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La biométrie gabonaise scrutée par l’Observatoire national de la démocratie

elections-biometriquesDeux semaines après le déroulement au Gabon des premières élections qualifiées de biométriques par certains et de routine pour d’autres, le président de l’Observatoire national de la démocratie (OND), Dieudonné Minlama Mintogo, estime nécessaire, voir capital de se pencher sur cet exercice qu’il qualifie d’ «essai pour la nation gabonaise». Analyse des résultats, évaluation du système biométrique mis en place, interpréter du message des populations et formulation de recommandations aux différents acteurs pour mieux aborder 2016.

Le contexte très particulier dans lequel se sont déroulées les élections départementales et municipales du 14 décembre dernier, notamment, avec l’utilisation des listes électorales établies sur la base des données à caractère biométrique, le retour de l’opposition aux urnes après le boycott des législatives de 2011, le climat social délétère que traverse le Gabon depuis un bon moment, sont autant d’éléments qui ont attiré l’attention de l’Observatoire national de démocratie. L’organisation dirigée par Dieudonné Minlama Mintogo s’est donc penché, entre autres, sur l’apport de la biométrie dans la pratique électorale. Ce, au-delà du décompte des conseillers obtenus par les différents camps.

«Notre travail a consisté non pas à s’attarder sur ce que les uns et les autres ont déjà eu à dire, mais d’analyser cette élection tout en revenant d’abord sur l’importance de cette élection. En décembre 2011, nous avons eu des élections législatives et nous étions de ceux-là qui avaient demandé leur boycott. Ce qui a été effectif avec un taux de participation très bas, même si certains ont voulu l’arranger. Mais, nous avons appelé les Gabonais à participer aux élections locales du 14 décembre 2013 parce qu’il y avait un fait nouveau : l’introduction de la biométrie», a recadré Dieudonné Minlama Mintogo pour planter le décor.

Après l’introduction de la biométrie dans les opérations électorales, qui, à la surprise des Gabonais n’était pas à la hauteur des attentes, notamment au niveau de la transparence, de la fiabilité, de la disparition des votes multiples, l’OND indique qu’il était important pour son équipe de réfléchir sur les limites de l’application de ce système au Gabon et d’en tirer des leçons devant permettre d’y apporter des améliorations dans la perspective des deux échéances majeures qui pointent à l’horizon, la présidentielle et les législatives de 2016.

En résumé, la biométrie a-t-elle fiabilisé la liste électorale ? A-t-elle empêché les votes multiples ? a-t-elle fait naître d’autres vices ? A-t-elle permis de lutter contre l’abstention ? Autant de questions auxquelles a tenté de répondre le président de l’OND et son équipe.

«Nous avons constaté que la biométrie nous a permis d’avoir une liste électorale assez correcte parce que, comme vous l’avez constaté, le corps électoral a été pratiquement divisé par deux. Pour cela nous disons bravo. Mais nous avons malheureusement constaté des insuffisances énormes à quatre niveaux», a déclaré Dieudonné Minlama Mintogo.

Acquise à près de 40 milliards pour 600 mille électeurs, la biométrique dans le système électoral gabonais se présente comme un gadget pour stimuler et redonner confiance aux acteurs politiques de l’opposition et aux populations qui s’étaient déjà détournés de la chose politique. En effet, hormis le fait qu’elle a permis de fournir un fichier d’état civil à caractère biométrique, elle n’a pas pu permettre de lutter contre les vieux démons de la fraude, objet d’interminables contestations et de frustration du peuple. Par contre au-delà de l’achat des consciences, elle a permis aux acteurs politiques de développer une autre stratégie : «l’achat des récépissés d’enrôlement».

«Nous avons cru que la liste électorale sera fiable jusqu’au bout mais nous avons remarqué, à l’épreuve des faits, que beaucoup de personnes bien qu’ayant été enrôlées avec récépissé en main non pas vu leurs noms sur la liste d’émargement, encore moins retrouvé leur carte d’électeur. Nous avons eu des personnes qui ont eu à voter à la place des autres sans qu’ils n’aient eu avec eux l’autorisation de le faire, c’est-à-dire la procuration. Tout ceci avec la complicité de certains scrutateurs. Il y a eu l’achat des récépissés qui est un phénomène nouveau, des cas de bourrage des urnes et, dans certaines localités, il y a eu des bureaux où il y avait plus de votants que d’inscrits», a souligné le président de l’OND.

Pour, Dieudonné Minlama Mintogo, cette biométrie comporte d’énormes failles et des limites qui en démontrent la vulnérabilité et la non-crédibilité. Ainsi, «sans interconnexion ni authentification, la biométrie ne vaut absolument rien. Et par conséquent, nous n’envisageons pas qu’on puisse organiser les prochaines élections législatives et présidentielles en 2016 dans ces conditions si nous voulons préserver la paix dans notre pays», a-t-il déduit.

«Nous avons dépensé beaucoup d’argent pour cette biométrie : près de 40 milliards pour 500. 000 électeurs. Les autres avec une biométrie beaucoup plus sophistiquée comme celle du Bénin avec 6 millions d’habitants, ils ont dépensé 15 milliards. Si vous faites le ratio ça peut faire tourner les têtes. Trop de dépense pour un système qui ne nous a pas permis de régler les questions que nous avons envie de régler et qui nous ont amené à boycotter les législatives de 2011», a-t-il fustigé.

«Mais il y a une avancée. Nous avons déjà la biométrie, maintenant nous avons le devoir de l’améliorer et de la mettre au niveau des standards internationaux comme cela se passe ailleurs. Cette élection nous permet de préparer les deux élections de 2016, qui se présentent comme capitales pour le peuple gabonais. Il y a eu une élection avec beaucoup d’anomalies, il y faut que nous regardions le contentieux qui nous permettra de voir à quel niveau on pourra améliorer, corriger le système pour que nous ayons des élections meilleures en 2016», a martelé Minlama Mintogo. Le rapport de l’OND sur les élections échues comporte également une analyse chiffrée des résultats officiels des urnes ainsi que des recommandations à l’endroit du président de la République, de l’administration, des acteurs politiques, de la société civile et la communauté internationale. Ces chiffres, comparés à ceux de la présidentielle de 2009, indiquent d’une manière générale le recul du parti au pouvoir dans l’estime des électeurs et une percée de l’opposition pourtant désorganisée. Gabonreview y reviendra.

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