Face à la mesure du gouvernement gabonais de suspendre la pêche sur ses eaux territoriales, la population, qui vit déjà dans une situation sur-pressurisée par la hausse des prix des denrées de première nécessité et de grande consommation, apprécie diversement cette décision.

Les pirogues de pêche restent sur la berge au Pont-Nomba © C. Moussouami/Gabonreview

C’est dans un communiqué rendu public le 9 janvier dans le quotidien L’Union que la loi du 8 août 2005 portant code des pêches et de l’aquaculture en République gabonaise a été invoquée pour rappeler aux opérateurs économiques que l’exploitation des ressources halieutique est strictement soumise à certaines exigences préalables.

Dans ce contexte, en parlant du programme «Gabon bleu», ce communiqué indiquait qu’«une suspension temporaire de la délivrance des licences et des autorisations de pêche est en vigueur depuis le 1er janvier 2013». Cette mesure, indiquait-on, devrait permettra de réorganiser les conditions et les critères d’accès aux ressources halieutiques; de repréciser les zones affectées aux activités de pêches; de sensibiliser les opérateurs du secteur sur les bonnes pratiques pour une pêche durable; diffuser et communiquer les procédures réglementaires en matière de pêche.

Ces divers éléments ont été rappelés hier, jeudi 10 janvier 2013, sur les antennes de Gabon télévision, la principale chaîne de télévision nationale, via une émission spéciale dédiée à l’explication des motifs et des retombées de la suspension de cette activité. On a pu noter une participation du Dr Mike Fay, directeur général de «Gabon Bleu», du directeur général de la pêche et de l’aquaculture, Anicet Guy Rerambia, ainsi que d’un pêcheur, entre autres.

L’émission, à caractère pédagogique par rapport à cette suspension, a permis de savoir qu’il existait désormais un programme Gabon bleu et qui vient inéluctablement s’adjoindre aux trois piliers de la politique de l’émergence que sont le Gabon vert, le Gabon industriel et le Gabon des services.

Au final, dans les débarcadères, à l’instar de celui situé en face de l’hôpital Jeanne Ebori ou de celui d’Ambowé notamment, les pirogues sont amarrées et attendent un hypothétique retour en mer pour bientôt.

«On veut bien comprendre cette mesure du gouvernement. Mais qu’est-ce qui est fait pour nous les pêcheurs ? Qu’est-ce qu’on fait pour les femmes qui vivent de la revente du poisson ? Quelle sont les mesures prises pour nous aider à survivre pendant ces jours de suspension ?», a interrogé un pêcheur désormais oisif sur le débarcadère de fortune de Jean Ebori, ajoutant : «lorsqu’on va augmenter les prix, on criera hausse des prix, mais à qui la faute?»

Le jeune homme qui regardait hagard vers le large relève que si le poisson se raréfie dans les eaux, la faute ne revient pas aux pêcheurs artisanaux. Il parle de la corruption qui fait que des chalutiers du monde entier, avec la complicité des «longs bras» du pays viennent piller cette richesse halieutique. «Avant, on avait beaucoup de poisson en s’avançant seulement d’un kilomètre au large. Mais aujourd’hui, il faut aller très loin. C’est le carburant, ce sont les vivres pour tenir durant des jours entiers et tout cela coûte cher. On a de la peine à joindre les deux bouts.», a-t-il ajouté.

Une femme, vendeuse de poisson à la braise dans le troisième arrondissement de Libreville déclare quant à elle que le «gouvernement veut tellement bien faire qu’il ne sait plus ce qu’il fait » et d’ajouter, «heureusement que nous ne vendons que du poisson surgelé qui vient d’ailleurs». Une autre façon de signifier qu’elles ne ressentent pas encore la pénurie.

Ce qui est sûr c’est que les eaux jadis poissonneuses sont désormais désertées par les poissons. Même le menu fretin est désormais capturé alors qu’à une époque encore récente, il était relâché. Surtout, une grande partie des prises est commercialisée hors des frontières gabonaises par des entreprises de pêche industrielle internationales, ce qui engendre un important manque à gagner pour l’économie locale.

«Si les dirigeant pouvaient toucher là où ça fait mal définitivement, on comprendrait. Mais là, on a encore l’impression que ce sont les pauvres qui sentiront la douleur de cette restriction», a avancé un fonctionnaire de l’enseignent secondaire. Pour lui, plutôt que d’interrompre aussi brusquement la pêche qui nourrit de nombreuses familles, on devrait plutôt «mettre l’accent sur les sanctions vis-à-vis des fraudeurs». «Mais comme on se connait, le fraudeur est le propriétaire du bateau de pêche et en même temps l’autorité de régulation. Que peut-il bien faire ?», a-t-il dit.

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