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Pahé : « Au Gabon, des journalistes sont souvent menacés »

Le dessinateur gabonais Pahé vient de publier « Ali’9, Roi de la République gabonaise ». Un opus qui raconte l’élection du fils d’Omar Bongo Ondimba à la tête de « Gabon S.A. », et dont les 250 exemplaires ont été épuisés en quelque 24 heures. Malgré l’irrévérence des caricatures, le président du Gabon ne s’est pas offusqué : il a même bien rigolé. Interview.
Jeune Afrique : Comment a réagi le président Ali Bongo à votre recueil de caricatures?
Pahé : À la présidence, il a été surpris de savoir que c’était moi l’auteur du livre. « Ah ! C’est lui l’auteur ? », m’a-t-il dit avant de lâcher : « Je trouve que vous êtes dur dans vos dessins, mais j’adore. » Je lui ai dis que c’était dommage qu’il n’ait pas pu signer la préface alors que, via un de mes réseaux à la présidence, je lui avais fait parvenir un aperçu du bouquin. Réponse d’Ali : il avait bel et bien reçu le livre par son conseiller, mais il ne savait pas que c’était pour en faire la préface et pensait que c’était juste pour le regarder. Puis il a ajouté : « Je promets de préfacer le tome 2. » La première dame, Sylvia Bongo, elle, était aux anges et n’arrêtait pas de me féliciter pour mon travail.

Avez-vous eu des problèmes d’ordre politique pour le publier?
Je n’ai eu aucun problème, vu que je ne suis allé voir aucun homme politique, ni aucun service culturel d’aucune ambassade pour avoir du pognon et le publier. Ali s’est fait avec mon propre argent. La seule chose que j’ai faite, c’est de contacter Ali Bongo pour le camp du pouvoir, ainsi que Zacharie Myboto, et Pierre Mamboundou pour l’opposition, afin que chacun d’eux me fasse une préface. Hélas, ils ont tous répondu aux abonnés absents – sauf Pierre Paquet, mon éditeur, et Plantu, que je ne remercierai jamais assez.

Comment voyez-vous Ali Bongo aujourd’hui ?
Je le vois toujours comme je le voyais avant ma rencontre : 1,68 m environ, assez bedonnant, avec une tonne de curls sur la tête et toujours patron de « Gabon S.A. ». Mais je me suis rendu compte qu’il est plutôt rigolard. Fallait voir comment il se foutait de la tronche de Mamboundou et de Paul Biyoghé Mba, le Premier ministre, qui ne faisait pas son malin devant lui.

Comment évolue la liberté de presse au Gabon ?
C’est un peu compliqué. Au Gabon, beaucoup n’osent pas écrire, et même s’il y en a qui le font, ils voient leurs journaux censurés par le Conseil national de la communication (CNC). Des journalistes sont souvent menacés, le CNC ne joue pas son rôle et protège plus le parti et les médias du pouvoir. Beaucoup vont créer leur site sur internet. Quand je vois la liberté de ton qu’il y a au Cameroun voisin, je me dis qu’au Gabon, beaucoup reste encore à faire. Ali 9, lors des vœux, a reçu la presse et donné des garanties quant à la liberté. C’est une bonne chose. On attend maintenant la suite, avec les premiers articles défavorables envers lui et son régime.

Quel souvenir gardez-vous de votre court séjour en prison ? En colère ? Amusé ?
Pas en colère, beaucoup plus amusé. C’est vrai que j’aurais pu vite faire cesser mon supplice lors de mon séjour en prison, mais je voulais voir jusqu’où les bidasses pouvaient aller dans leur bêtise en me mettant en tôle à cause d’un dessin. Ça m’aurait plu qu’ils me défèrent, comme ils disaient, devant le procureur de la république. J’aurais aimé connaître le délit invoqué. Mais, hélas, je suis sorti trop tôt.

Y aura-t-il une suite à « Ali 9 » ?
Oui, je bosse sur Ces énervants qui nous gouvernent, j’en suis pratiquement à la moitié. Par contre, pour le moment, il n’y aura pas réédition d’Ali 9, qui a été victime de son succès. Il s’est vendu comme des petits bouts de manioc et n’est plus en stock.

Vous avez d’autres projets ?
Je suis en train de travailler sur la suite de La vie de Pahé 3 : Loveman, ma vie avec les gonzesses. Et sur une BD humoristique qui raconte des scènes de vie dans une pharmacie africaine.

Dans quel domaine vous sentez-vous le plus à l’aise : la caricature, la BD ?
Pour réaliser une BD, je travaille pendant près d’un an. Personnellement, je me sens plus à l’aise dans le dessin de presse. Il faut, en très peu de temps, trouver un dessin qui raconte tout un article et qui fasse rire. Ca fait travailler ma matière grise et j’adore ça.

Quelque chose à ajouter ?
Un truc qui m’amuse : depuis que mon audience est passée à la télé, car elle était filmée, de nombreuses personnes m’ont interpelé pour que je leur rende un service ou m’ont demandé de voir le président pour régler tel ou tel dossier. Comme si j’étais devenu un conseiller d’Ali 9. La bonne blague !

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