Robert Mugabe et son épouse Grace, le 8 novembre 2017. - Jekesai NJIKIZANA AFP

Le chef d’Etat, qui dirige le pays depuis trente-sept ans, a tenu, dimanche, un discours de vingt minutes sans renoncer au pouvoir, alors que la pression s’accentue.

Il les a tous eus. Une nouvelle fois. Le Zimbabwe et ses nouveaux maîtres attendaient, après cinq jours de suspense, le discours de démission du président Robert Mugabe, 93 ans, dont trente-sept au pouvoir. Bouffi, le cheveu en bataille, avec cinq généraux assis en rang sur sa droite, l’air sinistre, la scène d’adieu du vieux président semblait couler de source. A l’issue d’une allocution de vingt minutes, dimanche 19 novembre au soir, il n’a pourtant pas annoncé sa démission.

Le président Robert Mugabe, pendant son allocution diffusée en direct à la télévision, le 19 novembre.
Et Robert Mugabe a commencé, à 21 heures pile, un discours historique pour annoncer des nouvelles d’importance : d’abord, « les pluies ont été bonnes », mais, il faut bien le reconnaître, il y a eu « quelques désaccords récemment » au Zimbabwe, sans doute un euphémisme pour dire que l’armée l’a chassé du pouvoir – sans vouloir le reconnaître, afin de mettre tout le monde devant le fait accompli. Robert Mugabe a annoncé plusieurs solutions pour résoudre tout cela : d’abord, éviter à tout prix « l’amertume » car, cela « ne nous rend guère meilleurs ». Il a également détaillé des projets pour l’agriculture, et un plan pour relancer la croissance.

Expulsé de son parti

Et, du reste, un congrès extraordinaire de la Zanu-PF doit avoir lieu à la mi-décembre. « Naturellement, je le présiderai », affirme avec un détachement parfait Robert Mugabe, qui a été exclu de toutes ses fonctions au sein du parti, et même expulsé l’après-midi même.

Parmi les généraux qui sont venus négocier sa reddition avec lui, c’est-à-dire tenter de lui arracher une signature en bas d’une démission de sa fonction de président de la République, il a eu la surprise de voir se présenter le chef de la police, le général Augustine Chihuri, et le patron de l’administration pénitentiaire, Panadzai Zimondi, ses deux derniers alliés. La délégation tente de convaincre le monde qu’ils ne sont pas les auteurs d’un putsch, mais d’une réforme un peu vive des institutions.

Toute sa vie, l’adversité a été le carburant de Robert Mugabe, et l’ironie mordante son plaisir secret. Dimanche soir, alors que son propre parti – dont il était parvenu à prendre le pouvoir en prison – venait de le démettre de ses fonctions à sa tête, et de l’expulser, il a donc répliqué avec tout son art du défi.

Une manifestation massive

Dans la journée, il n’avait pas été le seul à être sacrifié par la Zanu-PF. Une dizaine de proches, dont son épouse Grace, la femme la plus détestée de tout le Zimbabwe, avaient été eux aussi exclus du parti par le comité central du parti. Le comité central, présidé par Obert Mpofu – qu’il avait une nouvelle fois nommé ministre il y a quelques semaines –, avait aussi lancé un ultimatum au vieux président de la République : démissionner avant midi, lundi, ou subir un processus d’empêchement au Parlement mardi.

L’homme qui a défait le pouvoir blanc et a terrorisé le Zimbabwe pendant près de quarante ans a choisi, une fois encore, la confrontation, et son utilisation à des fins politiques : perdu pour perdu, il veut que le nouveau pouvoir le destitue de la façon la plus proche de l’illégalité qui se puisse concevoir, afin de ne pas faire le cadeau d’une transition qu’il n’aurait pas souhaitée. Samedi, des dizaines, peut-être des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour réclamer son départ. Encore une raison pour s’entêter.

Par Jean-Philippe Rémy (Harare, envoyé spécial)
LE MONDE Le 19.11.2017 à 21h44 • Mis à jour le 20.11.2017 à 06h28

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