Voulant éviter le débat sur le principe constitutionnel de continuité de l’Etat, certains cercles ont choisi de privilégier le secret médical sur la transparence.

C’est l’heure de toutes les interrogations. En deux semaines, le discours officiel a beaucoup évolué. A la «fatigue sévère» s’est substitué un «saignement justifiant une prise en charge médico-chirurgicale». Du simple «repos», on est passé à une «phase de récupération physique très encourageante» (lire «L’état de santé d’Ali Bongo s’est amélioré»). S’exprimant le 11 novembre dernier, le porte-parole de la présidence de la République s’est fait l’écho des révélations de nos confrères de La lettre du continent. Même s’il n’a pas parlé d’accident vasculaire cérébral, il a quelque peu corroboré la version de l’agence britannique Reuters (lire «Le PLC exige des preuves»). Comme il fallait s’y attendre, cette sortie a suscité des réactions. Immédiatement, l’opposition a demandé au gouvernement de se saisir du dossier, pressant le Premier ministre d’effectuer le déplacement de la capitale d’Arabie saoudite.

En responsabilité ou par ignorance ?

En plusieurs points, cette polémique rappelle celle ayant eu cours au lendemain du décès d’Omar Bongo Ondimba. Ne contribuant nullement à crédibiliser la parole officielle, elle alimente tous les fantasmes. Comment apprécier ces hésitations ? Les institutions nationales se sont-elles volontairement laissées doubler par la presse internationale ? Ont-elles choisi d’externaliser la communication sur un sujet aussi sensible ? Délégant de sa souveraineté, le peuple n’a-t-il pas le droit de savoir ? Délégataire réputé de la souveraineté populaire, le président de la République n’a-t-il pas le devoir de faire savoir ? En fonction au moment de son admission au King Faisal hospital de Riyad, Ali Bongo demeure la clef de voûte des institutions. Acteur principal de la scène politique, il reste le pivot de la vie publique nationale. Quand bien même les informations relatives à sa santé sont couvertes par le secret médical, on ne peut les garder sous le boisseau. En démocratie, la transparence est un principe essentiel. S’y opposer revient à légitimer la suspicion.

Sommes-nous, pour autant, en face d’un «mensonge d’Etat» ? Pour l’Union nationale (UN), cela ne fait l’ombre d’aucun doute (lire «L’Un réitère ses exigences»). Défini comme «une contre-vérité, présentée comme une information officielle par un responsable de l’Etat, agissant dans le cadre de ses fonctions», le mensonge d’Etat relève de la propagande. Contraire aux principes démocratiques, il a pour but d’influencer l’opinion publique. S’il peut s’expliquer par le souci de maintenir la paix civile ou de gérer des situations de conflit, il entame toujours la crédibilité des autorités. En confirmant la participation du président de la République au Forum de Paris sur la paix, tenu du 11 au 13 novembre dernier, le Premier ministre en avait-il conscience ? A-t-il agi en responsabilité ou par ignorance ? En énonçant des diagnostics hasardeux, le porte-parole de la présidence de la République a-t-il versé dans la désinformation ? S’est-il avancé en connaissance de cause ou par méconnaissance, pour sauver les meubles ? Des réponses à ces questions, dépend l’appréciation des faits.

Continuité de l’Etat, un principe constitutionnel

Pour l’heure, une seule certitude : à la transparence, certains cercles ont préféré le respect du secret médical. Si elle peut se comprendre, cette option peut s’entendre comme la résultante d’une faible appropriation des exigences démocratiques. Elle peut aussi se comprendre comme la traduction d’une mauvaise perception de la fonction de président de la République, de ses contraintes comme de ses exemptions, de ses inconvénients comme de ses avantages. Déjà, condamnations et accusations pleuvent. Quand les uns pointent du doigt la famille nucléaire d’Ali Bongo, les autres se répandent sur un fameux triumvirat composé de la présidente de la Cour constitutionnelle, du directeur de cabinet du président de la République et du chef des services spéciaux de la présidence de la République. Peu importent les identités des marionnettistes, la version servie le 28 octobre dernier exhale des effluves de mensonge d’Etat.

Face aux éventuelles conséquences institutionnelles, on peut s’inquiéter de certains silences voire d’une propension à imposer la loi du silence. Malgré les requêtes de l’opposition (lire «Les exigences de l’UN»), le Premier ministre refuse d’assumer ses responsabilités, préférant s’en remettre à la présidence de la République (lire «Pas de vacance du pouvoir»). Pourtant concernée au premier chef par la situation, la présidente du Sénat se complait dans le mutisme et l’inaction. S’adonnant à la sanction systématique (lire «Protestation de l’Opam»), la Haute autorité de la communication (Hac) s’oppose à l’exercice du droit d’informer. Or, en mettant en parallèle le respect de la vie privée et les pouvoirs du président de la République, on touche au débat sur la continuité de l’Etat. N’en déplaise aux zélateurs, ce principe constitutionnel sous-tend les interrogations des républicains.

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