Patience Dabany, dit la « Mama »Le conseil municipal de Port-Gentil a voté, le 20 mars 2015, une délibération de 300 millions de francs CFA en vue de l’achat, à Patience Dabany, du terrain sur lequel se dresse le marché Josaphat Rapontchombo. Un flou artistique qui pue une magouille que conteste même Séraphin Ndaot, ancien maire de la capitale économique.

Le 20 mars dernier les Conseillers municipaux ont voté à l’unanimité le budget de la capitale économique. 17 milliards pour ce nouvel exercice et 34 délibérations pour «changer le visage de la ville et améliorer les conditions des habitants de la ville», à en croire Bernard Aperano, le maire.

On a toutefois omis de dire au Port-Gentillais que l’une des 34 délibérations votées faisait la part belle à Patience Dabany : 300 millions de francs CFA pour l’achat du terrain sur lequel a été construit le marché Josaphat Rapontchombo, très connu sous le nom de «marché Bornaves», dans le 1er arrondissement de la ville pétyrolière. L’on se rappelle que la mère du président de la République avait, le 22 septembre dernier, effectué une descente dans ce marché, accompagnée des éléments de la Garde Républicaine affectés à sa sécurité. L’escouade n’avait pas manqué d’étonner les commerçants d’autant plus qu’elle déclarait détenir le titre foncier du terrain et, de ce fait, avait interdit à la mairie de percevoir les taxes auprès des commerçants qui y exercent.

Après cet épisode qui avait fait grand bruit dans la capitale économique, une délégation conduite par le maire s’était rendue à Libreville pour négocier avec celle que tout le monde appelle «la Mama». Des sources proches du dossier avaient indiqué qu’elle aurait exigé un milliard à la municipalité de Port-Gentil. Mais les conseillers municipaux ne se sont pas pliés devant les appétits gargantuesques de la mère du président et ont fini par revoir à la baisse ce montant. 300 millions de francs CFA ont donc été inscrits dans le budget de 2015 pour l’achat du terrain dont Patience Dabany affirme être la propriétaire.

Mais, si cette délibération est passée, elle n’a pas fait l’unanimité auprès des conseillers, surtout pas l’ensemble des conseillers du Parti pour le développement et la solidarité sociale (PDS) de maître Séraphin Ndaot qui se sont abstenus lors du vote. Leur leader est d’ailleurs celui qui connaît le mieux le dossier de la construction de ce marché qui s’est faite sous son magistère il y a un peu plus de dix ans. «C’est moi qui ai négocié avec le père Mba Abessole qui, à l’époque, détenait le portefeuille de l’Agriculture. Il nous a cédé ce terrain et en contrepartie nous devions lui trouver un terrain dans la périphérie de la ville. Les papiers de ce terrain appartiennent bel et bien à l’État», a confié maître Ndaot. Celui-ci estime que ce qui vient de se passer est d’autant plus grave que les conseillers qui ont voté la délibération n’ont pas vu les documents qui font de Patience Dabany la propriétaire des lieux querellés. «Cela fait une dizaine d’années que ce marché a été intégré au patrimoine communal par le biais d’une délibération. Personne ne s’est présenté pour réclamer quoi que ce soit depuis lors. Ce qui se passe aujourd’hui est un démantèlement d’un bien communal. Et pour cela, il aurait fallu que la prétendue propriétaire s’adresse au tribunal. C’est à la suite d’une ordonnance du tribunal qu’un conseil devrait siéger pour retirer la première délibération», a ajouté le président du PDS non sans exiger que soit présenté le titre foncier. «Même s’il y a un titre foncier, on doit savoir comment il a été obtenu et s’il est antérieur à la délibération intégrant cette infrastructure dans le patrimoine communal», a-t-il précisé.

«Ce qui se passe aujourd’hui est vraiment scandaleux. Nous sommes nombreux qui avons travaillé avec le maire Ndaot et qui savons comment la mairie a fait pour avoir ce terrain où se trouvait d’ailleurs, tous ceux qui sont à Port-Gentil depuis belle lurette s’en souviennent encore, un centre horticole. Une preuve supplémentaire qu’il était bien la propriété du ministère de l’Agriculture», a confié à Gabonreview un cadre du Parti démocratique gabonais (PDG) qui a souhaité garder l’anonymat avant de lancer : «il ne faut pas suivre, même au PDG nous sommes nombreux qui ne sommes pas d’accord mais les pressions sont telles que nous ne pouvons rien faire d’autre que nous plier».

Ce qui est totalement renversant dans cette affaire c’est le montant retenu pour acheter les 2000 m² sur lesquels a été construit le marché. 300 millions de francs ! La mairie va donc acheter le mètre carré à 150 000 francs CFA dans un quartier populaire. «Même dans les quartiers huppés de la capitale comme La Sablière, on ne trouvera pas le mètre carré à un prix aussi exorbitant», s’est exclamé maître Ndaot, grand promoteur immobilier bien connu de tout le pays. Preuve supplémentaire que la délibération votée par les conseillers PDG et apparentés est une arnaque savamment organisée.

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