Le Gabon a suspendu pour un an la diffusion de la chaîne publique France 2, accusée d’avoir rediffusé un documentaire critique sur le président Ali Bongo Ondimba, et pour un mois un journal d’opposition.

C’est un « signal inquiétant », a réagi Reporters sans frontières (RSF) dans un communiqué, jeudi 23 août, estimant qu’« en suspendant des médias qui enquêtent sur des sujets d’intérêt général, [la Haute Autorité gabonaise de la communication (HAC)] se pose en défenseur des intérêts du régime au lieu de défendre la liberté de la presse garantie par la Constitution ».

Mercredi, la HAC a décidé de suspendre pour douze mois les programmes de la chaîne publique française, « s’interrogeant sur l’opportunité » pour France 2 « de rediffuser la veille du 17 août [fête de l’indépendance] un documentaire subversif sur le Gabon », selon un communiqué lu à la télévision publique gabonaise.

Lors de sa première diffusion, en juillet 2017, le documentaire Le Clan Bongo, une histoire française avait créé la polémique dans ce pays d’Afrique centrale de moins de 2 millions d’habitants en proie à de graves difficultés économiques. Il dressait un portrait peu flatteur de l’actuel président, Ali Bongo, fils d’Omar Bongo, chef de l’Etat gabonais de 1967 à sa mort en 2009 et ancien pilier de la Françafrique.

Un journal d’opposition suspendu

Le reportage donnait en particulier la parole à l’ancien PDG de la compagnie pétrolière française Elf Aquitaine, Loïk Le Floch-Prigent, qui affirmait qu’un accord secret réservait 18 % des actions d’Elf Gabon à Omar Bongo, en plus des bonus. La HAC a jugé que la rediffusion du reportage était « répréhensible » et qu’elle portait « atteinte aux institutions de la République, à la dignité d’autrui [et était] de nature à troubler l’ordre public ».

La HAC, dirigée par Raphaël Ntoutoume Nkoghe, ancien directeur de la communication d’Ali Bongo, a en outre suspendu pour un mois le journal Echos du Nord, l’un des principaux médias d’opposition du Gabon, à quelques semaines d’élections législatives prévues le 6 octobre après plusieurs reports.

Lire aussi : Après deux ans de report, les élections législatives au Gabon auront lieu en octobre

Le régulateur des médias avait été saisi par le vice-président gabonais, Pierre Claver Maganga Moussavou, pour « atteinte à sa personne et défaut de preuves » après la publication dans ce journal d’articles révélant des achats de véhicules de luxe par M. Moussavou.

La HAC a également suspendu pour trois mois la société de diffusion de chaînes câblées SatCon, accusée de pirater BeIN Sports.

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