Commission de la CEEAC : Bérézina diplomatique pour le Gabon

La XVIIème session de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) restera un échec pour notre diplomatie, notre pays n’ayant obtenu aucun des sept postes à pourvoir.

On peut parler de camouflet ou de Bérézina diplomatique. A première vue, la configuration du nouvel exécutif de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) met en lumière les limites de notre politique étrangère. Désormais présidée par l’angolais Gilberto de Piedade Verissimo, secondé par l’équato-guinéenne Francisca Tchatchouop Belop, la commission de la CEEAC comprendra aussi le rwandais François Kanimba, le congolais Honoré Tabuna, la camerounaise Marie-Thérèse Mfoula Edjomo et deux personnalités à désigner. Sur les sept postes à pourvoir, aucun n’a échu au Gabon. Or, sans avoir préalablement identifié les impétrants, deux postes ont été réservés au Tchad et à la République démocratique du Congo (RDC). C’est dire si les profils des candidats n’ont pas été le critère déterminant. C’est aussi dire si cette distribution était d’abord l’affaire des États.

Gouvernance hérétique

Actée au terme d’une réunion présidée par Ali Bongo, cette redistribution des rôles invite à une remise en question. Sur la fréquence des remaniements ministériels, comme sur le timing de certaines mutations, tant de choses restent à évaluer. En 11 ans, huit personnalités se sont succédé au ministère des Affaires étrangères. Depuis l’arrivée d’Ali Bongo à la tête de l’organisation sous-régionale, notre pays a vu passer sept personnalités à la tête de sa diplomatie. Est-ce un gage de sérieux ? Est-ce une garantie de crédibilité ? Certes, Libreville abritera toujours les quartiers généraux de la CEEAC. Certes, par tradition le pays du siège se garde d’occuper les principaux postes. Mais, le Gabon se devait de contribuer à la mise en œuvre d’une réforme portée par ses soins. Dans cette optique, des dossiers avaient été sélectionnées. Au nombre des candidats, on cite les anciens ministres Luc Oyoubi et Régis Immongault. N’étaient-ils pas assez qualifiés ou expérimentés pour un poste de commissaire ?

Même si «la Conférence (des chefs d’Etat et de gouvernement) a félicité (…) Ali Bongo (…) pour avoir conduit avec succès (cette) réforme», cette XVIIème session restera un échec. Échec diplomatique ou politique, c’est le contrecoup d’une gouvernance hérétique. Chacun le sait : des rencontres ministérielles précèdent toujours les sommets de chefs d’État. Or, moins de deux semaines plus tôt, la diplomatie gabonaise a changé de chef, Pacôme Moubelet Boubeya succédant à Alain-Claude Billié-By-Nzé. Le nouvel arrivant a-t-il eu le temps de s’imprégner du dossier ? A-t-il eu la possibilité de prendre langue avec ses homologues ? Sans dénier au président de la République ses prérogatives constitutionnelles, on peut s’interroger sur l’opportunité d’un tel changement. N’était-il pas possible d’attendre quelques jours de plus ? Fallait-il absolument changer le ministre des Affaires étrangères ayant supervisé la réforme de l’institution sous-régionale ? Où l’on en vient à se demander si les initiateurs de ce jeu de chaises musicales avaient intégré le calendrier international.

Déclin diplomatique du Gabon

Pourtant, au lendemain de la 11ème session extraordinaire du Conseil des ministres, Alain-Claude Billie-By-Nzé avait abattu les cartes du Gabon. «Lorsqu’on abrite le siège, on ne peut pas être président de la commission. Mais les autres postes à mandat sont ouverts», avait-il alors indiqué, précisant : «Nous allons essayer, dans le cadre de cette diplomatie, avec le soutien du chef de l’État, d’obtenir un poste pour notre pays.» Que s’est-il alors passé ? Ali Bongo ne partageait-il pas cette ambition ? En le mutant quelques jours plus tard, voulait-il signifier sa désapprobation à son ministre ? Cherchait-il à le sanctionner pour s’être autant avancé ? En l’absence d’explications, la stratégie du Gabon semble indéchiffrable. Légitimement, on peut se demander s’il en existe une. Après tout, la diplomatie repose sur l’écoute et la connaissance de l’autre. Autrement dit, c’est l’art d’anticiper et de prévoir les réactions de ses interlocuteurs. De ce point de vue, il n’est guère conseillé de changer de porte-voix en cours de négociation.

Pour la réussite des politiques publiques, pour la crédibilité de nos institutions et pour le rayonnement international du pays, il faut tirer les enseignements de ce monumental raté. De toute évidence, les inspirateurs de ces changements intempestifs n’en avaient pas mesuré les effets. Ils n’avaient pas non plus intégré le contexte. Une désinvolture contraire aux intérêts du pays. Intervenant après la perte des postes de gouverneur de la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC) puis de président de la Banque de développement des États d’Afrique centrale (BDEAC), les nominations à la commission de la CEEAC traduisent le déclin diplomatique du Gabon. Au train où vont les choses, notre pays s’expose à un décrochage continu. Dans un contexte d’intégration à marche forcée, il court le risque de devenir spectateur de son propre destin.

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