Routes, ports, centrales hydroélectriques… Pour se doter des infrastructures et services indispensables à son développement, le pays mise sur les partenariats public-privé (PPP), en tirant les leçons de ses succès et, aussi, de ses mauvaises expériences.

À peine sorti de la crise financière et économique consécutive à la chute des cours du baril et de la production pétrolière, le gouvernement gabonais s’est engagé dans une vaste campagne de promotion des investissements et des contrats de partenariat public-privé (PPP).

Depuis le mois de juin, un ministère qui leur est entièrement consacré a été créé. L’objectif est de pouvoir continuer à développer les infrastructures majeures et de garder la main sur ces projets d’intérêt public, tout en laissant aux investisseurs privés une marge d’action conséquente dans le financement et la construction.

L’État tire les leçons de plusieurs contrats de marchés publics qui l’ont conduit à fortement s’endetter auprès de certaines entreprises, locales comme internationales, et à accumuler les retards de paiement. Mais il s’inspire aussi de la réussite de PPP qui, ces dix dernières années, ont permis au pays de se doter d’équipements structurants et de services essentiels à son développement.

Les plus emblématiques sont ceux portés par Gabon Special Economic Zone (GSEZ). Désormais filiale d’Arise – holding dirigé par Gagan Gupta, le patron d’Olam Gabon, qui fédère désormais les activités infrastructures et logistique du groupe singapourien Olam en Afrique -, la co-entreprise fondée en 2010 entre Olam International, l’État gabonais et Africa Finance Corporation (AFC) a permis la création de toute une chaîne logistique.

GSEZ a en effet développé la zone économique spéciale de Nkok, sur laquelle sont désormais établis plus de 140 investisseurs et industriels du bois, ainsi que le nouveau port d’Owendo, inauguré en 2017, avec ses terminaux minéralier et vraquier.

Une plus grande autonomie pour les investisseurs privés

Depuis octobre 2018, elle gère l’aéroport Léon-Mba de Libreville et a aussi été chargée de la construction du futur aéroport international d’Andeme, à 30 km de la capitale et à 3 km de Nkok. Entre 2010 et 2018, Olam et GSEZ auraient investi 1 320 milliards de francs CFA (plus de 2 milliards d’euros) au Gabon, selon un rapport du cabinet de consulting de l’analyste économique Mays Mouissi.

Nombre d’investisseurs se montrent rassurés par ce type de partenariats, qui donnent à l’entreprise une plus grande autonomie dans la gestion des coûts du projet. « Ces partenariats se traduisent par d’importants investissements dans une entreprise privée pour qu’elle construise une infrastructure publique, sans que cela se déporte sur la dette de l’État.

Les risques sont portés par le privé, notamment par le secteur financier. De son côté, l’État ou le concessionnaire garantit le cadre juridique », explique Antoine Lenoir, chargé de communication de Mediriam. Fin octobre, le fonds français a signé deux importants PPP avec le gouvernement gabonais, l’un pour la construction de la route Transgabonaise Libreville-Franceville, l’autre pour celle du barrage et de la centrale de Kinguélé-Aval.

Retards de paiement

Confronté depuis 2015 à la crise financière liée à la chute des cours du baril et au déclin de la production pétrolière, qui a amoindri les fonds du Trésor, l’État gabonais n’avait pas bonne réputation ces dernières années concernant les contrats de marchés publics, compte tenu de sa difficulté à régler ses dettes dans les délais prévus. Des retards de paiements qui ont fragilisé surtout les PME.

De nombreuses entreprises sont encore en attente des règlements qui leur sont dus par l’État, leur client. Plusieurs sont allées en justice, comme le groupe de BTP espagnol Eurofinsa, qui avait déposé plainte auprès de la Chambre de commerce internationale (CCI) de Paris. Eurofinsa réclamait 67 millions d’euros au titre de factures impayées à l’État gabonais, qui n’a été finalement été condamné à verser « que » 5,7 millions d’euros. Mais, par jeu de compensations et l’ « avance de démarrage » de 5,9 millions d’euros versé par le Gabon, c’est finalement Eurofinsa qui a du verser 200 000 euros à Libreville.

De son côté, la Banque mondiale, dans un rapport publié en juin, pointe du doigt le nombre trop important de marchés publics passés de gré à gré (89 % en 2018 selon la Banque), qui nuit au climat des affaires, en particulier quand ce sont « des marchés de montants importants qui devraient impliquer une compétition ».

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