Deux trafiquants d’ivoire, pris en possession de 40 kg d’ivoire, ont écopé l’un d’un emprisonnement ferme de trois mois, l’autre de la simple relaxe assortie d’une amende. Une décision qui marque un recul certain dans la politique du «Gabon Vert» et que déplore l’ONG Conservation Justice qui trouve que les lois gabonaises en la matière sont peu dissuasives.

L’ONG «Conservation Justice» qui exhortait, en avril dernier, le gouvernement gabonais à renforcer la loi sur la protection de la faune et à mettre un peu plus de rigueur dans son système d’application, s’est montrée déçue de la décision de justice rendue le 4 décembre 2012 par rapport aux trafiquants d’ivoire arrêtés à la mi-novembre.

En effet, «Amoughou Maurice a été condamné à 3 mois de prison ferme, 1,5 millions d’amendes et 2 millions de dommages et intérêts pour les Eaux et Forêts. Pour un trafiquant de renom qui développe ses activités depuis près de 30 ans, cela ne paraît pas suffisant, aux dires des Eaux et Forêts et des ONG. En outre, Gueye Mormaty a tout simplement été libéré et condamné seulement à payer un million de dommages et intérêts. Quand on sait que rien que la cargaison de 40 kg d’ivoire qu’ils essayaient de vendre a une valeur de 5 à 10 millions de francs CFA, on comprend rapidement que ces peines ne sont pas dissuasives», déplore Conservation Justice à travers un communiqué de presse.

Au terme d’une longue enquête, ces deux trafiquants d’ivoire de longue date, Maurice Magloire Amoughou, de nationalité camerounaise, et Gueye Mormaty, Sénégalais, ont été arrêtés le 13 novembre 2012 à Libreville, avec près de 40 kg d’ivoire. Selon Conservation Justice, «il s’agit clairement d’un réseau important qui organise la réception d’ivoire en provenance de tout le pays pour le revendre à divers acheteurs qui exportent en destination de la Chine, de l’Afrique de l’Ouest et autres destinations où les coûts pratiqués de l’ivoire sont plus importants. Ce marché est très lucratif puisque les coûts pratiqués dans certains pays sont beaucoup plus élevés qu’au Gabon».

Déplorant que les efforts des autorités et partenaires, notamment la Direction générale de la Faune et des Aires protégées et la Direction de la Contre-Ingérence qui ont contribué à la mise aux arrêts de ces deux trafiquants, n’aient pas été récompensés et encouragés par la décision de justice regrettée, Conservation Justice, rappelle que «la chasse, la capture, la détention, le transport et la commercialisation des espèces intégralement protégées sont interdits et les infractions vis-à-vis de ces espèces sont punis de 3 à 6 mois de prison avec des amendes allant de 100 000 à 10 millions de francs. Comparativement aux pays voisins, ces peines sont malheureusement peu dissuasives puisqu’elles vont jusqu’à 5 ans au Congo et 3 ans au Cameroun.»

Conservation Justice qui est une ONG reproduisant le modèle développé au Cameroun par LAGA, une autre qui fait ses preuves en matière de lutte contre le trafic d’espèces et de produits fauniques protégés en Afrique centrale (ivoire, peaux de panthère, grands singes…), estime que la décision de justice rendue à Libreville quant à l’affaire de ces deux trafiquants, «constitue un pas en arrière dans la politique du Gabon Vert du gouvernement, qui ne dispose pas de lois fortes en matière de trafic de faune et doit faire face à des décisions de justice non dissuasives. Le Gabon ne risque-t-il pas de devenir une plaque tournante en matière de trafic de faune avec tous les risques que cela comporte puisque les pays voisins font preuve de plus de sévérité et que les juges Gabonais ne sanctionnent pas sévèrement ?»

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