L'opposant Maurice Kamto après sa libération de prison à Yaoundé, le 5 octobre 2019. © STRINGER / AFP
L'opposant Maurice Kamto après sa libération de prison à Yaoundé, le 5 octobre 2019. © STRINGER / AFP

Patron du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto était le principal rival de Paul Biya lors de la dernière présidentielle. Il était présent à l’audience le 5 octobre à Yaoundé.

Principal rival de Paul Biya lors de la dernière présidentielle, Maurice Kamto a été libéré de prison ce 5 octobre après neuf mois de détention. Avec ses partisans, il a quitté définitivement la prison centrale de la capitale Yaoundé sous une nuée de youyous, d’accolades et de chants de joie.

Dès sa sortie, ses partisans ont littéralement explosé de joie. Il leur a répondu avec un grand sourire avant de monter dans la voiture d’un de ses avocats avec un de ses alliés, Christian Ekoka qui était également emprisonné. Le cortège s’est aussi ébranlé en direction de sa résidence dans la banlieue ouest de Yaoundé, suivi à pied par les militants enjoués.

Si certaines pensent que le fait d’être libéré, c’est la fin de la lutte, alors ils n’ont rien compris.
Après sa sortie de prison, Kamto tient meeting improvisé devant sa résidence
06-10-2019 – Par Polycarpe Essomba

Maurice Kamto et des dizaines d’opposants avaient comparu plus tôt dans la journée, en début d’après-midi, devant le tribunal militaire de Yaoundé, qui a ensuite déclaré l’abandon des poursuites. La veille, le président Biya avait annoncé dans un tweet l’arrêt des poursuites contre « certains » responsables de l’opposition, notamment ceux du MRC.

« C’est la victoire du peuple camerounais »

Leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), emprisonné depuis neuf mois, rival de Paul Biya à la présidentielle, Maurice Kamto et 90 personnes, comme Christian Ekoka, Albert Dzongang, maître Michèle Ndoki, ou encore le chanteur Valsero sont arrivés à 12h30 dans le tribunal militaire, accueillis dans une ambiance de fête par des chants, des cris de joie et des accolades. « C’est la victoire du peuple camerounais, ont crié des militants. La victoire des démocrates ».

Peu avant 13h, le commissaire du gouvernement qui représente le ministère public a pris la parole pour déclarer : « Nous avons des réquisitions spéciales, nous avons l’honneur de requérir l’arrêt des poursuites ». Aussitôt, les trois juges ont ordonné la remise en liberté des accusés. L’audience aura duré à peine une vingtaine de minutes. Maurice Kamto et ses compagnons ont été reconduits à la prison principale pour remplir les formalités de levée d’écrou, avant d’être libérés.

Si maître Sylvain Souop, coordinateur du Collectif des avocats de la défense, salue ce geste du président Paul Biya, il estime que les opposants n’auraient « jamais dû être se retrouver en prison » et encore moins rester en détention depuis fin janvier. « Cette décision arrive un peu tard, 9 mois de détention, c’est 9 mois de trop. » L’avocat regrette notamment que Maurice Kamto n’ait pas été libéré « avant le dialogue, pour lequel il avait une contribution majeure à apporter. »

Nous avons l’impression qu’on a volontairement grossi le dossier.
Cameroun: l’avocat Henri Kouokam s’exprime sur la libération de Maurice Kamto
05-10-2019 – Par RFI

« Il est évident que c’est un geste d’apaisement, estime un autre avocat, Emmanuel Simh. Mais nous devons nous demander si c’était nécessaire que des personnes fassent neuf mois en prison pour avoir exprimé des droits qui sont reconnus par la loi camerounaise. Ils ont été arrêtés arbitrairement et leur place n’a jamais été en prison. Neuf mois en prison, ce sont des souffrances. On n’aurait peut-être jamais dû en arriver là ».

« Nous aurions préféré qu’ils n’aient jamais été arrêtés. Maintenant, ils sont libérés et c’est une bonne chose pour eux et pour l’apaisement dans ce pays », , ajoute Emmanuel Simh qui espère que les autres personnes encore prison pourront également être mises en liberté. Plus d’un millier de ses compatriotes anglophones sont encore emprisonnés et une soixantaine sont poursuivis.

Il faut inscrire cette décision comme relevant du droit de grâce qui participe de son humanisme.
Cameroun: René-Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, sur les raisons qui ont poussé Paul Biya à libérer Maurice Kamto
05-10-2019 – Par RFI

Désormais « la balle est dans le camp de Kamto et des siens », prévient le ministre de la Communication, qui estime qu’ils doivent « arrêter cette espèce de théâtralisation qui n’a pas lieu d’être dans la mesure où ils contestent une situation incontestable, ils réclament une victoire qu’ils n’ont jamais gagnée. »

René-Emmanuel Sadi appelle à ce « que chacun revienne à la raison et que nos compatriotes se mobilisent pour que nous regardions tous dans la même direction et en sauvegardant ce qui est essentiel : la paix et la stabilité. »

Mais une question se pose désormais : le président camerounais va-t-il poursuivre dans cette voie en autorisant la libération du leader ambazonien Sisiku Ayuk Tabé, de Marafa Hamidou Yaya ou de Jean-Marie Atangana Mebara ? « Rien n’est impossible », répond le ministre. « Dans l’univers politique, ce qui est vrai aujourd’hui ne l’est pas demain, ce qui était erreur hier peut être vérité demain. Laissons à celui qui est en charge de présider à la destinée de notre pays d’apprécier en temps opportun les décisions qu’il a à prendre. »

Conseiller politique de Maurice Kamto, Albert Dzongang a lui aussi passé neuf mois en prison à Yaoundé. À son arrivée à Douala, soulagé, il a assuré que son combat politique ne s’arrêtera pas là.

Les Camerounais adhèrent à ce que nous faisons. Nous sommes dans un pays de terreur. Nous irons avec d’autant plus de force à présent que les Camerounais ont compris à présent que le voleur n’est pas aussi fort que ce que l’on croit.
Cameroun: conseiller politique de Maurice Kamto, Albert Dzongang, assure que le combat ne s’arrêtera pas là
06-10-2019 – Par RFI

Parmi ceux qui avaient fait le déplacement hier, on trouvait l’avocat Felix Agbor Balla Nkongho, l’ancien président du Consortium de la société civile anglophone camerounaise, désormais interdite, qui avait été créée en décembre 2016 pour exprimer les griefs des populations des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Désormais président du Centre pour les droits de l’homme et la démocratie en Afrique, Felix Agbor Balla a passé environ huit mois à la prison centrale de Kondengui avant d’être relâché suite à l’abandon des charges.

C’est une bonne journée pour le Cameroun. Mais je voudrais souhaiter que le président puisse faire quelque chose pour donner le pardon pour Sisiku et les autres. Ce sera mieux pour nous tous.
Cameroun: Félix Agbor Balla réagit à la libération de Maurice Kamto
06-10-2019 – Par RFI

Publié le 05-10-2019 Modifié le 06-10-2019 à 11:22

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