La photo de la rencontre secrète entre Moukagni Iwangou et Ali Bongo, publiée par le quotidien L’Union, le 18 septembre 2015, à l'époque où Moukagni Iwangou niait encore vouloir entrer au gouvernement. © D.R.
La photo de la rencontre secrète entre Moukagni Iwangou et Ali Bongo, publiée par le quotidien L’Union, le 18 septembre 2015, à l'époque où Moukagni Iwangou niait encore vouloir entrer au gouvernement. © D.R.

Ce 17 décembre 2018, Jean de Dieu Moukagni Iwangou, ancien opposant devenu ministre d’État chargé de l’Enseignement supérieur du régime des Bongo, a jugé utile de faire la leçon de morale aux Gabonais.

Maniant, comme à son habitude, la rhétorique poétique qui a souvent distingué ses confabulations de celles, plus plates, de ses anciens et nouveaux acolytes, Il a accolé à son acception de la morale publique une définition qui intronise une implacable scission épistémologique entre l’homme politique et l’homme d’État.

L’homme politique, selon lui, serait celui qui se contente de postures, se livre à un populisme simpliste, voire dévergondé et, donc, confine ses engagements politiques aux tendances populistes qui informent tant son opportunisme que, nous supposons aussi, son matérialisme.

L’homme d’État, lui, se soumettrait à l’appel de la responsabilité envers son pays et, sur cette base, se doit de guider et former les esprits aux normes qui façonnent de manière pérenne et durable l’avenir des nations, même s’il faut, pour cela, bousculer tant les usages que les attentes.

En sous-entendu, Monsieur le Ministre d’État chargé de l’Enseignement supérieur du régime des Bongo a voulu qu’il soit inféré que l’homme d’État dont il parle, c’est lui. Tous les autres ne sont que de simples hommes politiques, donc ces opportunistes sans acrotère ni socle qui se laissent balloter au gré des bourrasques, des alizés, des brises et des bises.

Le seul problème, au sortir de l’envolée lyrique de Monsieur le Ministre d’État chargé de l’Enseignement supérieur du régime des Bongo, est qu’il a semblé oublier, au passage, de définir ce qu’il entend par « État » et, surtout, le rapport qui, à ses yeux, lierait l’homme dont il parle à cet État.

C’est pourtant élémentaire, et nous sommes d’avis que même un ministre de l’Enseignement supérieur des Bongo spécialiste des loquacités lyriques les plus aventureuses saura faire siens les simples faits de conviction qui suivent.

Pour simplifier à outrance, disons que l’État est ce qui reste quand les hommes, morts ou vifs, ne sont plus.

L’État n’a de sens que quand, soutenu par des institutions fortes qui ne laissent aucune place au népotisme des émotions qui écorchent, puis éventrent les institutions, il agit avec impartialité, loin des favoritismes, des sentimentalismes et des effets d’accointance ou de clan.

Apparemment, Monsieur le Ministre d’État chargé de l’Enseignement supérieur du régime des Bongo, en tant que nouvel initié du clan et de la bongoïe, adhère désormais à la tradition bongoïste qui a voulu que l’État soit un instrument au service des lubies, prostitutions et fantasmes claniques de ceux qui, depuis 51 ans, meurtrissent le Gabon.

Monsieur le Ministre d’État chargé de l’Enseignement supérieur du régime des Bongo semble désormais, contrairement à ses certitudes d’hier, demander aux Gabonais de substituer aux immanences et inhérences de l’État les sentimentalismes et, donc, les arbitraires qui voudraient que parce qu’Ali Bongo serait valétudinaire, égrotant ou moribond, l’État s’arrête, s’immobilise et jette aux orties les principes de droit, de permanence et de continuité qui se doivent de prévaloir, à cause d’un seul homme et pour un seul homme.

Monsieur le Ministre d’État chargé de l’Enseignement supérieur du régime des Bongo voudrait que l’État soit suspendu, que son sens perde tout sens, que les signifiés et les signifiants s’égarent de leurs sillons épistémologiques, tout simplement parce que, à ses yeux, l’État devrait inféoder ses injonctions tant à l’inéluctable incapacitation d’Ali Bongo qu’aux tripatouillages constitutionnels d’une Mborantsuo s’adonnant plus que jamais au génie de la malfaisance. Les Gabonais doivent simplement acquiescer et se taire, même si cela veut dire se laisser diriger, depuis Rabat, et ce pour une durée indéterminée, par un légume dont personne ne maîtrise la finalité, et encore moins les tenants et les aboutissants.

Quel schisme, donc, quelle disjonction entre le Jean de Dieu Moukagni Iwangou qui, jadis, pondait les plus grands dogmes du droit, le Moukani Iwangou qui, depuis les antichambres de l’opposition, soutenait encore la prééminence de l’État sur les hommes, et le Ministre d’État chargé de l’Enseignement supérieur du régime des Bongo d’aujourd’hui qui, adhésion faite à la démonie nationale, ramène désormais le débat républicain à des questions personnelles là où l’on devrait parler de questions de droit, de questions d’État.

Quelle honte ! Quelle vilénie !

Si, donc, le droit et les lois qui affirment l’État se doivent dorénavant d’être à géométrie variable selon que l’on végète au sein de l’opposition ou que l’on s’empiffre au sein du régime, si, hier, depuis l’opposition, l’on vantait encore de manière docte la primauté de l’État sur les hommes et aujourd’hui, depuis les antres de la bongoïe, l’on se met à vanter, à la manière du ménestrel émasculé, la suprématie des hommes, dont les maladies commanderaient désormais que l’État soit assailli jusqu’à futilisation, n’y a-t-il pas, quelque part, dépravation de la logique républicaine chez notre ministre d’État chargé de l’Enseignement supérieur du régime des Bongo ?

La question continuera, cependant, à se poser : Qui, au final, est homme d’État ? Et qui, au final, est homme politique ? Il me semble que Monsieur le Ministre d’État chargé de l’Enseignement supérieur du régime des Bongo se trouve quelque peu désormais affecté, peut-être, par une forme de berlue bongoïste aiguë, celle-là même qui, en le matin du 17 décembre 2018 qui a inspiré sa sortie lyrique, lui a fait croire qu’il était à l’image exacte du reflet de lui-même que son miroir lui renvoyait. Il a, de toute évidence, oublié que le miroir a, en réalité, cette singulière faculté qui fait qu’il ne vous renvoie jamais que la copie inverse, donc antinomique, de ce vous croyez être. Ce n’est donc jamais soi-même que l’on voit dans un miroir mais la copie inversée et parfois contrariante de ce que l’on croit être.

Une manière de dire, tout simplement, que, quand la lecture du droit et les principes d’État commencent à être de géométrie variable parce que soumis aux impératifs de la feudatrie, et surtout quand, bouche pleine et ventre repu, on se met à bégayer le droit et à proclamer la prééminence des arbitraires, il n’y a généralement plus, dans ces cas-là, ni homme ni État.

Fait le 19 décembre 2018 à Montclair, New Jersey, USA

Dr. Daniel Mengara
Président, Bongo Doit Partir-Modwoam

P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052
Tél. 973-447-9763
Mail : bdpm @ bdpmodwoam.org

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