Omar Bongo a décidé de suspendre ses activités présidentielles pour se reposer et faire le deuil de son épouse Edith, décédée le 14 mars à Rabat (Maroc). La situation n’est pas prévue par la constitution.

Eprouvé par le décès de son épouse mi-mars, le président gabonais Omar Bongo Ondimba, 74 ans dont 41 au pouvoir, a décidé de marquer une pause dans ses activités de chef d’Etat pour faire son deuil et se reposer, une situation inédite et non prévue par les textes du pays.

“C’est la première fois que ça arrive au Gabon” depuis l’indépendance en 1960, a déclaré à l’AFP le socio-ethnologue gabonais Bernardin Minko Mvé.

Dans un communiqué diffusé mercredi soir, la présidence gabonaise a annoncé que M. Bongo Ondimba, doyen des chefs d’Etat africains, avait décidé le même jour “la suspension momentanée de ses activités” de chef d’Etat, ajoutant que “de ce fait, toutes les audiences présidentielles (seraient) suspendues jusqu’à nouvel ordre”.

Selon le texte, le président compte “se ressourcer dans le repos” après avoir vécu pendant “plus de trois ans (. . . ) une épreuve particulièrement difficile avec la maladie de son épouse, feue la Première dame Edith Lucie Bongo Ondimba”, décédée le 14 mars à Rabat (Maroc).

Mme Bongo a été inhumée le 22 mars à Edu, dans le nord du Congo, son pays d’origine. Elle est la fille aînée du président congolais Denis Sassou Nguesso.

“Tradition gabonaise du veuvage”

Le chef de l’Etat a décidé de faire une pause dans ses activités “à la demande pressante et renouvelée de la famille, de plusieurs personnalités politiques du pays qu’il a reçues et dans le souci de s’inscrire dans la tradition gabonaise du veuvage”, qu’il n’avait pu observer.

M. Bongo avait en effet repris “immédiatement ses activités habituelles” après les obsèques, selon le communiqué.

La durée n’a pas été précisée, aucun suppléant n’a été officiellement désigné et il n’est fait nulle part mention de vacance de la présidence.

Des communiqués séparés précisaient cependant que M. Bongo avait donné “habilitation expresse” au vice-président de la République, Clément Didjob Divungi Di Ndinge, de présider le Conseil de ministres de ce jeudi, avant d’aller représenter le Gabon à l’investiture, samedi, du président sud-africain élu Jacob Zuma.

“Mais alors, qui gère le pays?”, s’interrogeait-on à Libreville. L’Union, quotidien national, ainsi que Gabonews, agence privée d’informations, se contentaient pour leur part de reproduire le communiqué de la présidence sans le moindre commentaire.

“Le flou total”

“C’est le flou total”, a estimé le professeur Minko Mvé, soulignant qu’une vacance de la présidence devait être constatée par la Cour constitutionnelle, conformément à la Loi fondamentale.

“Tel que ça se présente, c’est le vice-Président qui a l’air d’être en charge des affaires courantes”, ce que ne lui permettent pas les textes, a-t-il précisé.

Constitutionnellement, c’est en effet le président du Sénat qui est chargé de suppléer le chef de l’Etat, en l’occurence Rose Francine Rogombé, 66 ans, membre du parti au pouvoir.

Le président intérimaire doit organiser une élection présidentielle “30 jours au moins et 45 jours au plus” après sa prise de fonction, précise la loi.

“En outre, on nous parle de veuvage. Mais quand on perd son conjoint, le deuil commence après l’enterrement” pour une période à la convenance de chacun, “pas 40 jours après”, a encore affirmé Bernardin Mvé, soupçonnant “d’autres raisons” d’avoir motivé cette décision.

On semblait partager le même avis dans les cercles privés à Libreville, où des supputations allaient bon train sur les apparitions publiques du président, porté à la tête du Gabon après le décès en 1967 du président Léon Mba, et devenu plus discret en public ces derniers temps.

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