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Gabon : Arrestation du directeur du journal « Le Temps »

Pour une affaire remontant à 2004 et procédant du délit de presse, le journaliste et directeur de la publication du bimensuel gabonais « Le Temps », Jean-Yves Ntoutoume, a été incarcéré à la prison centrale de Libreville. Il s’agit d’une «contrainte par corps» pour l’obliger à débloquer 10 millions de francs CFA. Cette arrestation relance le débat sur la dépénalisation du délit de presse au Gabon.

Répondant à une convocation de la Police judiciaire le 26 octobre dernier, Jean-Yves Ntoutoume, directeur de la publication du bimensuel gabonais « Le Temps » a été incarcéré à la prison centrale de Libreville.

Joint au téléphone, Norbert Ngoua Mezui, fondateur éditorialiste du bimensuel « Nku’u Le messager » et proche du journaliste arrêté, a expliqué qu’il s’agit d’une «contrainte par corps» du fait d’une condamnation en appel.

Selon une source juridique, la contrainte par corps ne s’applique vraiment que lorsqu’il y a une intention frauduleuse de cacher de l’argent pour ne pas payer. Or, selon l’éditorialiste de « Nku’u Le messager », le paiement du dommage (10 millions de francs CFA) avait fait l’objet d’un échéancier et qu’un début de paiement avait été effectué. Mais, les difficultés financières du journal « Le Temps » n’ont pas permis de poursuivre les versements. Vraisemblablement, il n’y a ni mauvaise foi, ni volonté délibérée de ne pas payer. Tout le monde sait que le modèle économique des entreprises de presse privée au Gabon ne garantit nullement leur prospérité.

En décembre 2008, Jean-Yves Ntoutoume avait déjà été arrêté par la Direction générale de la recherche (DGR) pour «diffamation et propos mensongers par voie de presse» aux dépens de M. Albert Méyé. L’affaire remonte à 2004 lorsque Jean-Marc Olimbo, Gabonais de 33 ans et agent de la Société gabonaise de services (SGS) est abattu par des bandits venus faire main basse sur les fonds qu’il transportait dans une mallette, en compagnie d’un collègue de nationalité nigériane, Franck Angoudouma, et du comptable du Parti démocratique gabonais (PDG), Albert Méyé.

La mallette emportée par les bandits contenait environ 91 millions de francs CFA destinés au payement des salariés du PDG. Un autre agent avait également été grièvement blessé au cours de ce braquage qui avait alors fait grand bruit à Libreville. Ancien champion du Gabon et international des arts martiaux Jean-Marc Olimbo jouissait d’une certaine notoriété, sa mort avait provoqué aussi bien de l’émoi que des interrogations au sein de l’opinion.

Le journal « Le Temps » avait alors publié un article établissant un faisceau de présomptions sur le trésorier-comptable du PDG, soupçonné, semble-t-il d’avoir, manigancé le braquage. Celui-ci avait alors porté plainte et le journal fut condamné au paiement d’une amende de 10 millions de francs CFA. Ce qu’il ne put faire. Me Francis Nkéa, l’avocat du titre, avait introduit un recours, mais la Cour d’Appel avait confirmé de la condamnation.

L’affaire a été relancée en décembre 2008 et, selon la loi sur la presse, Jean-Yves Ntoutoume ne comparait que comme complice. Les choses s’étaient alors compliquées du fait de l’absence à Libreville de l’auteur de l’article. Cette fois encore, l’auteur de l’article n’est toujours pas à Libreville. Des sources indiquent que des éléments de la Police judiciaire ont été commis par le procureur pour le ramener d’Oyem dans les meilleurs délais. Mais, même ramené à Libreville, pourra-t-il produire les cinq (5) millions devant compléter ceux déjà produits, par solidarité, Norbert Ngoua Mezui du bimensuel « Nku’u Le messager »?

On s’interroge tout de même sur le fait que les deux derniers rebondissements de cette affaire sont intervenus au moment où la subvention annuelle à la presse écrite est, en voie d’attribution ou de distribution. Tout comme, on se demande comment peut-on affliger une si lourde peine financière à un journal, lorsqu’on sait que les entreprises de presse au Gabon sont dans une situation économique des plus incertaines.

Une chose est sûre : Cette affaire relance le débat sur la dépénalisation du délit de presse au Gabon. L’idée a été plusieurs fois lancée mais elle n’a jamais trouvé ni l’écho, ni la prise en compte qu’elle mérite dans une démocratie qui ne voudrait pas retourner à l’ère du monopartisme ou qui ne voudrait pas faire disparaître ses « intellectuels précaires », baromètres de la démocratie.

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