Dr. Daniel Mengara, président du mouvement "Bongo Doit Partir-Modwoam"

La bénédiction initiale de l’Afrique fut qu’elle fut, à la genèse du Coronavirus (Covid-19), moins touchée que le reste du monde. Cette bénédiction venait du fait que le Coronavirus fut, initialement, la maladie des pays industrialisés et touristiques qui, du fait de leurs intenses activités économiques favorisant la circulation massive des personnes et des biens, furent les premiers à subir les effets les plus pernicieux de la pandémie. En Afrique, où l’activité économique reste rudimentaire, peu de pays furent initialement touchés, la maladie s’étant principalement limitée aux pays de grand tourisme – comme l’Égypte, le Sénégal, le Kenya — ou de grande population – comme le Nigeria ou la RDC. L’Afrique du Sud fut également initialement touchée du fait de sa nature mixte de pays relativement industrialisé où existe aussi une activité touristique considérable.

Mais la réalité a changé depuis quelques jours et la tendance risque bientôt de se renverser, au détriment de l’Afrique, surtout maintenant que la pandémie s’est étendue à tout le continent et la majorité des pays manque cruellement de capacités de dépistage.

Autrement dit, ce qui fut initialement une bénédiction pour l’Afrique — son retard économique — risque, très rapidement, de se transformer en catastrophe, du fait, hélas, des mêmes paramètres qui lui ont initialement épargné la pandémie. La pauvreté tant de ses économies que de ses institutions, à laquelle il faudra ajouter, en corollaire, la pauvreté des structures sanitaires et la réalité de pratiques culturelles qui ont en leur centre des traditions de promiscuité sociale, risquent, à terme, de nuire à la capacité de l’Afrique à endiguer la pandémie.

Dans ce contexte, la pauvreté de nos institutions reste un handicap majeur. Dans des pays principalement autoritaires où la décentralisation et la cohérence des responsabilités et des capacités n’existent point, il faudra s’attendre, généralement, à des approches et mesures cacophoniques. Le discours à la nation d’Ali Bongo ce 18 mars aura été, à ce titre, extrêmement dangereux, voire irresponsable et criminel. En présentant faussement le Gabon comme un pays préparé et prêt à affronter le défi du Covid-19 alors même que tout le monde sait que les structures sanitaires du Gabon sont vétustes et inadaptées et, donc, incapables de répondre à ce qui attend ce pays, Ali Bongo a commis une faute grave similaire à celle commise par Donald Trump aux États-Unis. Avec le Coronavirus, toute minimisation des risques et toute déclaration exagérant les capacités de l’État est suicidaire et, donc, criminelle.

Il y a aussi, hélas, les traditions de promiscuité sociale qui, en Afrique, rendent chaque membre de nos familles élargies moralement obligé de venir au secours de l’autre. L’on aura ainsi du mal à s’attendre à voir les « parents », « cousins » et autres abandonner les leurs sans risquer des rapprochements physiques qui faciliteront la transmission du virus aux proches. Ce facteur socioculturel risque ainsi, à terme, de devenir le plus dangereux non seulement pour les Gabonais, mais aussi pour une bonne majorité des pays africains, où subsistent encore de fortes traditions de solidarités sociales basées sur des concepts très élastiques de consanguinités « parentales ». Il suffit pour cela de voir comment l’Ébola avait fait des ravages en RDC. Ses rapides taux de transmission furent principalement dus à l’incapacité qu’eurent initialement les autorités à convaincre les « parents » d’abandonner leurs « parents » et ce ne fut que quand les gouvernements purent forcer les séparations et les isolations qu’ils purent venir à bout de la maladie.

Que peuvent donc, à ce titre, faire les populations et les gouvernements, devant le fléau que risque de devenir le Coronavirus pour une Afrique en passe de devenir, dans les semaines qui viennent, le continent le plus touché après avoir été le continent le moins touché, du fait des paramètres ci-dessus évoqués ?

LES POPULATIONS

Au Gabon comme partout ailleurs en Afrique, les populations doivent comprendre que cette maladie n’a pas encore de remède et les vaccins mettront au moins une année à être développés. Aller à l’hôpital pourra certainement, pour les pays qui en ont la capacité, fournir des mesures palliatives, mais la guérison dépendra moins de ce que les hôpitaux pourront faire pour vous que de la capacité de votre corps à résister à la maladie. La première ligne de défense, dans ce cas, consiste à tout simplement pratiquer l’isolation sociale et l’hygiène pour éviter tout risque de contagion. Il y a, à ce titre, quelques mesures simples que chaque Gabonais(e), chaque Africain(e), peut prendre pour limiter ces risques, notamment :

1) Rester scientifique et éviter de suivre n’importe quel conseil fantaisiste qui peut s’avérer plus dangereux pour les populations que la maladie elle-même. Des mythologies dangereuses circulent en ce moment sur les réseaux sociaux qu’il faut ignorer car n’ayant aucune base scientifique. Le Coronavirus, pour le moment, n’a ni remède ni vaccin. L’isolement social et les mesures d’hygiène—comme par exemple se laver les mains avec du savon—restent les moyens de prévention les plus efficaces. Et pour une telle crise, il faudra, même à ceux qui sont croyants et seraient tentés de tout remettre à Dieu, se rendre à l’évidence que Dieu lui-même a dit aux humains que « tu mangeras à la sueur de ton front ». C’est dire, dans ce cas, que, en plus de la prière, il faudra pratiquer le principe de l’« aide-toi et le ciel t’aidera ». La prière toute seule n’y suffira pas.

2) Se doter de suffisamment de vivres pour limiter, pendant au moins deux semaines, et au maximum, les contacts avec l’extérieur. Ceci veut dire que les familles doivent tout faire pour limiter le contact physique avec les voisins, les amis et autres. Ceci veut aussi dire limiter les sorties et donc, n’aller dehors que pour les besoins les plus urgents, pour faire les courses ou se procurer de l’eau.

L’importance de cette isolation initiale permet, au moins déjà, de se rassurer que personnes dans la famille n’est atteint – la majorité des gens contaminés montrent les symptômes de la maladie au bout de deux semaines après la contamination initiale. Si un membre de la famille est atteint, l’isoler et éviter les contacts physiques avec cette personne : une distance de deux à trois mètres doit toujours séparer les personnes, atteintes ou non atteintes, à la maison comme dans les lieux publics. Si quelqu’un a une toux liée au Coronavirus (ou à la grippe), la personne doit tousser dans le coude et constamment changer d’habits. Eviter les accolades, les embrassades et les contacts physiques sont des mesures préventives à appliquer aux fins de réduire les risques de contagion. Ceci inclut limiter le nombre de personnes qui peuvent sortir de la maison et, si l’on doit sortir, se doter d’un masque si possible, et si cela n’est pas possible, improviser avec un mouchoir.

Et, évidemment, se laver constamment les mains si l’on a accès à de l’eau et à du savon. Il y a aussi des précautions additionnelles à prendre comme, laisser les chaussures dehors ou au seuil de la porte, laver immédiatement les habits avec lesquels on est sorti, prendre une douche immédiatement après son retour du dehors, etc.

3) Se doter d’un thermomètre, si possible et toujours le nettoyer au savon ou à l’alcool après chaque usage. Des températures élevées suggérant la fièvre peuvent être indicatrices de la présence du Coronavirus, mais s’assurer que la fièvre n’est pas due au paludisme. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les symptômes les plus communs à ceux atteints du Coronavirus sont la fatigue, l’écoulement nasal (nez qui coule), le mal de gorge et/ou gorge sèche irritée, la toux généralement sèche, la fièvre, et les difficultés respiratoires (dans les cas les plus graves). Certains patients présentent aussi de la diarrhée (Voir : https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/advice-for-public/q-a-coronaviruses#:~:text=symptomes).

Autrement dit, les populations restent, dans le cadre de cette maladie, la première ligne de défense. Il faut donc, à ce titre, à chacun, suivre les consignes scientifiques qui viennent des autorités sanitaires, tant au niveau national qu’international.

LE GOUVERNEMENT

Tout gouvernement responsable devrait déjà avoir fermé les frontières et interdit le trafic aérien international. Seules les activités économiques essentielles doivent fonctionner, notamment l’importation et le commerce des aliments. Tout trafic aérien, terrestre ou naval amenant au Gabon des passagers venant d’ailleurs, notamment d’Asie, d’Europe ou des Amériques reste, pour le moment, le plus gros risque d’infusion de la maladie dans les pays africains. Il faut donc fermer les frontières à la circulation des personnes. En sus de cela, les gouvernements africains doivent :

1) Rapidement doter tout le personnel hospitalier de masques et autres équipements de protection — sans ce personnel, il sera impossible de gérer la crise sanitaire : le personnel hospitalier doit donc être prioritaire pour éviter que les médecins et infirmiers succombent à la maladie ou deviennent eux-mêmes des vecteurs de transmission.

2) Rapidement identifier puis organiser des centres ou lieux d’isolement – écoles et dispensaires par exemple, dans tous les quartiers — où les personnes qui s’estiment atteintes peuvent se rendre pour dépistage et/ou isolation et mettre à leur disposition des médecins et infirmiers eux-mêmes protégés et dédiés uniquement à ces centres. Pour cela, et pour éviter de submerger les hôpitaux avec toutes sortes de malades, il suffit de pratiquer la ségrégation des hôpitaux comme ce fut le cas en Chine et en Corée du Sud – désigner certains hôpitaux comme hôpitaux où seront exclusivement traités les malades graves atteints du Coronavirus et spécialiser les autres hôpitaux dans le soin des maladies normales. Cette ségrégation et spécialisation des hôpitaux est nécessaire pour éviter que tous les hôpitaux ne deviennent eux-mêmes des lieux de contamination et de transmission du virus. Bien communiquer aux population le nom et le lieu de ces centres, dans tous les quartiers.

3) Communiquer des numéros verts aux populations qui permettront l’évacuation, par les pompiers, ambulanciers et militaires, des malades vers les centres spécialement désignés comme centres d’isolation. Doter ces centres d’une capacité étendue de dépistage et, ensuite, inviter les personnes avec des symptômes à s’y rendre dépistage et/ou isolement.

4) Fermer jusqu’à nouvel ordre les débits de boisson et tous les lieux favorisant les attroupements publics. Ceci veut dire faire injonction aux populations de rester chez elles et de ne sortir que pour faire les courses essentielles. Interdire la circulation aux « taxis-bus » qui sont, dans ce contexte-ci, dangereux. Il faut aussi fermer les églises et condamner criminellement, dans ce contexte, toute allusion à des guérisons ou préventions miraculeuses de la maladie.

5) Importer des masques et organiser des zones de distribution de masques dans tous les quartiers de la capitale par les militaires, à raison de dix masques par personne, tout en veillant à utiliser de l’encre indélébile pour éviter que les mêmes personnes ne s’approvisionnent à l’excès. Une seule personne désignée par chaque famille peut sortir récupérer les masques. Cela évitera d’exposer trop de gens. Répéter l’opération tous les trois jours. Organiser pour cela un calendrier précis et demander aux populations de rester dans leurs quartiers et d’attendre leur tour. S’assurer que chaque quartier a plusieurs zones de distribution aux fins d’éviter des attroupements trop larges.

6) Faire injonction à la SEEG d’offrir l’eau et l’électricité gratuitement aux populations pendant toute la durée de la crise. Ceci veut dire annuler toutes les factures d’eau et d’électricité non seulement pour tout le mois de mars, mais aussi pour toute la durée de la pandémie. Cette gratuité permettra, par la suite, de faire injonction à toutes les familles alimentées en eau et disposant de robinets d’eau de partager l’eau avec les voisins, dans des conditions qui, évidemment, éviteront les risques de contagion. Partager l’eau deviendra, dans ce cas, une obligation pour tous.

7) Limiter l’impact économique sur les populations en prenant des mesures sociales urgentes comme la gratuité des soins et le paiement des salaires tant dans le public que dans le privé, pendant toute la durée de la crise. L’État devra assumer les pertes des entreprises à ce niveau s’il veut éviter une crise économique grave à la fin de la pandémie.

8) Dire la vérité aux populations sur l’incidence réelle de la maladie et ne pas faussement rassurer les populations sur la supposée capacité du gouvernement à gérer la crise. Là où des pays avancés comme les Etats-Unis ou l’Italie éprouvent le plus grand mal à contenir la pandémie, ce n’est pas le Gabon qui pourra prétendre à une plus grande capacité de gestion de la crise. Plus le gouvernement sera transparent avec les populations, mieux cela vaudra. Dans des cas de crise, le gouvernement doit susciter la bonne volonté et la participation des populations. Il faut des émissions spéciales à la télé et à la radio invitant les populations à respecter les consignes d’isolement et bien faire comprendre à tous que tout refus de s’isoler constitue un danger non seulement pour les autres, mais aussi pour sa propre famille.

Ce ne sont là que des mesures palliatives dont l’efficacité ne dépend que de la capacité des gouvernements et des populations à faire montre de discipline et de bonne volonté. Pour une Afrique qui risque, dans les semaines qui viennent, de devenir l’épicentre de la pandémie, plus vite l’on éduquera tout le monde, mieux cela vaudra.

Dr. Daniel Mengara
Président, Bongo Doit Partir
Tél. (+1) 973-447-9763
http://www.bdpmodwoam.org

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