Vantant le bilinguisme du Rwanda, le président Ali Bongo souhaiterait l’introduction de l’anglais dans son pays. C’est en substance ce qu’a rapporté Alain-Claude Bilie Bi Nzé, porte-parole de la présidence gabonaise, à la faveur d’une conférence de presse tenue le 1er octobre à Libreville.

Une annonce quelque peu surprenante, d’autant plus qu’elle intervient à un peu plus d’une semaine du sommet de la Francophonie. «Le Gabon souhaite regarder de près l’expérience rwandaise dans l’introduction du bilinguisme», a annoncé Alain-Claude Billié Bi Nzé. Après le génocide rwandais de 1994 et l’arrivée au pouvoir d’une diaspora Tutsi ayant vécu pendant des années en Ouganda, voisin anglophone, Kigali a favorisé l’anglais dans les écoles et l’administration.

Il s’agissait aussi pour le nouveau pouvoir rwandais de s’éloigner de l’influence de la France accusée d’avoir soutenu l’ancien régime génocidaire. Les relations entre la France et le Rwanda, bien qu’en voie d’amélioration, restent une question diplomatique sensible. «Le Rwanda avant était un pays francophone faisant partie de la Francophonie (…) il fait partie aujourd’hui des deux communautés: Francophonie et Commonwealth. Le chef de l’État gabonais entend introduire l’anglais dans notre pays», a souligné le porte-parole de la présidence gabonaise.

«Pourquoi ne nous inspirerions-nous pas d’une telle expérience pour voir comment le Gabon, pays francophone, peut dans les prochaines années décider d’introduire l’anglais dans un premier temps comme langue de travail nécessaire (…) puis plus tard voir comment l’anglais peut devenir une seconde langue», a-t-il poursuivi.

D’aucuns estiment que cette démarche vise à couper un peu plus le cordon ombilical avec la France, partenaire historique du pays. Persuadé que dans une économie mondialisée, le Gabon ne peut plus se cantonner à des relations quasi exclusives avec son ancienne puissance coloniale, Ali Bongo, qui a vécu aux États Unis et se plaît à parler anglais en public, a ainsi lancé de nombreux ponts vers Singapour, la Chine, l’Inde ou le Brésil.

La démarche de la présidence gabonaise est davantage interprétée comme une volonté de mieux préparer les Gabonais à la mondialisation que comme une tentative de transformation à la rwandaise. Contrairement à nombre de ses voisins où seules les élites parlent la langue de Molière, le peuple s’exprimant dans des idiomes locaux, l’immense majorité du 1,5 million de Gabonais parlent le français qui n’est pas simplement la langue de l’administration.

«Le Gabon veut se développer et s’offrir les meilleures opportunités. Quand vous sortez de l’espace francophone, si vous ne savez pas l’anglais vous êtes quasiment handicapé. Il s’agit (…) de faire en sorte que les Gabonais soient armés et mieux armés (…) Les scientifiques français font des publications en anglais (…) alors que les Africains sont devenus pratiquement les seuls à intervenir en français. Si les Français eux-mêmes vont vers l’anglais, pourquoi voudriez-vous que le Gabon se l’interdise», a conclu Alain-Claude Billié Bi Nzé. Si tant est que le projet est confirmé, le plus dur sera certainement sa mise en œuvre.

Si l’anglais est mondialement reconnu comme la langue des affaires, ce n’est pas, cependant, la langue la plus parlée au monde. Le mandarin serait parlé par environ 900 millions de personnes en tant que langue maternelle, auxquels il faudrait ajouter environ 300 millions de mandarinophones qui l’utiliseraient comme langue secondaire. Après le mandarin vient l’hindi qui compte 425 millions de locuteurs + 300 millions en seconde langue ; puis l’anglais avec 360 millions + 720 millions ; l’espagnol avec 320 millions + 20 millions ; et enfin le français en cinquième position avec 220 millions + 400 millions en seconde langue. A l’horizon 2030, c’est l’espagnol qui devrait se retrouver en seconde position derrière le Mandarin.

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