’une part, elles ont l’obligation de documenter et publier tous les faits relatifs «au contrôle des terres agricoles fertiles, au chômage, à la pauvreté et à la lutte contre la corruption, les inégalités et les discriminations». D’autre part, elles doivent œuvrer à la mise en place des conditions pour la tenue d’un «dialogue politique permettant de sortir de la crise en garantissant le respect des droits démocratiques du peuple». Surtout, elles sont tenues de créer un contexte favorable à la «mise en place d’une enquête internationale, sous l’égide de l’ONU, sur les élections et les exactions (…) commises». En tous les cas, elles ne peuvent demeurer attentistes ou spectatrices de leur propre histoire. Pour tout dire, l’action de la France sera d’abord et avant tout fonction de l’attitude du peuple gabonais.

Nommément interpellée à la face du monde, la France doit envisager sa relation avec le Gabon à travers le prisme de ses valeurs et de la consolidation de l’Europe. Déjà, les eurodéputés ont balisé le terrain : leur résolution se fondent sur un ensemble d’instruments internationaux chers à la France, notamment la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, la Convention de Genève de 1949, les conclusions du Conseil européen sur un nouvel élan pour le Partenariat Afrique-UE juin 2017 et l’Accord de Cotonou (lire «Demande de sanctions ciblées»). La France défendra-t-elle les valeurs et principes sous-tendant ces textes internationaux ? Toute réponse définitive serait une imprudence. N’empêche, elle aurait tort de s’en écarter.

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