Le Dr. Daniel Mengara, Leader du mouvement Bongo Doit Partir-Modwoam, dans la salle des conférences de l'Eisenhower Executive Office Building à la Maison Blanche lors de la rencontre entre les responsables de la Maison Blanche et les leaders de la diaspora africaine aux Etats-Unis à Washington le 22 février 2016

Dans sa conférence de presse du samedi 23 septembre 2017 à la Chambre de Commerce de Libreville, Monsieur Raymond Ndong Sima, ancien premier ministre bongoïste, a montré les limites tant intellectuelles que morales qui ont souvent été, hélas, la marque de ceux dont le cerveau a été, pendant trop longtemps, formaté par le bongoïsme et qui, donc, n’arrivent jamais à s’affranchir des schèmes mentaux dans lesquels ils se sont empêtrés, puis fossilisés, pendant les années passées à soutenir l’insoutenable, à défendre l’indéfendable, au détriment des peuples du Gabon.

Il semble, en effet, entre autres, que Ndong Sima ne croie ni aux vertus de la Révolution, ni en la possibilité de la Révolution au Gabon.

Ce que Raymond Ndong Sima a fait, donc, lors de sa conférence de presse, c’est exposer au grand jour beaucoup de malhonnêteté intellectuelle tant dans son interprétation du combat « DTE » (Destitution-Transition-Elections) que dans les autres récriminations entachées de contradictions auxquelles il s’est livré dans sa présentation alourdie par la langue de bois. En tant que concepteur tant de l’idéologie « DTE » que du combat radical que cette idéologie sous-tend, je ne pouvais simplement pas laisser Raymond Ndong Sima galvauder l’esprit « DTE » de cette manière. Des interventions bongoïsantes et obscurantistes comme celles de Raymond Ndong Sima risquent, une fois de plus, d’entraîner les peuples du Gabon vers de nouvelles voies de garage si on n’y fait aucune rétorque. Les Gabonais ne doivent plus accepter de se laisser berner par ces apôtres de la paix à tous les prix qui, bizarrement, demandent au Peuple de se plier, sans broncher, aux meurtrissures qui entérinent le règne sempiternel du diktat au Gabon, et ce au nom d’une supposée « paix » dans un pays où, pourtant, la misère maniée comme une arme de destruction massive depuis 50 ans tue plus de citoyens en tant de paix au Gabon que dans un pays en situation de guerre civile.

Du coup, l’on est en droit de se demander de quelle « DTE » Raymond Ndong Sima parle quand il affirme sans sourciller que la « DTE » était impossible parce que, selon lui :

1) La destitution demandée par les partisans de la « DTE » s’appuyait sur l’article 78 de la constitution ;

2) Les magistrats supposés siéger à la Haute Cour de Justice n’étaient pas connus ni nommés ;

3) Et, conclut-il « ni le président de la République, ni le président de l’Assemblée nationale, ni le président du Sénat, n’ont désigné leurs magistrats, donc à qui allait-on remettre les preuves ? »

Ah bon ? Donc, dans l’esprit apparemment bongoïsé de Raymond Ndong Sima, il n’existe au Gabon que la possibilité d’aller soumettre au dictateur lui-même les preuves de sa propre déchéance ? Il n’existe donc, dans son esprit, aucune autre possibilité que celle qui consiste à s’en remettre aux institutions bongoïstes pour obtenir la fin du bongoïsme au Gabon ?

Et Raymond Ndong Sima de surenchérir, sur cette base inventée de toutes pièces par lui, en qualifiant la stratégie « DTE » de « stratégie surréaliste », ce qui lui permit, par la magie de cette supputation de haut vol née d’une imagination prise par des excès de fertilité, de remettre en cause la lucidité des opposants qui ont soutenu les idées « DTE » parce que, selon lui, ceux-ci n’ont pas eu la capacité intellectuelle de se rendre compte que c’était impossible de réunir cette Haute Cour de Justice aux fins de destituer Ali Bongo.

Ah bon ?

Pourtant, à aucun moment de son histoire, la stratégie « DTE » n’a consisté à faire d’Ali Bongo l’arbitre de sa propre destitution, comme semble le soutenir avec grande malhonnêteté d’esprit Raymond Ndong Sima. La stratégie « DTE », que l’on soit d’accord avec ou pas, a toujours, bien au contraire, milité non seulement pour une rupture de dialogue avec le régime comme condition obligatoire pour sa réalisation, mais aussi et surtout pour la disqualification d’Ali Bongo et de son régime de tout processus — forcément insurrectionnel — devant amener à sa destitution. Voilà pourquoi la « DTE » parle d’Assemblé Constituante du Peuple, qui exclurait Ali Bongo et son régime du processus en vue de leur destitution, plutôt que d’une Conférence Nationale Souveraine, qui impliquerait Ali Bongo et son régime dans le processus, et donc risquerait d’entériner leur continuité, comme en 1990. Du coup, s’il y a, hélas, une capacité intellectuelle à remettre en cause ici, je suis désolé de le dire, c’est bel et bien celle de l’ancien Premier Ministre Raymond Ndong Sima car non seulement il se trouve dans un effroyable hors-sujet politique dans sa manière de comprendre ce qu’était la « DTE », mais il s’engage également dans une honteuse déformation de la philosophie « DTE » qui montre qu’il n’en a jamais, en réalité, compris ni les fondements politiques ni les fondements intellectuels, et encore moins les finalités tant méthodologiques qu’idéologiques.

Au point de devoir se demander quelles leçons de probité tant morale que politique ceux se réclamant de la « DTE » auraient à recevoir d’un Raymond Ndong Sima qui, non content d’avoir déjà rejoint Ali Bongo après ses forfaits de 2009 en acceptant de devenir un énième Premier ministre « légume» au service des bourreaux du Gabon, fut aussi de ceux qui, à l’instar de Bruno Ben Moubamba, reconnut la victoire d’Ali Bongo en 2016, allant même jusqu’à participer à une investiture qui entérinait non seulement les massacres de septembre 2016, mais également tous les maux politiques que Raymond Ndong Sima semble bizarrement découvrir aujourd’hui comme nouveaux dans la pratique politique gabonaise sous les Bongo.

Et alors même que la « DTE » a toujours considéré la constitution bongoïste actuelle comme un véritable chiffon avec lequel chaque Gabonais doit se nettoyer le derrière, Raymond Ndong Sima, qui ne jure que par elle et dont chaque action n’est guidée que par elle, n’a pas pu s’empêcher de l’utiliser pour pervertir, puis subvertir, les finalités d’un combat « DTE » qu’il a ainsi voulu, bien maladroitement, revêtir d’un constitutionnalisme à outrance, confondant ainsi le combat « DTE » avec le type de combat bongoïste basé sur la « légalité républicaine » et, donc, la « politique conviviale » « façon façon » qu’il mène depuis son parachutage forcé au sein de l’opposition en 2015, et ce après deux ans de primature légume au service des Bongo et de leurs crimes contre la nation !

Ndong Sima se comporte ainsi comme si les crimes contre le Gabon qu’il remarque aujourd’hui n’existaient pas au moment de son entrée dans ce gouvernement de criminels en tant que Premier ministre en 2012 ; comme si les problèmes électoralistes et politiques qu’il dénonce aujourd’hui n’existaient pas à l’époque où, en tant que Premier ministre jouissant de prérogatives qui faisaient de lui le co-gestionnaire de l’Exécutif de 2012 à 2014, il trônait sur la destinée de la République en compagnie d’Ali Bongo; comme si quelque chose l’avait empêché, alors qu’il était Premier ministre, de faire de la réforme politico-électorale un cheval de bataille qui aurait épargné à la nation les morts de 2016. Or, à son bilan légume, on n’attribue aucune proposition de loi, rien, qui ait été fait ni proposé pour résoudre les problèmes qui, aujourd’hui, selon lui, bloquent le pays. Et l’on veut faire la leçon aux autres opposants avec ça ? Ce sont ces contradictions à géométries variables qui, au final, enlèvent toute crédibilité à des gens qui, n’ayant jamais su ce que c’est que faire de l’opposition pendant leurs années de collaboration avec le régime, veulent dans leurs oppositions improvisées, si ce n’est pas parachutées, donner des leçons d’opposition à ceux qui la font avant eux.

Refaisons donc, pour l’édification de Monsieur Raymond Ndong Sima et de tous ceux qui voudraient bien la comprendre, la leçon « DTE », pour rendre justice à ceux qui en défendent et ont continué à en défendre les finalités.

Autrement dit :

1) La « DTE » n’est pas une invention politique de la classe politique nationale ; la « DTE » est une invention politique de Daniel Mengara et, par extension, de la diaspora gabonaise. Cette philosophie tire ses fondements de l’idéologie du « Bongo Doit Partir » dont le Daniel Mengara que je suis a passé presque deux décennies à articuler les principes, dont les prédicats selon lesquels le Gabon ne changera ni par la bonne volonté des Bongo, ni par les urnes et encore moins par le miracle de Jésus-Christ, ce qui supposait que toute volonté de changer le Gabon par les urnes ou par la négociation avec les Bongo serait toujours, mathématiquement, vouée à l’échec. Dès lors, la seule chose, la seule démarche qui puisse amener le changement au Gabon sera inévitablement, immanquablement, incontournablement, la force démocratique de la RUE, donc une insurrection du Peuple en bonne et due forme ;

2) Et dans les principes du « Bongo Doit Partir », j’ai ressassé, année après année, écrits après écrits, sur des milliers de pages, pendant près de deux décennies, les idées fortes du processus insurrectionnel qui pouvait permettre aux Gabonais de se défaire du régime des Bongo. Parmi ces idées, il y a, notamment, le besoin de sortir des injonctions de la constitution bongoïste pour organiser les Gabonais en DEHORS de ces injonctions immobilisantes : Cela supposait donc, automatiquement, un processus EXTRACONSTITUTIONNEL que j’ai théorisé comme devant passer par, non pas la Haute Cour de Justice gabonaise, mais par une Assemblée Constituante du Peuple qui, dans le cadre d’un processus insurrectionnel commencé en amont même de cette Assemblée, viserait à la destitution d’Ali Bongo par le peuple lui-même et, donc, par la suite, à la mise en place d’une Transition politique devant aboutir, enfin, à l’organisation d’élections transparentes qui puissent affirmer la volonté démocratique du peuple gabonais. Bref, ce sont ces vieilles idées « BDP » (Bongo Doit Partir), mille fois ressassées lors des diverses rencontres politiques que j’ai organisées au sein de la diaspora depuis 1998, qui sont venues constituer l’ossature du triptyque « DTE » en 2015 ;

3) Le principe « DTE », tel que la diaspora l’a vendu par la suite, consistait, non pas comme Ndong Sima le dit, à attendre d’Ali Bongo et de ses institutions d’organiser leur propre destitution (ceci ne serait-il pas incohérent ?), mais de monter et, donc, fomenter une insurrection pré-électorale qui empêcherait la tenue de l’élection pour forcer le pays à des réformes avant la tenue de toute nouvelle élection au Gabon ;

Et ce sont ces idées « DTE » que j’ai essayé de partager, non seulement avec les leaders de l’opposition qui ont visité Washington en juillet 2015, mais aussi lors de la visite que j’ai effectuée au Gabon en août 2015. J’avais d’ailleurs, lors de mon entrevue non seulement avec Raymond Ndong Sima, mais aussi avec d’autres leaders de l’opposition que j’ai rencontrés à Libreville, ressassé ces mêmes idées, précisément pour éviter, entre autres, que les gens ne se livrent aux types de déformations gratuites que Ndong Sima vient de faire de la philosophie « DTE ». Ma conférence de presse à la chambre de Commerce de Libreville en août 2015 fut donc claire à ce niveau, tout comme fut clair le désir de la diaspora radicale dont je me réclamais de voir toute l’opposition se réunir pour poursuivre, non pas un agenda électoraliste condamnant le pays à des élections perdues d’avance, mais l’agenda révolutionnaire que proposait la mouvance « DTE » en vue de la destitution d’Ali Bongo par le biais d’une insurrection populaire, AVANT l’élection d’août 2016.

Nous savons tous le résultat de ma visite au Gabon puisque j’en ai fait un rapport qui disait essentiellement ceci :

1) Jean Ping avait refusé ma proposition « DTE », préférant aller aux élections ; on en sait aujourd’hui le résultat ;

2) Mais Ndong Sima avait aussi, en 2015, rejeté ma proposition. Ce sur quoi je n’avais pas élaboré dans mon rapport était, en réalité, que, de tous les leaders politiques que j’avais rencontrés, Raymond Ndong Sima était le SEUL, je dis bien le seul, qui ne croyait pas en la capacité du Peuple gabonais à se soulever. Malgré les raisonnements à contrario que je lui fis, en lui démontrant que le peuple gabonais a toujours été radical et donc s’est toujours rallié aux leaders lui promettant la « casse politique », et a même depuis 1990 montré qu’il pouvait se soulever si on le préparait bien avec des discours insurrectionnels bien « dosés », Raymond Ndong Sima resta planté sur des positions légalistes et républicaines qui expliqueront plus tard le manque d’engouement des Gabonais pour son message. Dans sa non croyance en la capacité du peuple gabonais à se soulever contre la dictature, j’ai trouvé que Ndong Sima n’irait nulle part et serait, plutôt, un poids mort pour l’opposition et j’ai préféré, dans ma démarche et mon rapport, ne même plus le considérer comme un facteur car son discours était non seulement démodé et inadapté aux enjeux du moment, mais sa posture légaliste était également extrêmement dangereuse pour la mouvance « DTE » car encore trop imprégnée de bongoïsme et de conceptions encore trop constitutionnalistes de l’action citoyenne, une conception constitutionnaliste qui, de ce point de vue, ne pouvait qu’inhiber toute tentative de démarche insurrectionnelle, donc extraconstitutionnelle, visant à mettre fin au régime des Bongo. J’avais donc tout simplement rayé Raymond Ndong Sima de toute équation du changement radical au Gabon car, avais-je conclu, il ne faisait pas partie d’une opposition radicale, mais plutôt d’une opposition bongoïste au service du bongoïsme.

Autrement dit, quand Raymond Ndong Sima affuble maladroitement la « DTE » d’une démarche qui, selon lui, aurait consisté à se baser sur l’article 78 de la Constitution pour demander la destitution d’Ali Bongo, Ndong Sima est non seulement hors-sujet, mais aussi intellectuellement malhonnête. La « DTE » a toujours été conçue comme un processus EXTRA-CONSITUTIONNEL qui demandait que l’opposition s’organise EN DEHORS des injonctions de la constitution pour chasser les Bongo du pouvoir. S’il se trouve des Gabonais ayant, quelque part, considéré une destitution d’Ali Bongo par des voies constitutionnelles qui auraient demandé qu’Ali Bongo convoque lui-même une Haute Cour de Justice censée le destituer, ces Gabonais ne faisaient probablement pas partie de la « DTE » telle que conçue et expliquée par la diaspora gabonaise. Pour les vrais « DTÉistes » que nous sommes, la destitution devait, incontournablement, se passer par la force démocratique de la RUE et je mets au défi Raymond Ndong Sima et qui que ce soit d’autre de nous montrer un seul texte où le concepteur de la philosophie « DTE » que je suis aura basé cette idée sur la constitution bongoïste ou un processus dépendant de la constitution bongoïste. Le plan de destitution d’Ali Bongo par la force démocratique de la rue est encore disponible un peu partout sur Internet pour le prouver. C’est un plan purement insurrectionnel qui n’a que foutre des articles 78 ou autres de la constitution bongoïste que Monsieur Ndong Sima semble sacraliser jusqu’à l’immobilisme politique le plus criant. La « DTE » pure et dure étant une idéologie insurrectionnelle, toutes démarches légalistes qu’auraient pu engager ici et là des opposants du terrain ne pouvaient, par conséquent, que se situer EN DEHORS de la philosophie « DTE ».

Mais il y a une explication à ces errements de l’ancien Premier ministre. Monsieur Raymond Ndong Sima fut, aujourd’hui tout comme il le fut tout au long de sa campagne présidentielle, hors-sujet. Hors-sujet parce que :

1) Là où les Gabonais attendaient un « chef de guerre », Ndong Sima leur a vendu un discours légume de « chef politique » basé sur des platitudes économiques et une comparaison de projets de société qui était, dans ce cadre de libération nationale, non seulement futile, mais également la dernière préoccupation des Gabonais. On en connaît le résultat puisque Raymond Ndong Sima se fit même battre nationalement par le « petit » Bruno Ben Moubamba, preuve que son discours trop intellectuel basé sur des projets de société dont les Gabonais n’avaient cure constituait un hors-sujet politique hautement perceptible jusque dans les moindres recoins de chaque village. Raymond Ndong Sima devint ainsi une simple curiosité politique dont personne ne refusait les analyses, mais dont les analyses, quelque justes qu’elles fussent, se trouvaient néanmoins trop loin du combat et des enjeux du moment, qui étaient simplement de chasser Ali Bongo du pouvoir avant que de parler de projets de société qui n’avaient aucun sens tant qu’un Bongo était au pouvoir ;

2) Là où les Gabonais attendaient une théorie de la libération et, donc, une démarche et des propositions de libération nationale basées sur la prise en main de leur propre destinée politique par les Gabonais, Raymond Ndong Sima a vendu l’illusion du changement par les urnes et rien d’autre. En cela, sa démarche ne fut aucunement différente de celle de Jean Ping. Les deux camps ont vendu aux Gabonais, non pas l’insurrection comme moyen de bloquer en amont toute possibilité de nouvelles élections au Gabon tant qu’il n’y aurait aucune réforme AVANT les élections, mais un discours électoraliste digne des plus grandes démocraties du monde, comme si le Gabon était une démocratie et comme si, des urnes en 2016, il pouvait sortir autre chose qu’une validation de la victoire volée des Bongo, comme en 1993, comme en 1998, comme en 2005, comme en 2009 ;

3) Là où les Gabonais attendaient que tous s’engageassent dans la stratégie « DTE » aux fins de projeter le Gabon, AVANT l’élection, dans un processus insurrectionnel capable d’amener, a minima, à des réformes qui auraient enlevé aux Bongo le droit d’organiser les élections de façon unilatérale et monopoliste, et a maxima, une chute pure et simple du régime, Raymond Ndong Sima comme Jean Ping ont préféré botter en touche et entraîner les Gabonais et toute l’opposition ainsi transformée en moutons dans l’illusion d’une élection perdue d’avance ;

4) Là où les Gabonais attendaient du neuf, Raymond Ndong Sima offrait du vieux, c’est-à-dire lui-même. Il semblait oublier qu’il avait déjà, même face à Jean Ping, le fâcheux handicap d’avoir déjà été Premier ministre, donc à un poste à partir duquel il aurait pu laisser une marque qui, si elle n’était pas économique, aurait pu, au moins, se distinguer par des propositions de lois visant à réformer le système électoral gabonais qui a causé des morts en 2016. Or, sur les aspects les plus importants concernant les réformes nécessaires dont Ndong Sima parle aujourd’hui, Raymond Ndong Sima a fait un zéro pointé absolu tout au long de ses deux années de primature. Il aura fallu qu’il quitte le gouvernement non pas sur la base de principes, mais sur la base de sa rivalité d’avec Accrombessi, pour qu’il découvre enfin, une fois dans l’opposition, les vertus de la Réforme que, pourtant, sous sa primature, la société civile demandait à cor et à cri sans qu’il daigne y accorder l’attention nécessaire.

Raymond Ndong Sima fait donc ainsi, en réalité, preuve d’une intoxicante langue de bois par laquelle il semble incapable, non seulement de faire l’autocritique qui lui aurait permis, au moins, de comprendre pourquoi et comment, en tant qu’ancien Premier ministre, il s’est fait nationalement coiffer au poteau par un « petit » Bruno Ben Moubamba, mais pourquoi et comment également, il s’est fait battre par Jean Ping, jusque dans son propre village. Quand un ancien Premier ministre fait le piteux score de 0,43% des votes, il doit véritablement se poser des questions sur ce qu’il a distillé auprès des Gabonais comme offre politique.

Donc, non, Monsieur Raymong Ndong Sima : Tous les Gabonais ne sont pas tombés dans la même erreur que vous, du moins tel que vous avez semblé l’affirmer dans votre déclaration. Ce que vous affirmez est faux et ne saurait être porté par les faits. S’il y a des gens qui sont tombés dans l’erreur, c’est bel et bien vous-même et Jean Ping, dès le jour où vous avez cru que l’élection était la voie qu’il fallait pour libérer les Gabonais du joug quinquagénaire des Bongo.

Heureusement que des gens comme Luc Bengono Nsi au Gabon et moi-même dans la diaspora sommes restés insensibles à vos discours électoralistes. Et heureusement que les 43% de Gabonais qui ne sont pas allés voter sont là pour vous démentir car, quand tout est dit et fait, ces chiffres de participation officiels contiennent tout de même un message qui dit que la majorité des Gabonais ont, en réalité, rejeté non seulement Ali Bongo et Jean Ping, mais aussi Raymond Ndong Sima, tant il est vrai que, EN ANALYSANT LES 57% QUI ONT VOTÉ, on voit très bien que seuls à peu près la moitié de ces 57%, soit 25 à 30% des Gabonais qui ont voté, ont accordé leur confiance à Ali Bongo et à peu près la moitié, soit 25 à 30% des Gabonais qui ont voté, ont accordé leur confiance à Jean Ping. Ceci veut dire pratiquement qu’il ne restait rien pour Raymond Ndong Sima. C’est là un message fort des Gabonais que personne ne peut ignorer, et qui veut dire que 47% des Gabonais ont voté avec leurs pieds (et donc se sont abstenus), laissant juste 25-30% pour le discours électoraliste d’Ali Bongo, 25-30% pour le discours électoraliste de Jean Ping et 0% pour le discours électoraliste de Raymond Ndong Sima. 47% contre 25-30%, c’est bel et bien là une majorité de Gabonais qui ont voté contre Ali Bongo, contre Jean Ping et contre Raymond Ndong Sima, n’ayant trouvé dans ces « vieilles histoires » rien qui leur ait paru de nature à amener à la rupture pourtant tant souhaitée par tous. Ces 47%, on peut le deviner, constituent une majorité « DTE » sensible au discours « DTE » qui désirait la rupture, mais qui n’a vu en lice que des candidats bongoïstes qui ne leur donnaient aucune motivation d’aller voter dans une élection qu’ils savaient était perdue d’avance.

L’on voit aussi, par ailleurs, que, dans ses récriminations contre le reste de l’opposition, Monsieur Raymond Ndong Sima raisonne avec un esprit de parti unique qui suppose que l’opposition est un parti politique qui devait d’abord se concerter sur ceci ou cela, alors même que le principe fondamental, dans tout système politique pluraliste basé sur la compétition des idées, consiste pour chacun des groupes ou chacune des personnes à se battre d’abord pour imposer ses idées, puis à coaliser le plus grand nombre autour de ces idées, ce qui permet à tel ou tel de se détacher comme leader ou non de l’opposition. Autrement dit, quand on a proposé ses idées comme nous l’avons fait pour la « DTE », et que les autres les ont refusées, l’on doit se dire que c’est de bonne guerre, libre à chacun par la suite de poursuivre sa voie et d’en assumer les conséquences.

Mais construire des acrimonies sur le fait que Jean Ping ait organisé une galaxie qui aurait décidé d’un candidat unique par la triche, est puéril et enfantin. Certes, Ping a triché pour y arriver, mais entre anciens pédégistes ayant construit vos victoires bongoïstes sur les fraudes bongoïstes pendant 50 ans, vous devriez tous êtres habitués à ces méthodes, non ? Or, la réalité est que, au final, Jean Ping ne fut même pas le candidat unique de l’opposition puisque des gens comme Bruno Ben Moubama et Raymond Ndong Sima furent de la partie et, donc, candidats. Qu’est-ce qui a alors empêché Raymond Ndong Sima d’utiliser son argent pour, lui aussi, monter une stratégie suffisamment viable et crédible pour s’imposer comme chef de l’opposition ? Cela n’allait tout de même pas lui être offert sur un plateau d’argent, ou lui tomber du ciel, non ? La politique est une jungle et ceux qui passent du temps à pleurnicher n’y survivent jamais. Et, quelque part, c’est là un véritable aveu d’incompétence politique de la part de Raymond Ndong Sima, car il ne se rend même pas compte que personne ne l’a empêché de faire comme Jean Ping. Ne disait-on pas de Ndong Sima qu’il était suffisamment nanti pour se tailler une place politique parmi les « grands » anciens pédégistes ? A ce titre, Ndong Sima, ancien Premier ministre, n’était-il pas un « poids lourd » parmi les « poids lourds » sortis de l’écurie bongoïste ? La politique, s’il ne l’a pas encore compris, est un monde où il faut se battre pour imposer ses idées ou ses démarches, au lieu de passer du temps à pleurnicher sur ce que tel a fait ou n’a pas fait. Ou alors, il faut simplement reconnaître que l’on a failli et dans cette défaite, faire sa propre auto-flagellation.

Autrement dit, quand Raymond Ndong Sima se plaint, par exemple, que la galaxie Ping avait soutenu l’idée fort exécrable de ne pas présenter de candidats fangs en 2016, qu’est-ce qui a empêché Ndong Sima de faire de ce thème du tribalisme pingouin le thème de sa campagne ? N’aurait-il pas pu, avec ses moyens, lancer une tournée nationale pour dire aux populations, par exemple, que lui, Ndong Sima, se présentait uniquement pour déjouer cette abomination tribaliste par laquelle la galaxie Ping voulait priver toute une ethnie, l’ethnie fang, du droit de se présenter aux élections ? N’aurait-il pas pu, dès lors, dire aux Gabonais qu’il serait ce candidat fang dont le seul objectif était de protéger le droit des Fangs à avoir des candidats ? Je suis sûr que Raymond Ndong Sima aurait pu construire une coalition de Gabonais de toutes les provinces autour de la simple idée qu’il se présentait, dans ce contexte, pour défendre le droit constitutionnel de toutes les ethnies du Gabon à présenter les candidats qu’ils veulent, surtout parce que la décision de qui est candidat et qui ne l’est pas n’est pas une décision ethnique ou provinciale, mais une décision individuelle. Quand on est candidat à la présidence de la République, on n’est plus le candidat des Fangs ou des Myénés ou des Pounous ou autres. On est le candidat des Gabonais et l’on se doit de convaincre toutes les provinces de l’utilité de sa candidature. Raymond Ndong Sima aurait ainsi pu accuser frontalement la coalition Ping de tribaliser une décision personnelle en la transformant en une décision ethnique et que, si on va dans cette logique, quelle sera la prochaine ethnie du Gabon dont Jean Ping, une fois au pouvoir, va priver les membres du droit constitutionnel qui est le leur de se présenter ? Les Pounous ? Les Ndzébis ? Les pygmées ?

En d’autres termes, devant les errements tribalistes de la galaxie Ping, un candidat avec des moyens comme Ndong Sima avait tous les atouts pour créer un contre-pouvoir au sein de l’opposition qui aurait pu éclipser très facilement et très rapidement Jean Ping. Mais, hélas pour lui-même, en faisant le choix d’une campagne pacifiste et légaliste se contentant d’une démarche légume avec des discours légumes sur des théories économiques qui ont endormi, puis éloigné les Gabonais de sa campagne, Ndong Sima s’est condamné au hors-sujet politique car n’ayant pas vu que 2016 était un contexte de guerre et non un contexte démocratique où l’on va endormir les masses avec des projets de société n’ayant aucun sens tant qu’un Bongo est au pouvoir. Et c’est cela, qui, au final explique l’inaudibilité de la candidature de Raymond Ndong Sima face à Jean Ping et même Bruno Ben Moubamba, et non ce que Jean Ping ou el ou tel autre a fait ou n’a pas fait à Ndong Sima.

Je comprends que Monsieur Raymond Ndong Sima ait pu garder de l’acrimonie envers la galaxie de Jean Ping pour les manipulations et la traîtrise avec laquelle il a organisé son « intronisation » comme « vrai faux candidat unique » de l’opposition en 2016, mais même en politique, nous nous devons de rester concrets et, surtout, honnêtes. Car la question est la suivante : Si Jean Ping a pu s’imposer au reste de l’opposition, la faute à qui ? Est-ce que Jean Ping a empêché Ndong Sima, par exemple, de parler, de circuler dans le pays, de vendre sa candidature, de battre campagne, de convaincre les gens s’il le pouvait ? Si on répond « non » à ces questions et à beaucoup d’autres, c’est que Ndong Sima raconte des vannes sur ce qui a fait l’échec de sa candidature. Il faut donc savoir garder tête froide car même chez des gens comme moi, qui n’ont jamais soutenu Jean Ping ni fait partie de sa galaxie, nous savons néanmoins reconnaître que Jean Ping aura, en mal ou en pis, fait ce qu’il faut pour s’imposer au reste de l’opposition, et c’est de bonne guerre. Car une fois que l’on sort des émotions, on peut simplement se rendre compte des faits suivants :

1) La véritable opposition « DTE », je dis bien la véritable opposition « DTE », celle constituée de gens comme le Daniel Mengara que je suis ou de références en matière de luttes radicales comme le doyen des opposants radicaux Luc Bengono Nsi ou Martin Edzodzomo-Ela, ne put avancer parce qu’elle n’avait pas les moyens de sa politique. Ceci est un fait que nous admettons volontiers. Et s’il y a échec à admettre, nous admettons que notre seul échec relève de notre manque de moyens. Mais parce que nous savions, dans le même temps, que des électoralistes comme Jean Ping ou Ndong Sima n’iraient nulle part, nous avons préféré, devant notre manque de moyens, regarder les loups s’entremanger entre eux, sachant très bien que l’élection, comme d’habitude, aboutirait aux mêmes résultats mathématiques que ceux constatés en 1993, 1998, 2005 et 2009. Car, pourquoi, par exemple, aurait-on été perdre du temps et de l’énergie à accompagner, comme des fous ou des moutons, des stratégies électoralistes perdues d’avance alors que la logique montrait que ce serait une perte de temps ? Ce qui a manqué à la « DTE », ce n’était donc pas la capacité de convaincre, mais simplement le manque des moyens minimalistes qui auraient pu nous permettre de distiller nos messages dans les moindres recoins du Gabon d’une manière qui aurait pu prédisposer les populations à nos finalités. Face à nos manques de moyens, le boulevard était fait à des gens comme Jean Ping qui, eux, en avaient à foison. Machiavélique ou pas, donc, la stratégie électoraliste de Jean Ping consista simplement à faire du solo d’abord, puis ensuite à gagner du temps pour tenir jusqu’au seuil des élections parce qu’il savait que, devant l’évidence de l’inévitabilité des élections, la stratégie « DTE » se désintégrerait au profit de l’électoralisme et la majorité des candidats présumés, une fois confrontés au fait accompli de l’inévitabilité des élections, seraient obligés de plonger avec lui dans une stratégie électoraliste qui tournerait à son avantage. C’est une stratégie qui, sur le moment, avait l’air de lui donner raison, certes, mais qui était, en réalité, un suicide politique collectif. Même si, moralement, l’on peut avoir beaucoup à redire sur la mentalité et les méthodes bongoïstes de Jean Ping, personne ne peut, par contre, lui reprocher d’avoir voulu écraser la concurrence, comme cela se fait ailleurs dans le monde. C’est, encore une fois, de bonne guerre, même si, aujourd’hui, on serait en droit de lui rigoler au nez au vu des milliards dépensés à corrompre avec des double-cabines, pour finir, par la suite, simple « président élu » quémandant désormais à genoux, comme Ndong Sima, des médiations internationales.

Raymond Ndong Sima semble, au final, baser toute sa logique et, donc, toute son acrimonie contre la galaxie Jean Ping sur l’idée très bizarre que c’est à cause de Jean Ping, et non d’Ali Bongo, qu’il est resté inaudible tout au long de la campagne. Il ne semble même pas se poser la question de savoir pourquoi, justement, lui qui fut ancien Premier ministre, a pu se faire coiffer au poteau par Jean Ping, qui est allé jusqu’à battre Ndong Sima jusque dans son propre village, et ce dans un contexte où Ndong Sima est passé quasiment inaperçu comme candidat, allant même jusqu’à se faire battre sur le plan national par Ben Moubamba, récoltant ainsi le piètre résultat de 0,43%. Je ne crois pas que l’on puisse dire que Jean Ping soit responsable de cet horrible résultat de la part d’un ancien Premier ministre. La réalité, encore une fois, est que, là où Jean Ping sut, au moins, créer autour de lui, des coalitions électoralistes implantées dans tout le Gabon, et utiliser son argent pour les « motiver » avec des double-cabines, Raymong Ndong Sima crut que tout devait lui tomber du ciel ou de la planète mars. Il ne travailla jamais, tout au long de la pré-campagne ou de la campagne, à créer des coalitions, se contentant de se mettre sur le piédestal technocrate par lequel il fit croire à son électorat que c’est par la connaissance des dossiers économiques du Gabon qu’il gagnera les élections. Contre le régime des Bongo, il n’eut pas grand chose à dire et son combat principal sembla plutôt, généralement, s’arcbouter sur une logique anti-Ping incompréhensible, comme si Jean Ping lui empêchait de créer des coalitions ou de faire, au minimum, semblant de s’opposer aux Bongo. Pourtant, il était clair que, contrairement à Jean Ping, le manque de traction de Raymond Ndong Sima tenait principalement de son incapacité à créer des coalitions au-delà des cercles fangs pouvant lui assurer le soutien des autres provinces, une situation qui ne pouvait que le desservir dans un contexte où son discours se révélait au peuple comme un discours légume se présentant à la limite comme un discours tellement légalisto-républicain que beaucoup se demandèrent si Ndong Sima savait qu’il se présentait comme candidat sous une dictature et non dans une démocratie ! Au moins, Jean Ping, dont le discours était pourtant déjà légume également, faisait néanmoins semblant de parler un peu plus durement des Bongo, ce qui le rendit un peu plus attractif comme candidat pour un peuple à la recherche de « chefs de guerre », un peuple qui, au final, n’alla vers Jean Ping que parce qu’il n’y avait personne d’autre avec les moyens qui vendît, face aux Bongo, une idéologie de la confrontation directe.

Autrement dit, la politique demande que chacun se batte pour imposer sa volonté aux autres. Ce n’est pas un domaine où les choses s’offrent à vous sur un plateau d’argent. Si Jean Ping s’est imposé, c’est que Ndong Sima n’a pas utilisé la bonne stratégie pour s’imposer et ce n’est pas le fait de se recroqueviller dans les récriminations qui changera cette réalité. Quand on a vécu en occident et qu’on voit les politiciens s’étriper dans les débats et campagnes politiques, au Gabon nous, on veut que cela tombe du ciel et que tout soit gentil. Non. Si Ping s’est imposé face à Ndong Sima, Ndong Sima doit rechercher, non pas chez Ping, mais en lui-même et en sa campagne, la raison pour laquelle lui qui avait les moyens n’avait pas su, comme Ping, créer les coalitions et investir son argent dans sa poursuite de la reconnaissance politique ou de l’audibilité de son message. La galaxie Jean Ping, en bien ou en mal, est le fait du travail de Jean Ping. Où est la galaxie que Ndong Sima a créée autour de lui pour contrer celle de Jean Ping et rechercher la chute des Bongo ? Rien.

Bref, Raymond Ndong Sima aura beau se contorsionner dans une démarche visant, manifestement, à réécrire l’histoire de cette élection, à vouloir se donner raison sur Jean Ping ou d’autres, tout cela c’est du pipeau : sa démarche n’est différente de celle de Jean Ping que par la forme. Les deux ont emprunté exactement, dans le fond, la même démarche. En d’autres termes:

1) Tous deux avaient les moyens de leur politique, mais plutôt que de préparer le peuple à l’insurrection, ils ont tous deux utilisé cette force financière pour faire croire au Peuple qu’ils avaient la capacité de gagner par les urnes ; mal leur en a pris, puisque le résultat est là pour montrer que, contre les Bongo, on ne gagne pas les élections, on les « perd » même quand, comme Jean Ping, on gagne. Paul Mba Abessole, Pierre Mamboundou et André Mba Obame peuvent en témoigner ;

2) Tous deux ont rejeté la stratégie « DTE » et portent donc à parts égales la responsabilité d’avoir entraîné les Gabonais vers une voie électoraliste perdue d’avance ;

3) Tous deux ont rejeté la stratégie de l’insurrection, Ndong Sima parce qu’il ne croyait pas du tout, et alors là pas du tout, en la possibilité pour les Gabonais de se soulever, et Jean Ping parce que lui, croyait que son statut d’ancien diplomate gabono-panafricain serait de nature à engager la communauté internationale dans une hypothétique démarche visant à appuyer son éventuelle victoire par les urnes ; il avait donc tout misé sur les « carnets d’adresses » et n’a donc plus su quoi faire une fois les carnets d’adresses perdus ;

4) Tous deux ont choisi de se soumettre aux injonctions de la CENAP et de la Cour constitutionnelle alors que tout le monde savait que ces institutions ne pouvaient que valider la fraude des Bongo ;

5) Tous deux restent, fondamentalement, de cette fameuse « légalité républicaine » par laquelle ils se sont, dès 2015, refusés à engager le peuple vers la voie de l’insurrection, préférant lui vendre un discours électoraliste qui n’avait ni queue ni tête dans un contexte où les Gabonais attendaient un « chef de guerre » et non un « chef politique ». Ils ont ainsi tous les deux confondu le Gabon avec un pays démocratique dans lequel il suffisait d’aller voir les petites filles bouger les fesses dans les villages pour gagner une élection par la force démocratique des urnes.

Par contre, là où les deux ont différé est que :

1) Raymond Ndong Sima est resté légaliste jusqu’au bout. Il n’y a qu’à voir la manière légaliste avec laquelle il décrit la « DTE » dans on intervention, dynamique qu’il aurait, bizarrement, comprise comme une démarche visant à utiliser les institutions bongoïstes pour destituer Ali Bongo, alors que cette démarche visait, plutôt, une insurrection, donc la force démocratique de la rue comme outil de destitution, comme ce fut le cas en Tunisie, comme au Burkina Faso. Jean Ping, au moins, poussé par une jeunesse radicalisée, fut forcé de faire semblant de tenir un discours minimalistement confrontationnel, quoiqu’encore trop mou et mal orienté, là où Ndong Sima, lui, déclarait n’avoir aucun problème personnel avec Ali Bongo, comme si un Gabonais ayant connu la souffrance ou vu ses enfants mourir dans les hôpitaux du Gabon pouvait ne pas avoir de problème personnel avec les Bongo ?

2) Raymond Ndong Sima a reconnu la victoire d’Ali Bongo là où tout le monde s’active pourtant à dire que cette victoire fut, comme celles de 1993, 1998, 2005 et 2009, volée. Quand on se bat pour le Gabon, on ne peut se permettre d’aller reconnaître la victoire d’un dictateur. Par ce simple geste, Ndong Sima ne peut se prévaloir d’une supériorité morale quelconque vis-à-vis de Jean Ping, et encore moins de ces autres opposants dont il remet en cause la capacité intellectuelle. A leur manière, Jean Ping et Raymond Ndong Sima portent tous les deux la responsabilité du maintien d’Ali Bongo au pouvoir. Ils ont tous deux refusé de travailler avec le peuple et le reste de l’opposition dans le sens d’une destitution d’Ali Bongo par la force démocratique de la RUE avant les élections et, de ce fait, ont montré qu’ils sont les principaux facteurs qui ont permis la survie des institutions bongoïstes ;

3) Raymond Ndong Sima, contrairement à un Jean Ping que des militants surchauffés ont forcé à un semi-discours radical, n’a même pas fait pas semblant de s’opposer à Ali Bongo. Et, curieusement, après 50 ans de boursouflures sous les Bongo, Ndong Sima est encore de ceux là qui, au Gabon, croient encore aux vertus du dialogue avec les Bongo comme solution aux problèmes du Peuple gabonais.

Non, Monsieur Raymond Ndong Sima. L’époque du bongoïsme est révolue au Gabon.

Les Gabonais rejetteront votre maladroite tentative non seulement de semer la désinformation sur les réalités de 2016, mais aussi de nier ou détourner sur d’autres la responsabilité personnelle qui fut la vôtre dans la débâcle de l’opposition électoraliste en 2016. Votre tentative de créer une différence entre votre démarche et celle de Jean Ping est futile, voire vaine : Le fond de vos démarches reste exactement le même.

Autrement dit, dès lors que Ndong Sima et Jean Ping sont allés accompagner Ali Bongo en août 2016 dans des élections perdues d’avance et, ainsi, lui ont fourni la validation dont il avait besoin pour vendre au monde la énième victoire volée du clan sur le peuple Gabonais, Jean Ping et Raymond Ndong Sima ne peuvent se défiler de la responsabilité d’avoir remis Ali Bongo au pouvoir. Si Ali Bongo est au pouvoir aujourd’hui, c’est bel et bien parce que Raymond Ndong Sima comme Jean Ping lui auront offert un terrain propice à la validation de sa victoire volée. Aucune contorsion de la vérité ne pourra effacer cette réalité. La grande différence aujourd’hui entre Ndong Sima et Jean Ping est simplement que Ndong Sima lui, a déjà bel et bien reconnu la victoire d’Ali Bongo, donc son autorité, là où Jean Ping, à cause de militants trop surchauffés malgré lui, cherche encore le moyen de faire la même chose sans trop y laisser de plumes ou sans risquer de se faire agresser dans les rues de Paris par les Gabonais déchaînés qui y attendent désormais tous les malfrats de la République.

Quand, donc, dans sa plaidoirie, Ndong Sima accuse les autres opposants d’avoir entériné une élection qu’il dit maintenant était mal organisée, le fait de ne même pas voir sa propre contradiction en tant que l’une des personnes qui, justement, ont entériné la forfaiture électoraliste des Bongo, crée un manque de crédibilité assez criard chez l’ancien Premier ministre. Ce manque de crédibilité, au final, présente Raymond Ndong Sima comme faisant partie de ceux qui veulent taire les élans révolutionnaires du Peuple en semant dans le mental des Gabonais des obscurantismes visant à leur faire accepter les Bongo parce que, soi-disant, il faut préserver la paix.

Non, Monsieur Ndong Sima, vos erreurs politiques à vous et à Jean Ping n’ont pas laissé aux Gabonais que le choix de négocier avec le pouvoir. Non. Il y a toujours eu et il y aura toujours la troisième voie, celle de l’insurrection, celle de la « DTE », qui est la seule voie pour la rupture, mais à laquelle vous vous obstinez à vous opposer, sans démontrer aux Gabonais dans quel pays au monde on a vu des dictateurs accepter de quitter le pouvoir ou de négocier de manière franche sans y être forcés d’une manière ou d’une autre. Or, vous, vous attendez d’Ali Bongo qui accepte de se faire « hara-kiri » sans y être forcé, et ce alors que vous quémandez à genoux sa bonne volonté. Vous irez vraiment loin avec ça.

Vous citez la capitulation des forces de l’Axe. Bien. Mais, encore une fois, vous voulez déformer l’histoire. Quand on s’est assis pour recevoir la capitulation des forces de l’Axe, donc du Japon, de l’Allemagne et de l’Italie, c’est après avoir livré une guerre. Où est la guerre que les Gabonais ont menée contre les Bongo pour, par la suite, aller s’asseoir avec eux pour obtenir leur capitulation ? Et alors même que Ndong Sima, en allant à son investiture, a déjà capitulé face à Ali Bongo et, donc, a totalement abdiqué de son droit à rechercher la destitution du dictateur, quelle force morale peut-il avoir aujourd’hui pour inviter les Gabonais à un énième dialogue avec les Bongo ? Que recherche, au final, Raymond Ndong Sima ? La capitulation de l’opposition ou celle des Bongo ? Et après quelle guerre ? Après quelle insurrection ? Après quel levier politique susceptible de forcer Ali Bongo à négocier la renaissance d’un Gabon qui se ferait sans les Bongo ?

Non, Monsieur Raymond Ndong Sima, ne nous comportons pas comme si, au Gabon, il n’y avait jamais eu de dialogue comme celui que vous prônez. Au Gabon, on a eu une conférence nationale en 1990, elle n’a pas suffi. Au Gabon, nous avons eu les accords de Paris de 1994 et ceux d’Arambo en 2006, mais, à chaque fois, ce sont des reculs démocratiques que les Gabonais ont subis. Toujours et toujours, encore et encore. Ce que vous proposez n’est ni une nouveauté ni une panacée. C’est du déjà vu au Gabon, du réchauffé qui n’en vaut aucune peine.

Non, Monsieur Raymond Ndong Sima, la « DTE » n’a pas échoué parce qu’elle comptait, comme vous l’affirmez, sur les institutions bongoïstes pour destituer Ali Bongo. En fait, la « DTE » n’a jamais échoué. On parle d’échec pour quelque chose qui a été tenté. Or, au Gabon, il n’y a encore jamais eu application pratique des méthodes « DTE ». Nous savons tous, simplement, que la « DTE » n’a pu être tentée parce que le camp de ceux qui soutenaient cette position manquait de moyens. Mais entre manquer de moyens et échouer, il y a un gouffre. Or, vu que la méthode « DTE » était l’antithèse de la méthode électoraliste soutenue par vous et Jean Ping, il nous est, plutôt, possible aujourd’hui de dire que Jean Ping et vous-même avez échoué dans votre bizarre croyance que vous pouviez défaire le régime des Bongo par le simple fait de participer à des élections que, pourtant, tout le monde savait perdues d’avance. En ce sens, c’est vous qui avez échoué et non la « DTE », qui reste entière et, donc, totalement obligatoire aujourd’hui comme passage obligé, démonstration ayant désormais été faite, depuis 2016 comme depuis 1993, que seule une insurrection en bonne et due forme pourra débarrasser le Gabon des Bongo, comme en Tunisie, comme au Burkina Faso. Nous sommes, pour ainsi dire, revenus à la case départ de la « DTE » comme passage plus que jamais obligé. A ceux qui l’ont compris de s’organiser, ensemble, ou séparément, pour arriver à ses finalités, puisqu’elles sont obligatoires et, donc, inévitables. Le Gabon ne se libérera que par la force démocratique de la Rue et il importe peu qui prendra le manteau de ce combat. Ce que nous savons, mathématiquement, est que la personne ou les personnes voulant de la libération du Gabon devront passer par la méthodologie « DTE », la méthodologie du « Bongo Doit Partir », qu’ils le veuillent ou pas.

Autrement dit, pour les « DTÉistes » que nous sommes, l’épisode de 2016 n’est pas et n’a jamais été le point de référence. Tout autant que Jean Ping n’a rien représenté qui fût différent de ce que le Gabon a vécu avec Paul Mba Abessole, Pierre Mamboundou ou André Mba Obame. Si nous reconnaissons que ces derniers ont tous gagné contre les Bongo en 1993, 1998, 2005 et 2009, c’est que la victoire de Jean Ping ne fut jamais une exception puisque nous avons toujours su que les Bongo étaient incapables de gagner des élections qui fussent transparentes. Ce qui aurait été une exception, par contre, c’est si Jean Ping avait accédé au pouvoir par la force démocratique des urnes. La politique au Gabon n’ayant pas commencé avec 2016, ni avec l’opposition de Jean Ping ou de Raymond Ndong Sima, le combat « DTE » continue de la même manière qu’il existait avant l’élection. Autrement dit, la stratégie et la philosophie « DTE » n’ont jamais dépendu ni de la stratégie électoraliste de Jean Ping, ni de celle de Raymond Ndong Sima, et encore moins d’un agenda lié aux élections de 2016. Ces élections ne furent, dans ce contexte, qu’une étape du même combat que les Gabonais mènent depuis 1981 avec l’apparition du MORENA sur la scène politique gabonaise en pleine période de parti unique. A ce titre, le contentieux électoral dans lequel Jean Ping et Ndong Sima sont englués l’un contre l’autre, ne concerne que très périphériquement les partisans de la « DTE » qui, eux, continuent un combat qui demeure fondamentalement le même que celui qu’il était avant l’élection.

Et donc, non, Monsieur Ndong Sima, les Gabonais refuseront de vous rejoindre dans ce rôle d’accompagnateur du régime que vous semblez chérir. Ils savent que le type de dialogue que vous proposez ne peut aboutir qu’à une situation négociée qui entérinera, une fois de trop, un partage du pouvoir avec le régime des Bongo dont la contrepartie sera la reconnaissance du mandat actuel d’Ali Bongo. C’est donc là une démarche inacceptable et il ne faut pas faire peur aux Gabonais en leur présentant votre démarche bongoïste comme la seule à même d’amener à une paix durable au Gabon.

Et surtout, ne rajoutez pas à ces obscurantismes par lesquels on voit les camps Ping, Ndong Sima et autres se disputer la primauté ou la paternité de qui a parlé le premier de dialogue ou de négociation ou de médiation. Ces jeux de mots sur le même concept ne veulent rien dire pour les partisans de la « DTE » que nous sommes : Dès lors que nous savons que toute forme de dialogue ou de médiation avec les Bongo finira forcément par des compromissions par lesquelles Ali Bongo se maintiendra au pouvoir, nous y sommes opposés d’emblée. Il importe alors très peu qui a fait cette proposition de dialogue en premier car une proposition mauvaise et dangereuse pour le Gabon restera toujours mauvaise et dangereuse pour le Gabon, quelle que soit la bouche ou la plume par laquelle cette proposition aura été faite, et il est dommage de voir des Gabonais se disant de l’opposition s’entredéchirer aujourd’hui comme des enfants autour de la paternité de qui aura, au final, été le premier à recommander à tout le monde d’aller se jeter dans les bras d’Ali Bongo dans le cadre d’un énième dialogue-médiation aux finalités, pourtant, connues d’avance. Dans la tête de ces Gabonais engagés comme des loups en cage dans des fratricides politiques aux relents de puérilité, la question n’est plus de juger de la justesse d’un dialogue et de ses conséquences à court, moyen et long terme pour le Gabon. Au Gabon aujourd’hui, on devient partisan de tel ou tel homme politique simplement parce qu’il est fang, myéné, pounou ou autre, ou parce qu’il est opposé à Jean Ping, ou parce qu’il fut le premier à dire, « allons au dialogue ». Là où l’on devrait rabrouer ces « proposeurs de dialogues » et les huer sur la place publique comme des gens voulant de nouveau vendre le Gabon aux Bongo, on tombe dans le piège des engagements partisans autour des personnes, des ethnies et des provinces, laissant de côté les fondements même de ce qui fait l’idéologie d’un combat de libération nationale.

Donc :

Non, Monsieur Raymond Ndong Sima, cette « paix » des Bongo que vous prônez, ces dialogues sans queue ni tête auxquels vous conviez la nation sans que n’ait été mené le moindre combat citoyen qui soit de nature à plier ce régime à la volonté du Peuple, n’est en rien différent de celui de Jean Ping et de tous les autres « pourparleurs » de sa galaxie qui quémandent et mendient, à genoux, des dialogues et des médiations nationales et internationales qui ne manqueront pas de contenir la contrepartie de laisser les Bongo au pouvoir. Les Gabonais s’y refusent.

Non, Monsieur Ndong Sima, il est incohérent de demander l’annulation d’une élection alors même que l’on a déjà été à l’investiture de celui à qui l’ont veut nier la victoire. C’est soit on juge que cette investiture était conforme à la démocratie et on l’accepte, soit on refuse le résultat et on recherche l’annulation. On ne peut pas faire les deux en même temps. Et, dans ce cas, on ne demande surtout pas aux Gabonais d’aller discuter avec celui dont ils contestent l’élection, sachant qu’une telle discussion, quand on la demande à genoux, ne peut résulter qu’en des accords de partage du pouvoir qui forcent tout le monde à accepter les mandats volés des Bongo. Ce type de contradictions, les Gabonais n’en veulent plus.

Non, Monsieur Raymond Ndong Sima, ces réformes que vous continuez à quémander à genoux au lieu de les imposer au dictateur, ces démarches visant aux compromissions plutôt qu’à la rupture, ces démarches par lesquelles vous pensez obtenir des réformes au Gabon sans dire comment vous aller y forcer Ali Bongo sans passer par une insurrection, ces discours de paix et de responsabilité républicaine que vous ne cessez de distiller dans un contexte où les Gabonais, confrontés à un Etat voyou, ont besoin de stratégies de « guerre » à même de les organiser en vue de la rupture radicale, ces discours de paix dans un pays n’ayant jamais connu la « guerre » restent, en définitive, des fantasmes. Des fantasmes dangereux pour le combat de libération nationale que les Gabonais veulent désormais mener. Les Gabonais s’y refusent.

Non, Monsieur, Raymond Ndong Sima, ce bongoïsme qui vous anime et vous pousse au mensonge en vue de la préservation d’une paix bongoïste pour le plus grand bien des Bongo et de leur monarchie, les Gabonais n’en veulent plus.

Dr. Daniel Mengara
Président, « Bongo Doit Partir »

P. O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA

Tél. 973-447-9763

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