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Il y a 20 ans, la libération de Nelson Rolihlahla Mandela tournait une page de l’histoire de l’Afrique du Sud

Il y a 20 ans, jour pour jour, Nelson Rolihlahla Mandela, chef de fil du Congrès National Africain (ANC), opposant farouche au régime ségrégationniste de l’apartheid, qui devait devenir, plus tard, le premier président noir d’Afrique du Sud, « bâtisseur » de la nation arc-en-ciel, faisait ses premiers pas d’homme libre à l’extérieur de la prison Victor Verster de Paarl, après trois décennies de détention, et une vie entière consacrée à lutte pacifique pour la libération de son pays.

EN HOMME LIBRE

Dimanche 11 février 1990: Nelson Mandela est libre, et en compagnie de son épouse, Winnie, il effectue la marche qui l’éloignera à jamais des geôles qui l’ont détenu pendant 27 ans. Une foule immense de sympathisants et de reporters l’attend devant la grille de la prison. On se bouscule pour l’apercevoir et l’aduler. La sécurité de l’ANC, parti récemment légalisé, a du mal à contenir la liesse populaire qui le précède au Cap. Une parade y est prévue.

Sur place, des milliers de personnes encerclent sa voiture, en dépit de l’escorte policière. Des personnalités de la lutte pour les droits civiques ont fait le déplacement. Le pasteur Jesse Jackson, l’un des compagnons de Martin Luther King, est présent tout comme Monseigneur Desmond Tutu, autre figure emblématique, future Nobel de la paix sud africain.

Pourtant, bien avant ce 11 février 1990, le régime de l’apartheid, alors dirigé par le président Pieter Willem Botha avait proposé à « six reprises » à Nelson Mandela, les conditions de sa libération. Mais le régime au pouvoir se heurtait au refus systématique du leader noir, intransigeant dans ses négociations.

Flashback. Nous sommes aux derniers moments des années 1985, et le régime a du mal à légitimer son pouvoir, caractérisé par la répression, et la ségrégation envers les « non blancs ».

La communauté internationale, de plus en plus, voit d’un mauvais œil les agissements des autorités locales. Dans les townships, ces quartiers sous intégrés réservés la population noire, l’Etat peine à contenir les manifestations de protestation, souvent sanglante pour les civils.

Le régime s’enlise face à une contestation populaire de plus en plus vive, et est contraint de négocier avec la figure la plus charismatique de l’ANC.

« FER DE LANCE DE LA NATION »

A cette période, Nelson Mandela est en détention depuis 15 ans. Le 11 juillet 1963, en effet, il était sur le banc des accusés, avec sept de ses compagnons de lutte, au procès de Rivonia. Il s’agissait de Walter Sisulu, Govan Mbéki (père du futur président sud-africain Thabo Mbeki), Raymond Mhlaba, Elias Mtsouledi, Andrew Mlangeni, Ahmed Kathrada, Denis Goldberg et Lionel Bernsteinles.

Ce sont tous les principaux instigateurs d’Umkhonto We Sizwet », le «fer de lance de la Nation », la branche militaire de l’ANC, qui depuis plusieurs années, organise des sabotages militaro-industriel généralisés. Mandela, pour sa part, de retour d’une tournée (politique) africaine, était déjà inculpé pour sortie illégale du territoire.

En 1964, Nelson Mandela, l’un des deux premiers avocats noirs (avec Oliver Tambo) à être inscrit au barreau d’Afrique du Sud, assure lui-même sa défense. Mais le verdict tombe: prison à perpétuité pour tous, sauf Lionel Bernstein, acquitté.

Mandela est incarcéré à la prison de Robben Island, au large du Cap de bonne espérance, où il passera au total 18 années.

Les conditions de détention y sont rudimentaires, notamment pour les détenus noirs. Mandela et ses compagnons continuent de cultiver l’idéologie qui sera celle de l’ANC durant la prochaine décennie. En secret, il rédige ses mémoires.

L’HEURE DU DIALOGUE

En avril 1982, le leader de l’ANC est transféré dans le quartier de haute sécurité de la prison de Pollsmoor, à une vingtaine de kilomètres du Cap. Cinq ans plus tard, il rencontrera pour la première fois Pieter Willem Botha.

En mai 1988, le chef des Services secrets du régime, Niel Barnard, approche Mandela pour connaître ses propositions sur la solution de sortie de crise qu’il envisage avec le Parti communiste sud-africain.

En juillet 1989, Mandela rencontre secrètement le président Botha. L’on rapporte qu’avec son interlocuteur, le natif du village du village de Qunu (Est de la province du Cap) parle des Afrikaners et de la guerre anglo-Boer (1901), à la grande surprise du Chef d’Etat.

Mais les deux hommes s’opposent quant à l’idée d’un droit de veto pour la minorité blanche au sein des futures institutions. Peu de temps après cette rencontre, Botha est victime d’une attaque cérébrale. Frederik de Klerk lui succède en août 1989.

La nuit du 13 décembre 1989, une voiture de police s’engouffre dans le parking souterrain de la résidence présidentielle, au Cap. Mandela est en compagnie du chef des services secrets. Mains libres, il devise avec de Klerk. Progressivement, les deux futurs prix Nobel de la paix parviendront à un accord.

« AMANDLA ! »

Le 2 février 1990, près de cinq mois après son investiture, le président Frederik de Klerk prononce devant le parlement du Cap un discours historique sur l’état de la Nation. « Les négociations ne peuvent plus attendre. (…) Je lève aujourd’hui l’interdiction pesant sur le Congrès national africain (ANC) et j’annonce la libération sans conditions de tous les prisonniers politiques, y compris Nelson Mandela ».

11 février 1990. Chaleur harassante. La place de l’hôtel ville du Cap est noire de monde. Forêt de micro et de caméras. Le monde a les yeux rivés sur ce grand moment d’histoire.

Nelson Rolihlahla Mandela, dit «Madiba», apparaît au balcon de la municipalité. Aminci, vieilli. Il sent le vent s’insinuer dans les sillons de ses rides et parcourir ses cheveux blancs.

Solennellement, il lève le poing. « Amandla !», crie-t-il, avant que d’un seul homme la foule rétorque « Ngawethu !» (Le pouvoir est à nous).

Une page de l’histoire sud africaine venait alors de se tourner.

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