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Luc Marc Ivanga, itinéraire d’un patriote de l’aube

Luc-Ivanga1-aLa célébration du dixième anniversaire de la mort de Luc Marc Ivanga, décédé le 11 août 2003, permet de replonger dans l’histoire d’un combattant pour la liberté qui a participé à la lutte des indépendances.

Luc Marc IVANGA est né le 19 octobre 1919 à Libreville au quartier Montagne-Sainte. Originaire du département de l’Estuaire, il descend de deux familles déjà engagées politiquement durant la période coloniale. Mathurin ANGUILEY, frère cadet de son père OGULA y OGWENKERO, fut le premier sénateur élu en 1947, représentant la colonie du Gabon au Sénat français.

François-de-Paule VANE frère aîné de sa mère Marie Louise MAHINE VANE, était lui le premier délégué territorial de l’Afrique Equatoriale Française (AEF) élu en 1932 et le premier à représenter le Gabon au Conseil Supérieur de l’Ancienne Afrique Equatoriale Française. Ce sont les traces de ces hommes qui se sont battus pour les droits des administrés français que Luc Marc IVANGA a suivies. Ils lui ont transmis des valeurs et des idéaux à travers lesquels il s’est toujours identifié et qu’il a légués à ses enfants et à ses proches.

Le militaire … (1939-1944)

Il est incorporé comme engagé volontaire le 9 septembre 1939 pour la durée de la guerre. Il a à peine vingt ans. Escomptant que la guerre serait de courte durée, il entend suivre ensuite des études de journalisme ou de droit. Il arrive au Camp de Souge, près de Bordeaux comme tirailleur 2ième classe.

Nommé au grade de Caporal le 27 mars 1940, il passe au détachement S/317 le 27 septembre 1940, puis au 15ième Régiment des Tirailleurs Sénégalais le 4 janvier 1941, et enfin à la 1ère Compagnie mixte le 16 janvier 1941. Il suit pendant trois (3) années de 1940 à 1942, les cours du peloton à Philippeville, devenue Skikda en Algérie, à l’issue desquels il était délivré l’équivalent d’un brevet élémentaire. Il fera la Campagne Nord-Africaine d’Algérie, de Tunisie et Maroc. Il va s’illustrer vaillamment durant ces campagnes. Au cours d’une mission, il est gravement blessé à l’œil gauche durant les opérations du pont du Fash, à la suite d’un bombardement des forces de l’axe. Cette blessure entrainera un taux d’invalidité de l’acuité visuelle de 65%. Sergent, il est proposé aux cours d’officiers qu’il choisit de ne pas suivre, préférant rentrer dans son pays le 31 mai 1944. Ces hauts faits de guerre lui ont valu de nombreuses citations : la médaille de la Croix de guerre avec étoile en bronze à l’ordre du 15ième Régiment des Tirailleurs Sénégalais ; la médaille Coloniale avec agrafe Tunisie ; la médaille commémorative de la guerre de 1939-1945.

A son retour de guerre, il fonde avec ses frères d’armes, Louis-Gaston NDONG MEBALEY, Gobert OBIANG NDONG et André AFOUGHE, l’Association des Anciens Combattants Indigènes du Gabon, le 3 Juin 1945, dont il fut le premier président. Réserviste dans l’armée gabonaise, il termine avec le grade de lieutenant-colonel.

L’entrepreneur…

Luc Marc IVANGA a travaillé pendant douze années consécutives, de 1945 à 1957 à l’ancienne Compagnie des Chargeurs Réunis où il remplissait les fonctions de chef de section de manutention et du matériel roulant. Il devient progressivement entrepreneur et s’initie à la gestion de petites et moyennes entreprises (PME) en exploitant par ailleurs une carrière de latérite à ciel ouvert qui se situait dans le périmètre actuel de l’Université Omar Bongo Ondimba et de l’Ecole Normale Supérieure. En 1955, monsieur LAHAYE, lui propose un contrat d’achat de latérite à livrer à Port-Gentil pour la construction d’un ponton des Chargeurs Réunis. En 1957, il créé sa première exploitation forestière d’une superficie de 500ha situé au km 80, au village Ndouanian. Plus tard avec Edouard EKOMIE, ils créent l’Association des Forestiers de l’Ikoï (AFI), développent les coupes familiales et se posent en véritable concurrents des exploitants forestiers français.

Le syndicaliste

Il sera dans le même temps adhérent au Syndicat des Employés de Libreville (SEL), premier syndicat du Gabon, crée par Félix ADANDE. Sa capacité de mobilisation, la détermination dont il fait montre dans la lutte de la défense des intérêts des ouvriers fera en sorte qu’il soit remarqué par Paul Marie GONDJOUT qui le convaincra de suivre le chemin de la politique.

Le politique

Ils deviendront partenaires et amis privilégiés des combats de l’indépendance. Aux côtés de Paul Marie GONDJOUT et de Léon MBA, Luc IVANGA fait partie des piliers du Bloc Démocratique Gabonais (BDG).

Aux élections législatives de 1957, il est élu député à l’Assemblée territoriale qui devint par la suite l’Assemblée Nationale. Elu du peuple, il a été successivement à l’Assemblée Nationale : questeur, chef du groupe parlementaire du Bloc Démocratique Gabonais et enfin 1er Vice-Président de la première législature de l’Assemblée Nationale. Il présidera la Commission chargée de la modification à apporter à l’emblème (le drapeau) de la République Gabonaise. Celle-ci portait sur la suppression des couleurs de la Communauté. Le drapeau devint ainsi tricolore avec sa bande verte de la forêt et des cultures, sa bande équatoriale « jaune d’or » et sa bande bleu roy, tel que retranscrit dans le Journal des débats de l’Assemblée Nationale dans sa première session extraordinaire du 23 Juillet au 17 Août 1960.

A partir de 1962, sa carrière politique connaîtra une interruption consécutive au projet de dépôt à l’Assemblée Nationale, d’une motion de censure qui lui valut d’être détenu à Boué pendant un peu moins d’une année. Il occupera dans le milieu des années 80 la fonction de Chef de mission du Parti Démocratique Gabonais. En 1990, avec l’instauration du multipartisme au Gabonil occupera les fonctions de Conseiller politique du Rassemblement des Bûcherons, puis du Rassemblement pour le Gabon jusqu’à la fin de ses jours.

Le patriarche et notable

Luc Marc IVANGA est Commandeur de l’Etoile Equatorial et Officier du Mérite Congolais. Il est père de 15 enfants, dont 12 avec son épouse Henriette NGOUANDJI IVANGA du clan Aninwo. Elle a été toujours présente et active à ses côtés. Ils ont laissé en héritage des valeurs de justice, du sens du devoir et de solidarité.

Les indépendances en Afrique ont fait en sorte que les hommes de cette époque, pris dans un contexte de défis multiples à relever, se révèlent à eux-mêmes, à être des hommes d’honneur, et à bâtir les fondations de jeunes nations qui ont aujourd’hui grandi et s’appuient sur ces valeurs pour l’émergence de nos pays.

Par IMUNGA IVANGA, auteur-réalisateur

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