Malgré les pressions de l’armée, de la rue et de son parti, le président du Zimbabwe n’a pas annoncé sa démission.

L’Histoire réserve tous les jours de nouvelles surprises au Zimbabwe. Démentant les rumeurs, le président zimbabwéen a finalement refusé de céder dimanche soir aux pressions de la rue, après avoir été évincé de la présidence de son propre parti. Il n’a pas démissionné. Entouré de hauts gradés de l’armée, qui ont pris le contrôle du pays, Robert Mugabe, au pouvoir depuis 37 ans a Harare, s’est exprimé solennellement devant la télévision d’État pour faire l’état des lieux de la Zanu PF, le parti au pouvoir, mais il a terminé son intervention sans annoncer son départ…
Grace Mugabe a catalysé le coup de force militaire

C’est la consternation pour des millions de zimbabwéens qui vivent depuis le 15 novembre dans la plus grande incertitude. Il ont vécu un coup de force militaire quand le General Chiwenga a pris le contrôle des rues de la capitale pour réclamer le départ du leader de 93 ans. Hier, la pression est montée quand les 170 membres du comité central de la Zanu-PF, réunis en session extraordinaire à Harare, ont évincé Robert Mugabe de la présidence de sa propre formation. Ils l’ont remplacé par son rival, l’ancien vice-président Emmerson Mnangagwa. Le comité central du parti a même posé à son ancien héros un ultimatum: s’il refuse de quitter volontairement le pouvoir d’ici à lundi midi, il sera démis par le Parlement mardi.

Depuis son indépendance, jamais le Zimbabwe n’avait connu une telle mobilisation. Organisée par le parti au pouvoir comme par l’opposition ou la société civile, la «Marche de solidarité pour un nouveau Zimbabwe» a réuni samedi des centaines de milliers de personnes, de tous bords politiques et de toutes communautés raciales. Dans un pays où les manifestations sont régulièrement réprimées, le soutien des militaires a bizarrement rassuré la population, sortie massivement pour protester. Dans le centre de la capitale, des jeunes ont arraché une plaque de rue métallique portant le nom de Robert Mugabe avant de la piétiner.
«Je n’arrive pas à y croire. J’ai 27 ans et je n’ai jamais vu une manifestation pareille! Plus personne n’a peur», assurait Owen, cuisinier à Harare, abasourdi par le flot incessant de la foule qui a paralysé pendant quelques heures le centre de Harare. «Trop, c’est trop, Mugabe doit aller se reposer», pouvait-on lire sur les banderoles, brandies par des manifestants dans un concert de klaxons. «Le pouvoir n’est pas sexuellement transmissible», proclamait une autre affiche, allusion non masquée à Grace Mugabe, la première dame du pays, dont l’arrivisme politique était devenu la bête noire des membres du parti au pouvoir.

«D’ici mardi, tout sera réglé»

Pour beaucoup d’analystes, Grace Mugabe a indirectement catalysé le coup de force militaire. Elle avait poussé son mari à limoger son vice-président Emmerson Mnangagwa, mais s’est finalement fait expulser du parti au pouvoir. Dans une conférence de presse organisée dimanche après la réunion extraordinaire du comité central, le ministre de la Justice, Patrick Chinamasa, a annoncé qu’elle serait poursuivie en justice, comme les autres «criminels» du pays. Dans la ligne de mire de l’armée se trouve le groupe dit des G40, une faction de la Zanu-PF qui soutenait Grace Mugabe dans ses ambitions présidentielles. Quatre ministres, dont Ignatius Chombo, sont actuellement détenus par les autorités militaires.

À 93 ans, le père de l’indépendance zimbabwéenne est de plus en plus isolé. Il a perdu ses alliés militaires. Ses amis politiques l’ont abandonné. Pour la deuxième fois depuis le début du coup de force militaire, il a accepté de rencontrer dimanche l’état-major de l’armée. Le général Chiwenga tentait depuis cinq jours d’arracher une reddition en douceur et une sortie honorable. «Mais s’il refuse de démissionner, nous entamerons au Parlement une procédure d’impeachment pour le démettre constitutionnellement de ses fonctions», a mis en garde un député zimbabwéen qui assurait que «d’ici à mardi, tout sera(it) réglé».

Emmerson Mnangagwa, surnommé «le Crocodile», prendra sans doute la direction de la transition politique. Va-t-il s’orienter vers un gouvernement d’unité nationale en attendant l’organisation d’élections prévues en 2018? Morgan Tsvangirai, leader de l’opposition historique du MDC (Mouvement démocratique pour le changement), pourrait en faire partie. Joice Mujuru, ancienne vice-présidente, qui est passée dans l’opposition, est aussi sur les rangs. Militaires ou civils, les Zimbabwéens font tout pour gérer cette crise sans effusion de sang. Mais la page Mugabe n’est pas encore tournée.

Mis à jour le 20/11/2017 à 06:42 Publié le 19/11/2017

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