Jean Ping, lors d'une intervention vidéo sur Facebook, le 18 août 2017.

Au-delà des postures politiciennes, le président de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) fait montre de réalisme politique. A travers des mots, notions et concepts, il a esquissé un changement de cap, une évolution majeure de sa stratégie.

Depuis la fin de la présidentielle d’août 2016, Jean Ping campe sur la revendication de sa victoire supposée. Aux confins de l’entêtement, son intransigeance a fini par créer une ligne de fracture au sein de sa famille politique : contre sa volonté et contre celle de ses soutiens de la première heure, ses alliés ont pris part aux élections couplées d’octobre 2016. Pis, dès après l’accident vasculaire et cérébral (AVC) d’Ali Bongo, certains ténors de son camp ont appelé à la constatation de la vacance du pouvoir, une certaine jeune garde regroupée au sein du collectif Appel à agir en faisant même son principal cheval de bataille. Outré par les errements au sommet de l’Etat, singulièrement les transgressions de l’ancien directeur de cabinet du président de la République, le président de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) a fini par reconsidérer sa lecture de la situation : en plaidant, le 12 octobre dernier, pour «la vacance du pouvoir et la fin de l’usurpation», il a implicitement reconnu l’existence d’un président de la République régulièrement installé.

Respect du schéma constitutionnel

Au-delà des postures politiciennes, l’heure semble être au réalisme politique. Si Jean Ping continue d’exiger «la vérité des urnes», c’est davantage pour affirmer son leadership au sein de l’opposition. D’une certaine manière, cet objectif a motivé son refus de participer aux dernières législatives. Sa légitimité étant sauve, la CNR s’étant quelque peu reconstruite, il peut maintenant regarder la réalité en face. En tout cas, il l’a laissé transparaître le 10 décembre courant : outre «la vacance du pouvoir et la fin de l’usurpation», il a évoqué la nécessité de «garantir l’intérim et la passation pacifique du pouvoir.» Dans le même temps, il a appelé au «rassemblement» des «patriotes de tous bords.» A travers ces mots, notions et concepts, il a esquissé un changement de cap, une évolution majeure de sa stratégie.

N’en déplaise à ses inconditionnels, le président de la CNR ne se satisfait plus des affirmations incantatoires. En militant ouvertement pour un «intérim», en affirmant son désir de parvenir à une «passation pacifique du pouvoir», il s’inscrit dans le schéma constitutionnel. Même si on peut toujours subodorer une manœuvre politicienne, quand bien même les circonstances peuvent offrir de nouvelles opportunités, il semble acquis au respect de la voie indiquée par l’article 13 de la Constitution : constatation de la vacance du pouvoir, intérim et présidentielle anticipée. Après tout, l’intérim est consacré par la Constitution. Différent de la transition, il ouvre sur une nouvelle élection et est forcément assuré par le président du Sénat. Si la vacance du pouvoir venait à être constatée, Jean Ping accepterait-il de laisser Lucie Mboussou Aubusson conduire l’intérim ? Serait-il disposé à prendre part à une nouvelle présidentielle ? Sans pour autant répondre à ces questions, son dernier discours le laisse croire. Volens nolens, il semble avoir abandonné l’idée d’une investiture fondée sur les résultats de la présidentielle d’août 2016. Peu importent les pinailleries sémantiques, c’est une nette rupture avec le passé.

Combat politique ou combat citoyen ?

Comment le président de la CNR compte parvenir à un intérim puis à une passation pacifique du pouvoir ? De quels moyens ou outils dispose-t-il pour hâter la mise en œuvre de ce scénario ? A en croire ses dires, Jean Ping mise sur trois éléments : «Les gages donnés aux partenaires (…) et (…) amis du Gabon», «les assurances répétées publiquement en direction (des populations) sans exclusive» et, «les contacts (…) (noués) avec (…) (les personnalités et entités) sensibles à (son) appel au rassemblement de novembre 2018.» Ici aussi on est loin, très loin même, de la «confrontation» prônée en décembre 2018. Mieux, les clivages nés de la présidentielle d’août 2016 semblent être devenus secondaires. Comme si au combat politique, il préfère désormais un combat citoyen. Comme si à la bataille pour la reconnaissance de sa victoire supposée, il a substitué une bataille pour l’alternance et l’Etat de droit.

Sans fixer de date, Jean Ping a dit croire en «l’aboutissement de ce combat» dans les plus brefs délais. Eu égard au climat socio-politique, de plus en plus lourd et anxiogène, cette espérance paraît partagée par une bonne partie de la société. Mais, chacun en convient : elle se heurtera inéluctablement au parti-pris des institutions. Dès lors, toutes les éventualités, y compris les plus farfelues et les moins démocratiques, doivent être examinées et évaluées. Le président de la CNR a annoncé la couleur. Aux institutions de jouer cartes sur table. Pour le reste, l’histoire tranchera…

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