La dernière nomination de l’ancien directeur de cabinet du président de la République n’a rien d’une sortie par le haut. Comme d’autres avant lui, il pourrait se retrouver sur la touche dans quelques semaines.

Pendant deux ans, Brice Laccruche-Alihanga a multiplié les transgressions, accumulé les outrances. Directeur de cabinet du président du Parti démocratique gabonais (PDG), il en a profité pour noyauter cette formation politique. Au nez et à la barbe de son secrétaire général, il a chamboulé l’ensemble des instances dirigeantes, singulièrement le secrétariat exécutif et le bureau politique. Directeur de cabinet du président de la République, il s’est employé à prendre le contrôle de l’appareil d’Etat et des finances publiques. Sans égard pour les textes en vigueur ou la compétence, il a placé ses affidés, copains et coquins au gouvernement, dans la haute administration ou à la tête des établissements publics les mieux lotis financièrement. C’est dire si l’homme ne faisait plus mystère de ses ambitions. C’est aussi dire si son éviction marque le début d’une descente aux enfers.

Directeurs de cabinet au pouvoir extravagant

Malgré la rhétorique consolatrice de ses proches, le désormais ministre en charge du Suivi des investissements humains et des objectifs du développement durable doit s’en douter : sa dernière nomination n’a rien d’une sortie par le haut. Encore moins d’une promotion. Bien au contraire, elle préfigure des lendemains incertains. Comme d’autres avant lui, il pourrait se retrouver sur la touche dans quelques semaines, au terme d’un remaniement décidé en opportunité. Le déroulement des événements le laisse croire : sa longévité au gouvernement n’est nullement garantie. Ayant étalé ses prétentions, s’étant laissé dominer par ses vanités, il semble se rapprocher du bûcher. Comme si ses protecteurs d’hier avaient décidé de lui apprendre cette maxime venue de la Rome antique : «Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche tarpéienne».

En dépit des rappels à l’ordre de l’opinion, Brice Laccruche-Alihanga s’est refusé à circonscrire son champ d’intervention. Entre arrogance puérile et interventionnisme débridé, il a tout osé ou presque. Au lieu de se contenter d’un rôle de «sentinelle du président», il s’est mué en créateur de sa propre gloire. Au lieu de s’illustrer par la discrétion et le travail, il a constamment recherché la lumière. A jamais, sa «tournée républicaine» restera comme l’une des plus mémorables curiosités de ces 30 dernières années. Certes, depuis le remplacement de Patrice Otha par Maixent Accrombessi, tous les directeurs de cabinet d’Ali Bongo ont eu un pouvoir extravagant. Certes, de par leur proximité d’avec le président de la République, ils ont une influence certaine sur la marche des choses. Certes, en renforçant les pouvoirs du président de la République, la dernière révision constitutionnelle a incidemment renforcé ceux de ses collaborateurs immédiats.

Eviction aux allures de licenciement

Pour autant, la Constitution pose les fondements de l’organisation de l’Etat. Délégative ou habilitative, la suppléance y est prévue et encadrée. Ainsi, en s’autoproclamant délégataire du président de la République, son ancien directeur de cabinet est sorti de l’ordre constitutionnel. Involontairement, il a tendu des verges pour se faire battre. Dos au mur, il a cru bon organiser la mise en scène de Nzeng-Ayong, le 5 octobre dernier. En voulant légitimer sa tournée, Brice Laccruche-Alihanga a soumis Ali Bongo au regard de monsieur Tout-le-Monde. Sans s’en rendre compte, il a permis à chacun de se faire une idée précise de ses capacités physiques et cognitives. Au-delà, il a laissé le sentiment d’être devenu le ventriloque de son patron et, peut-être même, son maître à penser voire plus. Vanité, vous avez dit ?

Pourtant, depuis un peu plus d’une année, le débat sur l’état de santé du président de la République rythme la vie publique. Sur cette question, le collectif Appel à agir a formulé une demande d’expertise médicale. Avant d’inviter Ali Bongo à le rejoindre à un meeting, son ancien directeur de cabinet aurait gagné à évaluer les risques pour l’image des institutions. Après tout, un président de la République ne doit inspirer ni compassion ni pitié mais respect et admiration. Si Brice Laccruche-Alihanga l’avait oublié, ses anciens protecteurs s’en sont manifestement souvenus. De ce point de vue, son éviction a plutôt les allures d’un licenciement. En l’exfiltrant du cabinet présidentiel, on l’a en réalité sorti de l’entourage et de la famille politique d’Ali Bongo. Les jours à venir nous en diront plus…

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