La France vote Obama

Il y a des chips au cheddar dans les saladiers et des sourires d’enfant sur les visages de ces couples d’Américains expatriés. Ce soir-là, une soixantaine de partisans de Barack Obama arrosent le succès de leur champion dans l’Oregon. La fête se déroule sous le ciel étoilé d’un atelier d’artiste parisien, à deux pas de la place des Vosges. Dans le staccato des conversations en VO se glisse, ici et là, une pointe d’accent français. A côté d’un seau à champagne, une pile de tracts pose la question : « Why Obama ? » Pourquoi lui ? Il est un « citoyen du monde », le « fils de trois continents », l’incarnation de la « fraternité des hommes », tambourine l’argumentaire. Bref, c’est Jésus.

Redescendons sur terre : il est aussi le candidat préféré des Français, et ce n’est pas une mince affaire que de réconcilier les gamins des banlieues et les élites germanopratines. John Morris, l’hôte de la soirée, en viendrait presque à regretter que l’élection du président américain ne soit pas l’affaire des Parisiens. « Dès que j’épingle sur ma veste le badge Obama 2008, les gens, dans la rue, me sourient, lèvent le pouce, m’accostent en amis », dit cet ancien photographe, ravi.

« On a besoin de croire en l’Amérique »
L’obamania souffle sur la France comme un vent tiède et enivrant. A Cannes, sur le plateau du Grand Journal de Canal +, la palme de la branchitude a été décernée au sénateur de l’Illinois par un expert en la matière, Frédéric Beigbeder. Tandis que Michel Denisot questionnait, en vain, Steven Spielberg sur ses penchants électoraux, le romancier a recentré le débat sur l’essentiel, c’est-à-dire lui-même : « Eh bien, moi, je vote pour Barack Obama comme président de la République ! » s’est-il exclamé, en exhibant un superbe tee-shirt à l’effigie du candidat démocrate.

Ils ont tous fait un rêve. Celui d’avoir démasqué le fils caché de Martin Luther King sous les traits du candidat métis. A la sauterie pro-Obama de John Morris, Christophe Chaumont, 42 ans, employé à la mairie de Paris, se sent soulevé par l’Histoire, même si ce n’est pas tout à fait la sienne. « Obama réinjecte des idéaux et de l’affectif dans la politique, dit-il. 95 % de ses fonds de campagne proviennent de dons ne dépassant pas les 15 dollars. C’est quand même un beau symbole, non ? » Il habite le Paris coloré de Belleville. Ces temps-ci, dans les conseils de quartier, on y parle moins des tags sur les murs et des crottes sur les trottoirs. « Obama est dans toutes les conversations, poursuit-il. Je pense qu’on a besoin de croire en l’Amérique. »

Samuel Solvit, 22 ans, étudiant en école de commerce, à Nanterre, ne milite dans aucun parti : « La vie politique française et ses chapelles sont tellement ennuyeuses… » S’il colle ses affiches dans le métro, ce n’est donc pas pour Sarko, encore moins pour Ségo, mais pour Barack : « Je me sens hyperconcerné car le président des Etats-Unis est, avant tout, le président du monde. » Son karma, à Samuel, c’est donc Obama. Le 3 juin, il organise une conférence-débat à Sciences po avec une foultitude d’experts pour disserter de « l’effet Obama en France ». Les 600 places se sont arrachées. L’étudiant qui, en janvier, a lancé son comité français de soutien au candidat démocrate se trouve désormais à la tête d’un bataillon d’un bon millier d’admirateurs. Des intellos, des métallos, des supporters de toutes les couleurs, blacks, blancs, beurs, comme on le chantait en juillet 1998.

En 2008, le pays d’Obama, lui, n’a rien d’un royaume enchanté. La guerre en Irak a fossoyé son image à l’international. Son économie, minée par la crise des subprimes, est moribonde. « Mais le mythe ne demande qu’à ressusciter », assure le politologue Olivier Duhamel, membre d’honneur du comité français de soutien à Barack Obama, au côté de personnalités aussi diverses que Bernard-Henri Lévy, Sonia Rykiel ou encore le député UMP Axel Poniatowski. Selon lui, l’avènement du sénateur de l’Illinois montre que l’opinion française n’est pas antiaméricaniste. Elle est seulement anti-Bush. « Au fond, les Français aiment Obama, car ils adorent aimer les Etats-Unis », estime Duhamel. Cela fait juste une quarantaine d’années qu’ils l’avaient oublié.

Source: l’express

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