Et nous y voilà de nouveau, comme si les leçons d’hier n’avaient jamais été apprises.

Et voilà que, après tant d’assassinats de Gabonais innocents, sacrifiés inutilement à l’autel des manipulateurs de conscience, après tant de crimes contre la Nation et la République, et alors que le deuil national n’a encore été ni honoré ni explicité pour établir les responsabilités de tous les bords, l’on veut déjà, précipitamment et dans l’improvisation la plus totale, enfoncer dans la gorge des Gabonais des dialogues inclusifs qui, dans le contexte politique actuel, ne peuvent être que de simples gesticulations sans queues ni têtes.

Je me permets ensuite de poser la question suivante : « Dialogue Inclusif »? Vous avez dit « dialogue » ? Quel dialogue ?

Que l’on me laisse donc dire ceci, de prime abord: Moi, personnellement, en tant que Daniel Mengara, et ensuite en tant que président du mouvement « Bongo Doit Partir-Modwoam », réaffirme mon opposition totale et inébranlable non seulement aux Bongo et à leur régime, mais aussi à tous les tenants du bongoïsme. Dès lors, toute participation à des dialogues improvisés et sans finalité réelle, qu’ils soient convoqués par les bongoïstes du pouvoir ou par les bongoïstes de l’opposition, est exclue.

Je crois sincèrement que le moment est venu pour les Gabonais de se ressaisir, de laisser de côté les fantasmes leur vendus par les marchands d’illusions et, donc, de retomber sur terre en sortant des émotions pour laisser de nouveau la place au cerveau.

La spécificité bien gabonaise qui consiste à faire la politique avec l’émotion, je dirais même avec l’émotion du ventre, et non avec la mobilisation des milliards de neurones supposés alimenter nos cerveaux en pensées rationnelles, semble bien être devenue une maladie contagieuse qui ne cesse de contaminer même les plus aguerris, même ceux que, hier, on aurait pu classer parmi les plus hardis, qu’on aurait pu compter parmi ceux qui, grâce à leur indomptable abnégation et sans jamais fléchir, mèneraient notre peuple à la libération finale, quel que soit le temps que cela prendrait. Ce fléau de l’opportunisme politique et des positionnements intéressés, bizarrement, semble également se transmettre de générations en générations, ceux-ci commettant et répétant les erreurs commises hier par ceux-là, condamnant ainsi toute une nation au film de l’éternel recommencement, comme s’il n’y avait jamais eu 1993, comme s’il n’y avait jamais eu 1998, comme s’il n’y avait jamais eu 2005, comme s’il n’y avait jamais eu 2009, comme s’il n’y avait jamais eu 2016, comme s’il n’y avait jamais eu la Conférence Nationale de 1990, comme s’il n’y avait jamais eu les Accords de Paris de 1994.

Dans ce contexte où priment l’émotion et l’irrationnel, les positions politiques des uns et des autres semblent obéir, non pas aux impératifs idéologiques qui, seuls, assurent la stabilité des convictions, donc du combat, mais à des impératifs du moment tels que commandés et dictés par l’actualité ambiante. Ainsi, quand l’actualité du moment tourne à gauche, tout le monde va à gauche. Et quand l’actualité tourne à droite, tout le monde va à droite. Comme des moutons. Or, quand, dans un combat qui a besoin de stabilité idéologique, on suit l’actualité et la direction du vent, c’est qu’on n’a pas de réelles convictions politiques et, dans ce contexte, on se constitue toujours en proie idéale des vendeurs d’illusions, que ceux-ci soient du pouvoir ou de l’opposition.

Ainsi, quand le pouvoir en place, connaissant bien son Peuple, ou plutôt, et c’est probablement plus juste, connaissant bien son élite politique, veut obtenir un résultat particulier, il fomente lui-même une actualité qu’il sait ne manquera pas de désorganiser l’opposition. Dès lors, qu’il s’agisse d’organiser une élection perdue d’avance ou un « dialogue inclusif » que tout le monde, pourtant, sait ne mènera à rien de durable, tous succombent toujours à l’impératif du fait accompli et s’engouffrent toujours de manière prévisible dans ce canal actualitaire, sans même se rendre compte que ce faux pragmatisme du « voter utile » ou du « dialoguer utile », tout simplement parce qu’il ne faut pas rester à l’écart de l’actualité ou des événements politiques, est la plus grosse erreur, j’allais dire la plus grosse bêtise, que l’on puisse commettre en politique, surtout quand on est en contexte de dictature.

Et tout le monde d’oublier qu’en politique, justement, tout est question de rapports de force. Or, dans le cadre de ces rapports de force, il y a deux principes qu’il faut retenir :

1) le premier principe est qu’un dictateur, je dis bien un dictateur, n’organise pas une élection pour la perdre. Ceci vient d’être démontré dans le cadre de l’élection de 2016, qui a prouvé que 2016 a bel et bien été comme 2009, comme 2005, comme 1998, et comme 1993. Car, même dans le cas le plus évident de 2016 qui a pu exposer, cette fois au vu et au su du monde entier, la fraude par laquelle le dictateur, ayant perdu l’élection dans les urnes, a quand-même pu, en utilisant les instruments du dictat, s’imposer à son peuple, cela veut dire, en termes de rapports de force, que, mathématiquement et logiquement, c’est la personne qui maîtrise les leviers de l’Etat (médias, institutions, armée) qui a le plus de chances de triompher de quelqu’un qui croirait, naïvement, aux vertus démocratiques des urnes.

2) Le second principe, qui découle de la même logique que le premier, est qu’un dictateur n’organise aucun « dialogue », inclusif ou pas, pour le perdre ou pour y laisser trop de plumes. Ceci s’est déjà vu au Gabon avec la Conférence Nationale de 1990 et les Accords de Paris en 1994. Cela sera visible de nouveau dans la mascarade de « dialogue inclusif » qui se prépare actuellement au Gabon car il y a une différence fondamentale entre un dictateur qui organise un « dialogue » quand il est en position de force et un dictateur qui organise un dialogue alors qu’il est en position de faiblesse.

Or, Ali Bongo, quoiqu’on en dise, n’est nullement en position de faiblesse en ce moment. Seuls ceux qui jugent la politique avec l’émotion croiront à ce fantasme. Prenons, pour le démontrer brièvement, trois arguments, même si l’on pourrait ici en aligner plus :

1) ARGUMENT 1 : C’est Ali Bongo qui a l’initiative du dialogue actuel et, donc, qui créée, contrôle et dicte l’actualité et les processus y relatifs. Les naïfs de la République aiment bien à se complaire dans le fantasme du contexte politique actuel où ils aiment à s’illusionner des supposées pressions qui viendraient :

– de la communauté internationale, chez laquelle on va pleurnicher et demander, à genoux, le pouvoir ;
– des « carnets d’adresses » perdus ;
– de la planète Mars ;
– ou encore des « présidents élus » d’Omboué ou du PNUD façon Gabon qui ont des stratégies secrètes qu’ils maîtriseraient seuls et qu’ils préfèrent garder pour eux-mêmes le temps de d’abord, au titre d’une stratégie sadomasochiste inédite, passer par des massacres stratégiques de Gabonais ayant cru aux illusions de « plans B » et « carnets d’adresses » qui n’ont jamais existé… une stratégie où l’on fait d’abord massacrer et emprisonner inutilement des Gabonais tout en leur servant la mythomanie d’« un plan secret » qui tarde à se déployer et qui ne viendra probablement pas!

On peut, évidement, continuer à croire à ces mythomanies, mais c’est là, hélas, ne pas savoir lire la politique.

Car Ali Bongo sait très bien que pour diviser l’opposition et créer en son sein des tiraillements et des scissions, il suffit, comme avec le lancement contre l’avis de tous des élections de 2016, de créer le fait accompli d’un dialogue improvisé : il sait qu’il trouvera toujours des gens de l’opposition avec une vision suffisamment courte des choses, donc des gens sans assise ou conviction idéologique réelle, pour s’engouffrer comme des moutons dans la brèche d’un dialogue politique non pas imposé par l’opposition, mais proposé et imposé par le dictateur. Chacun y va alors de sa stratégie, bien sûr : « oh, disent certains, on peut aller au dialogue sans vendre son âme ; oh, disent d’autres, on peut aller au dialogue forcer les choses de l’intérieur car le dialogue peut être l’occasion de piéger Ali Bongo et de transformer son dialogue en coup d’Etat contre lui-même ; oh, ce n’est pas Ali qui organise le dialogue, mais la communauté internationale ; oh ce n’est pas Ali qui va financer la chose, mais le gouvernement gabonais, donc on ne sera pas corrompus car c’est le gouvernement (pourtant dirigé par Ali Bongo), et non Ali Bongo, qui va financer nos séjours à Libreville ; et patati patata. »

Ah bon ?

C’est avec ce type de naïvetés et de raisonnements, évidemment, que les Gabonais se font toujours avoir, vu qu’il n’y a rien, dans de tels arguments, qui soit novateur : c’est ce que disent nos aînés depuis 1990. Et quand je dis « les Gabonais » ici, je ne parle pas du bas peuple qui reste irréprochable dans son envie d’en découdre et de se débarrasser des Bongo. Par « les Gabonais », j’entends plutôt l’élite politique qui se dit de l’opposition, qu’elle soit celle des anciens pédégistes reconvertis opposants ou celle de ceux qui se disent radicaux au sein de l’opposition non pédégiste, mais dont le radicalisme s’arrête, on peut aujourd’hui le constater, au niveau du simple désir de se positionner. Et le même phénomène se répercute automatiquement au sein d’une diaspora gabonaise politiquement désemparée parce que, elle aussi, à l’image du pays, lutte sans réel ancrage idéologique. Comme ceux au Gabon, cette diaspora a également en son sein des hommes et des femmes de conviction légère tentant de déguiser leur ralliement à Ali Bongo derrière des participations « réalistes » à des dialogues inclusifs qui, au final, ne serviront qu’à la gloire d’Ali Bongo.

Du coup, dans ce piège des positionnements politiques opportunistes où se dessine simplement le désir d’aller manger comme tout le monde, les idéologies et les radicalismes autoproclamés ne veulent absolument rien dire. Et voilà pourquoi le dictateur est capable de toujours mettre cette élite politique gabonaise devant le fait accompli de son actualité car il sait qu’il y en a toujours au sein de l’opposition qui seront suffisamment légers pour se laisser emporter par la direction du vent politique créé par Ali Bongo. Dès lors, quand Ali Bongo dit, « à gauche », ils vont à gauche et s’exécutent comme des moutons, devenant ainsi, consciemment ou inconsciemment, les instruments de la volonté machiavélique du dictateur de redorer son image. Nos fameux instables de l’opposition appelleront cela « pragmatisme » ou « désir de ne pas faire du sur place », ou encore, « ne pas rester en marge », ne se rendant même pas compte que ce raisonnement est, en fait et hélas, l’opposé du raisonnement qu’il faut tenir quand on combat une dictature. Et la dernière chose à faire, dans ce contexte, est de participer à des processus convoqués par le régime, processus visant justement, comme l’affirme l’américain Gene Sharp, à lui donner une opportunité de légitimer son dictat sur le peuple. Et, à ce propos, je partage avec Gene Sharp la position selon laquelle, à chaque fois qu’une opposition se pliera à la volonté d’une dictature en acceptant les dialogues proposés par ce régime, cette opposition se condamne automatiquement à l’échec si, évidemment, c’est une opposition sincère recherchant la rupture. Quand on veut la rupture, on l’organise. Tout simplement. On ne discute pas.

2) ARGUMENT 2 : Il y en a qui, bizarrement aussi, continuent à s’accrocher comme des forcenés à l’argument des « carnets d’adresses », des « présidents élus » avec des stratégies secrètes et de la « communauté internationale » qui viendrait proclamer les résultats au Gabon, alors même que les faits, aujourd’hui émaillés par la reconnaissance explicite ou implicite par cette même communauté internationale de la « victoire » volée d’Ali Bongo, sont à l’avantage, hélas, d’Ali Bongo, et ce depuis le verdict final de la Cour constitutionnelle dans la nuit du 23 au 24 septembre 2016.

C’est dans ce contexte de fantasmes en tous genres qu’on retrouve des Gabonais encore assez naïfs pour continuer à croire que c’est l’Union européenne qui va dire aux Gabonais qui a gagné l’élection et, par conséquent, installer ce gagnant au pouvoir, pour ne pas parler des énormités pondues ici et là par les « présidents élus » eux-mêmes et leurs acolytes, qui demandent à l’Union européenne de dire le « droit », comme si le droit gabonais se confondait au droit européen et vice versa. Quelle énormité, surtout quand elle sort de la bouche de gens ayant occupé des fonctions internationales ! En vertu de quel droit l’Union européenne serait-elle habilitée à « dire le droit » au Gabon ? Quel droit ? Celui du Gabon ou celui de l’Union européenne ?

Or, outre le fait que non seulement l’Union européenne n’a jamais eu pour mandat d’organiser, encore moins de proclamer, les élections gabonaises, les naïfs de l’opposition s’enferment également dans l’illusion que c’est au Gabon que la communauté internationale viendrait enlever un dictateur autoproclamé déjà installé au pouvoir alors même que cela ne s’est jamais vu nulle part ailleurs en Afrique francophone ??!!?? Il y a, certes, le cas de la Côte d’Ivoire que d’aucuns auraient aimé avancer ici comme argument, mais ce cas ne s’applique pas au Gabon vu que la Côte d’Ivoire était déjà un pays coupé en deux par la guerre civile bien des années avant l’élection qui a envoyé Laurent Gbagbo à la CPI. Sauf si, évidemment, les « présidents élus » du Gabon sont prêts à nous dire qu’ils ont une armée dans les forêts gabonaises prête à prendre le pouvoir par la guerre civile, comme en Côte d’Ivoire. En l’absence d’une telle démarche, c’est du vent, du pipeau qu’on pond aux Gabonais émotionnés, hélas. Et, sur ce point justement, les Gabonais de l’opposition enflammés par l’émotion feignent d’ignorer que cette même communauté internationale, qu’il s’agisse de la Communauté européenne ou de la France, ou encore des Etats-Unis, s’est dite, dès le départ, respectueuse des lois gabonaises et, donc, disposée à accepter le verdict final de la Cour constitutionnelle avant et après le recomptage demandé par tous.

Or, c’est quoi la décision finale de la Cour constitutionnelle ?

La Cour constitutionnelle, beaucoup semblent ne pas vouloir se rendre compte de cette réalité, a, en fait, enlevé à la communauté internationale, le SEUL vrai argument qu’elle avait contre Ali Bongo et son système électoral. Car si la communauté internationale, d’une part, a salué le processus électoral gabonais jusqu’au soir de la tenue de l’élection le 27 août, le trouvant « globalement acceptable » malgré les quelques manquements habituels observés ici et là, ce qui a « tué » ce verdit globalement positif de la communauté internationale fut sans conteste ce qu’elle a appelé « anomalie » dans l’acheminement et la proclamation des résultats du Haut-Ogooué, fief politique d’Ali Bongo. Malheureusement, hélas, tout le monde, comme des moutons, y compris la communauté internationale, est tombé dans le piège du régime.

Autrement dit, pendant que tout le monde, y compris l’opposition et la communauté internationale, se concentrait sur l’« anomalie » du Haut-Ogooué, les gens n’ont pas compris que cette « anomalie » n’a été créée par le régime que pour faire diversion, aux fins de se donner le temps, devant l’ampleur inattendue, mais évidente, de son rejet par les Gabonais, de trouver le moyen « constitutionnel » qui lui permettrait d’aller « réparer » cette « anomalie » ailleurs que dans le Haut-Ogooué: Il a suffit pour cela à la Cour constitutionnelle de « normaliser » quelque peu les résultats douteux du Haut-Ogooué tout en allant, dans le même temps, annuler « légalement » les résultats dans une vingtaine de bureaux de vote de la province de l’Estuaire, permettant ainsi à Ali Bongo d’aller « gagner » dans l’Estuaire, par le levier « légal » et « constitutionnel » de l’annulation, ce qu’il ne pouvait gagner dans le Haut-Ogooué par la fameuse « anomalie » tant contestée. Le régime montrait ainsi que quand un pays vit dans les arbitraires, vous n’avez vraiment aucun moyen juridique de gagner un argument de droit, que cet argument soit basé sur la voie des urnes ou la voie des recours juridiques dans les cours de justice de la République. Dans un tel pays, quand vous attaquez juridiquement à droite, eux ils jouent d’un levier d’arbitraire à gauche. Et quand vous attaquez à gauche, ils vous déroutent par la droite. La victoire volée d’Ali Bongo se transformait ainsi soudain en réélection « propre » et quasi « légale » là où elle était « sale » et « inacceptable » auparavant, tout simplement parce que le dictateur avait exploité, une fois encore, et comme son père avant lui, la naïveté et l’immaturité d’une opposition qui, étant tombée dans cet énième piège du pouvoir, n’a, dans son dossier devant la Cour, contesté que les résultats du Haut-Ogooué. Or, une fois l’anomalie du Haut-Ogooué « réparée » juridiquement devant la Cour, il leur restait quoi comme argument de contestation, à nos « présidents élus » ? Rien.

La première erreur fut donc, au final, d’avoir abandonné la force démocratique de la rue pour se soumettre au verdict, d’abord d’institutions électorales corrompues, puis ensuite de cours de justice sans esprit républicain, institutions et cours que nous savions ne pouvaient que servir et perpétuer le règne de l’arbitraire. Et malheureusement pour les partisans des « présidents élus », la communauté internationale ne pouvait plus, et ne peut plus, utiliser l’argument du Haut-Ogooué contre le régime puisque cette Cour constitutionnelle sur laquelle tout le monde, y compris les partisans du « président élu », avait basé son espoir de redressement a, techniquement, fait son travail : elle a donné « constitutionnellement » la victoire au dictateur en invalidant le vote d’une vingtaine de bureaux de vote de l’Estuaire. Autrement dit, elle a agit sur un levier que personne n’attendait : l’annulation arbitraire, mais ciblée, de bureaux de vote qui donnerait un avantage de plus de 10.000 voix au dictateur, une astuce qui, au final, valait réparation de l’ « anomalie » du Haut-Ogooué et par laquelle le régime montrait que même si on réduisait la victoire d’Ali Bongo à 50% au Haut-Ogooué, il avait la capacité de mettre en branle ses pouvoirs d’arbitraire pour récupérer ailleurs ce que le Haut-Ogooué ne lui permettait pas, exactement comme je l’avais prédit dans cet article du 15 septembre: Analyse du Dr. Daniel Mengara: Des élections 2016 au Gabon ou la face cachée, et dangereuse, du recomptage des votes, et  cet autre du 25 août: Dr. Daniel Mengara – Réalités et enjeux du vote d’août 2016 : Comment « gagne-t-on » « démocratiquement » une élection par la fraude? Au Gabon, c’est possible dans deux jours. Il n’y a alors que des gens éclairés pour comprendre que l’« anomalie » du Haut-Ogooué n’était, dans ce cas, qu’une simple diversion pour Ali Bongo : il fallait se donner le temps d’aller « gagner » ailleurs ce qu’il ne pouvait « gagner » de manière grossière au Haut-Ogooué. Notre opposition lui en a malheureusement laissé tout le temps: près d’un mois pour opérer, sans coup férir, le coup d’Etat électoral.

Il faut donc une bonne fois pour toutes aux partisans des « présidents élus » façon Gabon comprendre que l’argument du Haut-Ogooué est devenu caduque et de nul effet car ce n’est plus le Haut-Ogooué qui a permis à Ali Bongo de gagner, mais l’annulation ciblée de certains bureaux de vote dans l’Estuaire par une Cour constitutionnelle dont la communauté internationale (L’UA, l’UE, les Etats-Unis et la France) s’était engagée à respecter le verdict final. Donc, les gesticulations actuelles autour des fameux « présidents élus » et l’espoir de ses partisans de les voir proclamés vainqueurs par la communauté internationale sont inutiles et demeurent une vraie perte de temps qui, normalement, devrait commander aux vrais pragmatiques de passer à autre chose. L’épisode des « présidents élus » est bel et bien passé et dépassé. On a plus de chance aujourd’hui de voir un Martien arriver sur terre que de voir la communauté internationale venir, sans raison autre que cette élection, dire à Ali Bongo de quitter le pouvoir pour y installer des « présidents élus » d’Omboué, du PNUD ou de Makongonio. Niet. Aucune chance. Cela ne se passera pas (J’y reviendrai de manière spécifique et mathématique dans une autre analyse)

3) ARGUMENT 3 : Il y a aussi un fantasme récurrent qui circule actuellement dans la conscience nationale et dans les réseaux sociaux, et qui fait croire que les syndicats seraient ce qui va tellement « tuer » Ali Bongo avec les grèves à répétition que le régime ne manquerait pas de s’écrouler. Cet argument est, hélas, une autre illusion.

D’abord parce que ce n’est pas en menant des revendications sectorielles que les syndicats font chuter un régime. Les syndicats font chuter un régime quand ils passent outre les revendications sectorielles pour embrasser des revendications politiques. Cela s’appelle la politisation du discours syndical. Une telle politisation impose que tous les syndicats se politisent ouvertement et frontalement avec un seul objectif déclaré, faire chuter le régime. Cette condition n’est pas encore remplie au Gabon, même s’il faut ici saluer l’action de ceux qui, comme Marcel Libama et Jean-Remy Yama, mènent le combat syndical avec bravoure et abnégation et qui, dans bien des cas, sont obligés de se substituer aux politiques pour faire entendre la voix du Peuple.

Ensuite parce que, en réalité, les revendications sectorielles sont faciles à désamorcer : il suffit pour le régime de trouver le moyen, même temporaire, de les satisfaire pour calmer tout le monde et renvoyer tout le monde au travail, même si ce n’est que pour se donner un répit de deux ou trois mois, ou un an. C’est comme cela que le régime des Bongo a toujours pu survivre depuis 1990 : il a toujours su triompher des syndicats par ce jeu des revendications temporairement satisfaites, mais qui ressurgissaient l’année suivante pour un nouveau round de grèves et de négociations, et ainsi de suite. Au Gabon, il n’y a pas une seule année où l’on n’ait pas vu les syndicats faire des grèves sur les mêmes vieux problèmes, grèves que l’on croyait parfois à même de mettre le régime à genoux, mais, comme on peut le constater, le régime est toujours là, 26 ans après la Conférence Nationale.

C’est dire que tout ce qu’on voit actuellement se déployer au Gabon et dans la diaspora comme passions autour des fameux « présidents élus » et d’une communauté internationale qui viendrait les porter au pouvoir, ou du rôle des syndicats, ou encore autour des marches de la diaspora et autres fantasmes véhiculés ici et là par les traumatisés de la nation, tout cela reste et demeurera toujours des pertes de temps stratégiques et, comme je le dis souvent, des hors-sujets politiques. On peut dire la même chose sur ceux qui, opposants supposés radicaux d’hier, croient pouvoir utiliser le « dialogue inclusif » d’Ali Bongo pour aller « imposer de l’intérieur » on ne sait quelle réforme alors même que, sur le terrain, les rapports de force sont à l’avantage d’Ali Bongo. Tout ce qu’ils auront fait, s’ils vont à ce dialogue, c’est, en réalité, contribuer à donner de la légitimité au dictateur et peut-être se positionner eux-mêmes pour la mangeoire. Rien d’autre. Le peuple restera le seul dindon de cette farce politique bien gabonaise.

Et c’est cela qui demeure le plus gros talon d’Achille de ceux qui prétendent faire de la politique sans cadre idéologique et qui, donc, se précipitent toujours dans des dialogues politiques improvisés ou des élections perdues d’avance sans véritablement s’être, au préalable, posé la question de savoir pourquoi ils se sentent obligés d’y participer quand, pourtant, il existe tant d’autres manières insurrectionnelles d’imposer la volonté du Peuple à un régime qui n’a jamais vraiment été confronté à une insurrection mûrement préparée et visant à le détruire. Ces danseurs de bamboula politique ne vous diront jamais, évidemment, que quand on voit des gens se contredire ainsi dans leurs supposées convictions politiques, c’est qu’ils ne sont plus dans la lutte pour le peuple. Ils sont dans une lutte pour eux-mêmes. Car au moment même où il faut isoler le pouvoir des Bongo et l’asphyxier politiquement, ce sont eux qui, par ces stratégies au rabais, finissent toujours par fournir aux Bongo les bouées de sauvetage dont ils ont besoin pour perpétuer leur régime. Du coup, plutôt que de l’affaiblir, ils lui apportent toujours la légitimité dont il a besoin pour se réaffirmer comme « crédible » et « démocratique », donc maître du jeu politique national, à la face du monde.

Que dire alors, de manière concrète, du dialogue politique proposé par Ali Bongo ?

Au demeurant, vu que les dialogues politiques tels qu’appelés par le régime, comme ce fut le cas de la Conférence Nationale de 1990, se veulent toujours un cadre de compromissions où chacun lâche un peu de son lest, il y a fort à parier que le régime imposera, comme compromis, au minimum, la reconnaissance de sa légitimité. Comme on l’a vu avec les accords précédents entre notre opposition et son régime, les Bongo ont toujours su trouver parade contre les réformes découlant de ces dialogues non pas lui imposés, mais imposés par lui, confirmant ainsi le fait que quand un dialogue se passe à l’initiative d’une dictature, cette dictature n’organise pas ce dialogue pour le perdre.

Trois exemples peuvent ici être donnés :

1) Une des compromissions sera forcément de ne pas toucher au mandat actuel d’Ali Bongo. Cela veut donc dire que les Gabonais devront s’accommoder de garder Ali Bongo au pouvoir jusqu’en 2023, soit 14 ans au total depuis 2009. Ainsi, on peut facilement prédire que les résolutions nouvelles ne trouveraient application qu’à partir de 2023. Ceci donnerait donc un répit de 7 ans à Ali Bongo. Mais comme au pays des Bongo ni la parole donnée ni la valeur des textes ne comptent point, il est fort à parier que tout cela sera devenu caduc à l’horizon 2023 si Ali Bongo reste maître du jeu en matière de contrôle des finances et des institutions de la République (armée, parlement, gouvernement, cours de justice, etc.).

2) Un autre résultat prévisible de ce « dialogue » sera la limitation des mandats et la réduction de leur durée à 5 ans. Il est facile de prédire que le régime se battra pour imposer la non rétroactivité des nouvelles mesures. Ceci veut dire que quand, en 2023, s’appliquera la nouvelle constitution, l’horloge sera simplement remise à zéro pour Ali Bongo, un peu comme Sassou N’Guesso l’a fait au Congo Brazza, permettant ainsi au dictateur de se représenter en 2023 et, donc, de pouvoir rester au pouvoir 10 ans de plus s’il continuait à « gagner ». Et comme c’est son régime qui tiendra encore les leviers du pouvoir, il est fort à parier qu’Ali Bongo pourrait encore faire modifier la constitution en 2033 pour remettre de nouveau le compteur à zéro, restant ainsi 34 ou 38 ans au pouvoir, rien que par ce jeu de réformes vides qui ne veulent rien dire au pays des arbitraires et de l’impunité. Sans oublier la possibilité d’une nouvelle succession dynastique par laquelle Ali Bongo passerait le pouvoir à l’un de ses enfants. A tout cela, seule une rupture totale et radicale, donc la chute totale du régime, pourrait constituer une réponse crédible. Le changement dans la continuité n’est, dans ce cas, qu’une compromission de plus qui condamne le pays au bongoïsme à perpétuité.

3) Et quand on y ajoute l’équation de la corruption politique qui, dans le cadre d’un dialogue comme celui d’Ali Bongo, lui permettrait de corrompre certains des leaders pour faire pencher les choses en sa faveur, on comprend, encore une fois, que la question de ces dialogues est une perte de temps et d’énergie. Ces dialogues ne sont bons, finalement, que pour ceux qui, n’ayant aucune assise idéologique à défendre, et donc n’ayant aucune réelle conviction pour leur pays, cherchent simplement à se positionner, pour eux-mêmes.

Mais il y a une autre erreur que nous commettons souvent au Gabon : celle de nous baser sur l’argument selon lequel la communauté internationale serait en train de demander aux Gabonais de participer, donc, de les forcer à aller au dialogue inclusif d’Ali Bongo, ce qui voudrait dire qu’il faut forcément y aller quelle que soit la nature de ce dialogue, et ce pour ne pas perdre le soutien de cette communauté internationale.

Ceci est, évidemment, une erreur et une mauvaise lecture de ce que l’on entend par « communauté internationale ». La communauté internationale n’a pas pour vocation de dicter aux peuples sa volonté ou de déterminer la volonté ou la destinée des peuples. D’ailleurs, elle n’en a pas la capacité si un peuple est vraiment déterminé. La communauté internationale, par contre, a pour vocation de toujours utiliser un langage diplomatique encourageant les uns et les autres à la retenue, à la paix, à l’apaisement et au dialogue. C’est cela sa mission première. Dans le cadre d’élections volées, elle ne peut qu’appeler à l’évitement des violences et, dans le cadre des conflits post-électoraux, son devoir est d’appeler au dialogue. Mais cela ne veut pas dire qu’une opposition recherchant le changement et la rupture doive se plier à ce langage diplomatique ! Bien au contraire, une opposition en quête de rupture se doit de toujours faire l’opposé de ce langage diplomatique et, donc, s’organiser pour mettre la communauté internationale devant le fait accompli de cette volonté de rupture. Le résultat final sera qu’elle se pliera toujours, cette communauté internationale, à la situation qui lui sera dictée par les rapports de force sur le terrain.

Ainsi, si les Gabonais sont dans les rues et montrent qu’ils sont déterminés à chasser leur dictateur, la communauté internationale en tiendra compte et s’y pliera. Mais si les Gabonais « restent en case » et demeurent cloitrés dans leurs maisons tout en se contentant de simples jérémiades qui n’empêchent pas le régime de régner, eh bien la communauté internationale en tient compte aussi. Mais ce ne sera jamais à cette communauté internationale de venir enlever Ali Bongo pour le remplacer par un autre, et surtout pas quand cet autre là est calfeutré dans son salon de velours à pleurnicher sur le coup d’Etat électoral alors qu’il ne fout rien pour imposer sa victoire sur le terrain. Autrement dit, la capacité d’imposer la volonté du peuple passe obligatoirement par un rapport de force exprimé par ce Peuple dans la rue et la décision de lancer le peuple dans la rue appartient à l’opposition et à l’opposition seule. Si l’opposition se laisse tromper par le langage diplomatique de la communauté internationale, elle n’obtiendra rien. Mais si elle veut réussir, et prendre le pouvoir, elle doit passer outre la communauté internationale et imposer, dans le rue, la volonté et la force démocratique du Peuple. En d’autres termes, pour réussir, l’opposition doit sortir des arrangements diplomatiques et utiliser la rue comme levier politique pour établir le rapport de force nécessaire et ce n’est que ce rapport de force, lorsqu’il est favorable à l’opposition, qui dictera la conduite de la communauté internationale. Et pour obtenir l’engagement du Peuple dans son ensemble, il faut sortir de l’impasse visant à mettre des «présidents élus » au pouvoir et, plutôt, positionner une finalité plus neutre, celle de la chute immédiate du régime non pas pour mettre au pouvoir un « président élu », mais pour mettre au pouvoir une transition qui va organiser de nouvelles élections plus crédibles suite à une réforme démocratisante de la constitution et des institutions.

Au final, donc, il convient de dire qu’aujourd’hui, au Gabon, nous sommes revenus au point de départ qui dit que le Gabon ne changera jamais par la bonne volonté des Bongo, et encore moins par celle de la communauté internationale. Si le Gabon doit changer un jour, il changera inéluctablement et uniquement par la force démocratique de la rue, mais si et seulement si cette rue est organisée et préparée spécifiquement pour cet objectif et non improvisée. Dans ce contexte, une lutte basée sur les « présidents élus » et leur possibilité d’accéder au pouvoir sur la base des arguments résultant du vote de 2016 est une lutte désormais perdue d’avance, un cul-de-sac politique, donc une lutte pour les moutons qui ont mis leur cerveau dans la poche au lieu de le laisser dans leur crâne. Personne ne donnera le pouvoir au Gabon à un « président élu » qui va quémander ce pouvoir dans les capitales européennes au lieu de s’organiser pour arracher ce pouvoir dans les rues du Gabon même. Et une lutte basée sur la participation à des dialogues organisés par Ali Bongo est, elle aussi, un autre cul-de-sac politique qui ne satisfera que ceux qui sont assoiffés de positionnements politiques et qui ne voient la politique que comme un tremplin économique pour leur seule et simple personne.

Pour la diaspora gabonaise qui marche et qui proteste, je ne peux que tirer mon chapeau pour l’intense et inédite mobilisation qui est la sienne depuis le forfait électoral d’août 2016. Mais il faudra aussi bientôt à cette diaspora faire un choix stratégique clair. Autant je soutiens et soutiendrais toujours, personnellement, toute marche et toute protestation qui auraient pour objectif d’exposer aux yeux du monde la nature plus que jamais dictatoriale du régime des Bongo, autant je trouve futile de dépenser toute cette énergie autour de l’illusion de pouvoir installer au pouvoir au Gabon, trois mois après le forfait, des « présidents élus » qui n’ont pas su organiser une insurrection libératrice au moment où il le fallait, c’est-à-dire au soir du 27 août. Autrement dit, si la démarche et l’objectif de ces marches consistent à libérer véritablement le Gabon, il faut réorienter cette énergie vers cette libération par des voies insurrectionnelles sur le terrain au Gabon et s’éloigner le plus vite possible de l’argument des « présidents élus » car cet argument est un cul-de-sac politique qui emprisonne cette énergie et la canalise vers des voies de garage, un peu comme on le vit entre 2009 et 2014 avec la « présidence élue » d’André Mba Obame. En d’autres termes, il faut retomber dans la stratégie de départ, qui est simplement de défaire la dictature des Bongo par une insurrection du Peuple qui destituera Ali Bongo et son régime, réformera politiquement le Gabon et organisera de nouvelles élections. Et, si l’on veut vraiment mobiliser l’ensemble du Peuple, il faut éviter désormais de lier cette démarche insurrectionnelle à des « présidents élus » qui n’ont plus aucune chance d’accéder au pouvoir sur la base du contentieux électoral de 2016.

Pour le reste des Gabonais qui ne se reconnaissent ni dans la folie sanguinaire des Bongo ni dans la folie électoraliste de ceux qui se sont organisés en moutons autour de l’illusion d’aller à des élections perdues d’avance pour ensuite se satisfaire de « présidents élus » qui n’accèderont jamais au pouvoir, il faut se ressaisir, prendre appui sur les leçons apprises de cette débâcle électoraliste et se repositionner, idéologiquement et stratégiquement loin, très loin, de ces fantasmes. Il faut surtout aussi rester loin de toute initiative improvisée tant par les bongoïstes au pouvoir que par les bongoïstes de l’opposition, notamment ceux-là qui ont prétendu pouvoir sortir du PDG sans abandonner le bongoïsme, et dont beaucoup, justement, retourneront demain à un Ali Bongo à qui ils auront, qu’on le veuille ou pas, laissé le pouvoir en 2016, comme ils l’ont fait en 2009.

Bref, il faut revenir au point de départ et réorganiser cette troisième voie insurrectionnelle qui, elle, seule, reste l’unique solution face au bongoïsme.

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Simplement que, quand on veut le changement, on le prépare. On ne l’improvise pas au travers d’élections perdues d’avance ou de dialogues à l’initiative du régime qu’on dit vouloir abattre. Et on ne perd pas non plus son temps dans les fanfaronnades d’une opposition bongoïste qui s’organise à chaque fois pour sauvegarder l’héritage d’Omar Bongo au Gabon. Quand on participe à des élections perdues d’avance ou à des dialogues organisés par le régime qu’on dit vomir, on légitime ce qu’on dit combattre et, donc, on ment au peuple gabonais sur son propre engagement politique au profit du plus grand nombre. Et quand on travaille avec des opposants jurant tous par le nom et l’héritage pourtant maléfiques d’Omar Bongo parce que, justement, hier, ils ont affamé, meurtri et terrorisé les Gabonais en complicité avec les Bongo, on doit comprendre que ce n’est pas en composant avec le bongoïsme qu’on sauvera le Gabon. Le temps de la rupture a sonné et c’est cette rupture radicale qu’il va falloir organiser, loin des émotions, loin des actualités concoctées par les bongoïstes des deux camps pour détourner les Gabonais et les canaliser vers des voies de garage.

Ce temps est terminé.

Je réitère, donc : Je reste fondamentalement opposé aux Bongo. Dès lors, toute participation à des dialogues convoqués par des bongoïstes, qu’ils soient bongoïstes du pouvoir ou bongoïstes de l’opposition, est exclue.

Il faut une troisième voie, et c’est cette voie, cette voie de la jeunesse assoiffée de rupture radicale, qu’il va falloir, désormais, sur la base des leçons apprises au cours de 26 dernières années de surplace politique, préparer, organiser, apprêter, si nous voulons, demain, loin des émotions et de l’improvisation, sauver le Gabon du bongoïsme et des bongoïstes de tous les bords qui continuent à s’organiser pour le prendre en otage.

Fait le 22 novembre 2016 à Montclair, New Jersey, Etats-Unis d’Amérique

Dr. Daniel Mengara
Président, « Bongo Doit Partir-Modwoam »

P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA
Tél. 973-447-9763
Site : http://www.bdpmodwoam.org

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