L’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo, Brice Laccruche Alihanga limogé de son poste le 7 novembre 2019.
L’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo, Brice Laccruche Alihanga limogé de son poste le 7 novembre 2019.

Quelques heures après le remaniement ministériel intervenu le 2 décembre au soir, l’ex-directeur de cabinet du président de la République, Brice Laccruche Alihanga, entré le 7 novembre au gouvernement dans un ministère au libellé fumeux – chargé du Suivi de la Stratégie des investissements humains et des Objectifs de développement durable -, a été limogé avant d’être interpellé le 3 décembre 2019 par les éléments de la direction générale des Recherches (DGR) et ceux de la Recherche et des contre-ingérences (B2) après deux heures de perquisition à son domicile.

On s’en doutait. Son éviction du gouvernement actée, l’étau a logiquement reçu son ultime tour de manivelle pour bloquer Brice Laccruche Alihanga. Le «messager intime», l’ancien tout-puissant directeur de cabinet du président de la République (DCPR), président de l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev), a été interpellé, le 3 décembre 2019, après deux heures de perquisition à son domicile, ceci dans le cadre de l’opération anticorruption, Mamba, récemment réactivée par la justice. Plusieurs chefs d’accusation justifieraient cette interpellation intervenue dans le sillage de celle de bien d’autres ayant déjà conduit à la prison centrale de Libreville des têtes couronnées de l’association sus-citée, comprenant d’anciens hauts responsables d’entreprises publiques ou paraétatiques et de l’administration gabonaise.

Fidèle d’Ali Bongo à partir du tournant de la dernière présidentielle, devenu omniprésent et omnipotent sur la scène politique locale, Brice Laccruche a vu sa suprématie sur l’épicentre du pouvoir gabonais s’estomper dès sa nomination au gouvernement. Pourtant, le 5 octobre dernier, il terminait une tournée dite républicaine aussi «monumentale qu’inédite» l’ayant conduit à travers toutes les provinces du pays, obtenant comme par magie l’allégeance de la quasi-totalité des autorités politiques et administratives, des sages et notables du pays entier… avec un zèle étonnant.

Par après, il s’est fait très discret depuis le lancement de la vaste opération «mains propres» ayant conduit plusieurs de ses proches mis en prison pour complicité de corruption, détournement de deniers publics et enrichissement illicite.

Pourtant, après son limogeage de la présidence de la République, le 7 novembre 2019, il a déclaré : «ces deux dernières années, suivant la volonté du chef de l’État, SEM Ali Bongo Ondimba, jamais autant de réformes n’ont vu le jour au Gabon». Et d’ajouter : «durant ces deux années exceptionnelles, je peux dire : j’ai tout donné, tout sacrifié pour le Président et pour notre Pays. Cela restera pour moi une grande satisfaction».

L’interpellation de celui qui, il y a moins d’un mois, était présenté comme la «main droite du chef de l’État», le «Messager intime», était littéralement attendue de l’opinion. Elle n’étonne donc pas vraiment.

Présentant le nouveau gouvernement, le Premier ministre, Julien Nkoghe Bekale, a laissé entendre que le président de la République a «demandé de lui proposer une équipe gouvernementale efficace composée d’hommes et de femmes alliant expérience, compétences, intégrité et loyauté». Autrement dit, tous les ministres débarqués, Brice Laccruche Alihanga y compris, ne rempliraient pas ces critères puisqu’il a été limogé. En tout cas, depuis sa sortie de la présidence de la République, des rumeurs le donnaient étroitement surveillé. Il n’aura d’ailleurs occupé son ministère «bizarre» que quelques semaines.

BLA, cerveau présumé de la bande à Allogho Akoué

Brice Laccruche Alihanga apparaît pour beaucoup comme «le cerveau de tous les scandales financiers dévoilés» ces dernières semaines. Les directeurs généraux de la Société nationale des Hydrocarbures, Patrichi Tanasa, de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), Renaud Allogho Okoué, de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), Herman Nzoundou Bignoumba, entre autres, tous proches de l’ancien DCPR ou membres de partis politiques et associations cornaqués par lui sont également placés en détention préventive pour «détournement de fonds publics» ou «complicité de détournement de fonds publics».

Le glas ou le chant du cygne sonnant quelques heures après son éviction du gouvernement, l’ancien ministre chargé du Suivi de la Stratégie des investissements humains a, une nouvelle fois, écrit sur son sa page Facebook : «cette année, j’ai fait de mon mieux pour soutenir les autorités pendant une des périodes les plus difficiles de notre histoire. Nonobstant les ragots et «fake news» que certains distillent déjà et continueront, et malgré les affirmations péremptoires et dénuées de toute véracité qui tendent à salir une réputation, sachez que je resterai celui que vous avez tous connu, homme d’honneur, fidèle et loyal».

Brice Laccruche va donc devoir s’expliquer sur toutes les accusations, scandales et catastrophes financiers que l’on découvre peu à peu et que l’on dit engendrés sous les couleurs de l’Ajev du temps où il administrait le cabinet du président de la République. Une page se tourne donc pour la vague dite bleue et les Ajeviens qui ont fait feu de tout bois durant près de deux ans dans l’ensemble du pays.

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