Ping, Mayila et la réconciliation nationale : Mystification politicienne

En se gardant d’analyser les aspects pratiques, les leaders de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) et de l’Union pour la nouvelle République (UPNR) s’exposent aux railleries. Réconcilier le pays suppose mettre fin à la culture de l’impunité et poser les fondements d’un véritable État de droit.

Jean Ping chez Louis-Gaston Mayila. Ces images circulent depuis le début de la semaine. Personne n’aura l’outrecuidance de choisir les fréquentations du leader de la Coalition pour la nouvelle République (CNR). Nul n’oserait lui contester le droit de s’exprimer ou d’aborder les questions de son choix. Mais avant de soutenir une thématique, il doit en évaluer la pertinence. Mieux, il doit s’efforcer d’en esquisser les aspects pratiques. En se gardant de le faire, il peut se surprendre à valider tout et rien voire à s’exposer aux railleries. La réconciliation nationale ? Il en a récemment parlé avec le président de l’Union pour la nouvelle République (UPNR). Pouvant se définir comme le «processus d’acceptation et de déculpabilisation d’une nation, après un épisode honteux de son histoire récente», cette notion est bien connue. Avant de s’en saisir, il faut en faire le tour. Sur les objectifs, comme sur les prérequis ou la démarche, il faut être au clair. Autrement, il y a risque de tomber dans la mystification ou la rouerie politicienne.

Devoir de vérité

Partout dans le monde, à travers les époques, la démarche de réconciliation nationale s’est articulée en deux temps : libre et publique expression des victimes puis, reconnaissance des exactions par leurs auteurs. Les conditions sont-elles réunies pour de tels exercices ? Jean Ping et Louis-Gaston Mayila y ont-ils déjà travaillé ? Personne ne peut l’affirmer. La crise post-électorale a été peu ou mal documentée. L’enquête internationale tant évoquée est toujours attendue. N’ayant pas jugé utile d’en diligenter une, le gouvernement n’a jamais livré de version officielle, recevable par l’ensemble des parties. Même si sa première chambre préliminaire dit s’opposer à la clôture du dossier, la Cour pénale internationale (CPI) semble avoir renoncé à faire éclater la vérité. Du coup, chaque camp politique y va de son bilan. Peut-on fonder un processus de réconciliation nationale sur des vérités contradictoires ?

Certains plaideront la nécessité de rapprocher les versions. Ils y verront même la justification de l’initiative de Louis-Gaston Mayila. Ont-ils pour autant des garanties de reconnaissance des exactions par leurs auteurs ? Sont-ils certains de pouvoir obtenir le témoignage de victimes ? Sauf à s’engager dans un processus en trompe-l’œil, une réconciliation nationale ne peut reposer sur une demi-vérité ou une vérité sélectionnée. Pour reconstruire la confiance, il faut offrir des garanties de non-répétition. Pour «tisser un nouveau contrat social entre les gouvernés et les gouvernants», il faut faire la lumière sur le passé. Il faut identifier les causes et sous-causes de la rupture. Se fondant sur des liens particuliers avec l’ensemble de la classe politique d’alors, Omar Bongo Ondimba a pu se tirer d’affaire en faisant l’impasse de ce devoir de vérité. Aux prises à des forces sociales échaudées par les précédents historiques, Ali Bongo ne peut se le permettre. Il doit donner des gages de sa volonté d’examiner les faits.

Au prix de lourdes concessions mutuelles

Conditionner la «sortie de la crise actuelle» à la réconciliation nationale peut avoir du sens. Encore faut-il ne pas galvauder les concepts et notions. Réconcilier le pays suppose mettre fin à la culture de l’impunité tout en posant les fondements d’un véritable État de droit. Hors de ce schéma, point de salut. Autrement dit, il faut, tout à la fois, enquêter sur les exactions commises dans le passé, identifier les responsables et les amener à répondre de leurs actes, mettre en place un régime de réparations pour les victimes et, engager des réformes juridiques ou institutionnelles. Pour y parvenir, une loi d’amnistie, formulée et proposée par un groupe d’experts indépendants, peut s’avérer nécessaire. Y sommes-nous préparés ? Louis-Gaston Mayila y a-t-il songé ? En a-t-il discuté avec Jean Ping ? A-t-il déjà noué des contacts à cet effet ? Quand bien même on se gardera d’être définitif, personne ne peut répondre par l’affirmative.

Avec des fortunes diverses, des pays comme l’Argentine, la Grèce, le Chili ou l’Afrique du sud ont conduit des processus de réconciliation nationale. Partout cela s’est fait au prix de lourdes concessions mutuelles. Parfois, le pouvoir établi a été amené à se séparer de certains de ses ténors, faisant d’eux des sacrifices expiatoires. Le pouvoir PDG est-il disposé à cela ? Pour leur propre crédibilité, Jean Ping et Louis-Gaston Mayila doivent encore mûrir leur idée.

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