abo_et_ibkRévélées le 22 mai 2015 par le site d’investigation Mediapart, les détails de certaines conversations entre celui que l’on nomme le «dernier des parrains», le président de la République et son homologue malien mettent en lumière des relations bâties sur la corruption et le mélange des genres.

Sur une période allant de juillet 2013 à octobre 2014, les retranscriptions de la police française des conversations entre Ali Bongo et Michel Tomi, d’une part, et Ibrahim Boubacar Keita et le magnat corse, d’autre part, révèlent une pratique d’offrandes et cadeaux en échange d’avantages commerciaux accordés au Gabon et au Mali. Mis sur écoute à leur insu, dans le cadre de l’enquête des juges Serge Tournaire et Hervé Robert sur l’empire corse pour, entre autres, corruption d’agent public étranger, faux et usage de faux, abus de confiance…, le président de la République et son homologue malien se retrouvent éclaboussés par ces révélations.

Dans ces écoutes, on découvre que le «dernier des parrains corses» n’hésite pas à offrir à ses deux «amis» présidents des voitures de luxe, des nuitées dans de prestigieux palaces de Marseille ou Paris, des costumes de luxe, des lunettes haut de gamme, et même des hôtesses pour agrémenter leurs vacances ou encore des soins médicaux réglés à l’avance… Ces «faveurs» seraient la contrepartie directe des facilités dont bénéficie Michel Tomi dans le développement de ses affaires. Selon les enquêteurs, les liens qu’il a tissés avec ces chefs d’Etat lui auraient permis de parapher de juteux contrats dans l’immobilier ou l’aéronautique au Mali ou au Gabon.

S’agissant d’Ali Bongo, les écoutes interceptées par les enquêteurs français le 20 juillet 2013, font état des vacances du couple présidentiel en Grèce sur un luxueux yacht de 43 mètres acheté 13,5 millions d’euros (environ 9 milliards de francs), géré par la société Harmill Limited, domiciliée aux Seychelles et complice de Tomi. Rien n’indique toutefois que l’homme d’affaires ait financé ces vacances. Seulement, la proximité de Michel Tomi avec IBK ainsi qu’avec le clan Bongo, et sa générosité à leur égard, est connue de longue date. Lui-même ne l’a jamais nié. Selon le média français, si les faits sont avérés, la confusion entre relations professionnelles et personnelles serait à l’origine du favoritisme dont bénéficient les entreprises tenues par des Corses sur le continent africain.

Michel Tomi risque jusqu’à dix ans de prison et 150 000 euros (100 millions de francs) d’amende. L’homme d’affaires corse est loin d’être un inconnu pour la justice française. Il est également à l’origine du scandale du casino d’Annemasse, dont la vente avait en partie servi à financer la campagne de Charles Pasqua et Philippe de Villiers lors des élections européennes de 1999. En 2008, il a été condamné à quatre ans de prison, dont deux fermes ainsi que 150 000 euros d’amende.

Roi des jeux de hasard, le «sulfureux parrain corse» possède au Gabon le PMU, le Casino croisette, les Fortune’s Club, Bet 241 en plus du groupe de BTP Kabi, d’Afrijet, la compagnie d’aviation d’affaires, du fournisseur d’internet IPI’9 et du bar de nuit select le Kubrick. A ce jour, la présidence de la République n’a pas répondu aux sollicitations concernant le contenu des écoutes téléphoniques.

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