Le Dr. Daniel Mengara, Leader du mouvement Bongo Doit Partir-Modwoam dans la salle des conférences de l'Eisenhower Executive Office Building à la Maison Blanche lors de la rencontre entre les responsables de la Maison Blanche et les leaders de la diaspora africaine aux Etats-Unis à Washington le 22 février 2016

C’est avec grand intérêt que j’ai lu, sur Facebook, la déclaration de Casimir Oyé Mba, ancien ministre et Premier ministre de la République sous Omar Bongo Ondimba.

Sauf tout le respect que je dois à mon aîné et grand frère Casimir Oyé Mba, il m’échoit de dire, tout de suite, qu’il se trompe d’argumentaire. En militant, dans sa déclaration du 26 mai 2017, pour une approche basée sur le dialogue pour le dialogue, une démarche par laquelle, comme il le dit en citant Baudelaire, le vrai voyageur serait celui qui voyage pour voyager même quand il ne sait pas où il va, il s’enfonce dans une faute à la fois méthodologique et épistémologique similaire à celle qui a conduit certains à participer, à l’aveuglette, au « dialogue inclusif » avorté d’Ali Bongo, c’est-à-dire, sans savoir où ils vont et, donc, sans conditions ni lisibilité préalables.

L’on sait, scientifiquement, que ce type de démarches n’a jamais rien produit de bon ni de durable, et ce, ni au Gabon ni ailleurs, et ce ne sont pas les accords avortés de Paris de 1994, les accords sans lendemain d’Arambo de 2006 et encore moins les dialogues inclusifs improvisés de Ping et Bongo de 2016 et 2017 qui viendront démentir la nature illusoire de dialogues tenus et d’accords conclus dans des contextes où le dictateur au pouvoir se trouverait encore en position de dicter sa volonté. Tous ces dialogues ont, de surcroit, accouché d’énormes souris parce que c’était également des dialogues d’élites politiques qui s’y étaient engagées au nom de la nation sans savoir où elles allaient et sans véritablement y associer le peuple, un peu comme on l’a vu avec une décision de « candidature unique de l’opposition » construite, non pas sur un vote populaire, mais sur une décision d’élites calfeutrées dans des salons de velours à comploter dans le noir l’imposition d’un « candidat unique » au peuple, forçant ainsi le peuple au fait accompli de devoir s’investir derrière un candidat unique de l’opposition choisi pour lui et non pas par lui. Or, ce n’est peut-être pas ce candidat unique que le peuple aurait choisi pour le représenter dans un contexte où le Gabon avait besoin, non pas de chefs politiques, mais de chefs de guerre !

A certains moments, donc, il faut savoir analyser les conséquences dangereuses et, au demeurant, criminelles, de ces accords et dialogues où on va parler pour parler, dialoguer pour dialoguer et, donc, où on va signer des ententes sans lendemain ; il faut savoir se poser la question, peut-être, et par la suite, de savoir s’il n’est pas aujourd’hui, obligatoire, pour une fois, de changer de méthodologie, d’approche et de paradigme.

Ce que Casimir Oyé Mba propose dans sa déclaration du 26 mai 2017, évidemment, dans le contexte politique gabonais, n’est pas nouveau. C’est ce qui est pratiqué au Gabon depuis l’époque de Léon Mba. Au Gabon, on a souvent décrit ces démarches comme du pragmatisme, du réalisme, de la « realpolitik », de la politique « responsable » car, dit-on souvent, la voie de la violence est à exclure parce que nous ne sommes pas nombreux. Mais pour les gens avec le cerveau bien planté dans le crâne, cela s’appelle de l’obscurantisme, un obscurantisme d’ailleurs assez similaire à celui qui a fait que, ayant perdu du temps à aller voir les femmes bouger les fesses dans les villages à vendre l’électoralisme, l’on ait pris des raccourcis politiques qui ont mis les Gabonais devant le fait accompli, donc l’obligation d’aller aux élections simplement parce que les élections étaient là et il fallait y participer ; personne n’a voulu songer à la possibilité de créer les conditions d’un blocage politique préélectoral qui aurait eu pour finalité d’empêcher la tenue d’une élection que tout le monde, pourtant, savait perdue d’avance. C’est le même obscurantisme qui a voulu que, pareillement, des gens s’engouffrent dans la faille d’un « dialogue inclusif » improvisé par les Bongo, tout simplement parce que le dialogue était là et il fallait y participer. Et dans quelques mois, les mêmes s’engouffreront dans le mirage d’élections législatives faites uniquement pour contenter les mangeurs et non pour répondre aux attentes de réforme, de progrès et de bien-être des populations.

Cette vision limitée de la politique, cette manière improvisée de s’engager dans les actes politiques en fonction de l’actualité et de la direction du vent politique est, justement, ce qui tue le Gabon depuis 50 ans. Et c’est ce qui a permis aux Bongo de survivre jusqu’à présent car ils savent que pour éconduire toute action visant à déstabiliser le régime, il suffit de planter dans le décor politique national un événement ou une actualité mettant tout le monde devant le fait accompli de telle ou telle démarche : le régime sait que la majorité des acteurs politiques s’engouffreront toujours comme des moutons paniqués dans cette fissure parce que, pour beaucoup, ne pas s’y engouffrer, curieusement, veut dire la fin du monde. Dans leurs esprits, tout se passe comme si la démarche proposée par le régime était la seule démarche possible pour un Gabon apaisé, comme si tout refus de composer avec le régime signifiait la fin du Gabon. Ils ne songent jamais à ce que, eux, peuvent faire, pour amener le régime à se plier à ce que, eux, veulent lui imposer. Ils ne songent jamais au fait scientifique et, donc, mathématique et universel qui dit que, en réalité, la seule manière de triompher d’une dictature consiste d’abord à l’isoler—donc à refuser toute forme de dialogue—puis ensuite à organiser jusque dans les moindres recoins de sa subsistance une ingouvernabilité absolue qui aurait pour finalité de saper son autorité morale, administrative, policière, économique et, enfin, politique, en vue d’une rupture et, donc, d’une libération nationale qui fussent dignes de ce nom !

C’est dans ce piège de l’apaisement pour l’apaisement, donc de la facilité, que Casimir Oyé Mba vient de tomber, un peu comme y sont tombés ceux qui, participant au dialogue des Bongo, ont vu en ce dialogue, la seule voie vers l’apaisement et le progrès. Le plus surprenant est que Casimir Oyé Mba soit venu proposer une énième démarche d’apaisement alors même que, sous ses propres yeux, il vient de voir l’enfarinage de ceux-là mêmes qui ont cru en la bonne volonté d’Ali Bongo en allant se mêler à un processus dont les résultats, pourtant, étaient connus d’avance. Si, donc, nous ne sommes pas capables de tenir compte des ratés du passé et restons disposés, à chaque fois, à répéter les mêmes erreurs, à réinventer la roue, à réécouter des disques aux sillons déjà ruinés, à reprendre inutilement des chemins de croix déjà parcourus, où se trouve notre intelligence d’hommes et de femmes aguerris aux réalités de la vie par la force de l’expérience ? Où se trouve cette intelligence humaine qui, au contraire des animaux, devrait nous éviter le calvaire de devoir répéter les mêmes choses, les mêmes erreurs, sempiternellement, en espérant, comme des fous, un résultat différent ?

Et c’est quoi cette chose qui voudrait que l’on réduise aujourd’hui le combat de libération nationale des Gabonais à la seule rivalité familiale entre Ping et Bongo alors même que le débat actuel, qui est le même débat pour une démocratisation réelle du Gabon qui dure depuis 50 ans, nous interpelle et nous invite à élargir les aspirations démocratiques des Gabonais, à voir au-delà du contentieux électoral qui oppose Ping à Bongo et, donc, à rechercher une rupture radicale ?

Ceci, évidemment, est l’un des legs mentaux du bongoïsme au Gabon. La seule chose qu’Omar Bongo ait vraiment réussi au Gabon est d’avoir inculqué à tous, ou presque, le virus des solutions faciles, des démarches de facilité : dans ce contexte, tout appel à l’effort ou au sacrifice devient un anathème et ceux qui y enjoignent la nation deviennent des irresponsables. Pour obtenir un boulot, on doit connaître un oncle ou une tante bien placée dans le système car le système ne donne de travail qu’à ceux qui y font allégeance; pour suivre un leader politique, il faut qu’il ait l’argent car le citoyen ne sait pas ce que c’est que cotiser pour financer sa propre lutte politique et éviter à ses leaders de devoir s’allier au régime pour, paradoxalement, trouver l’argent du combat contre ce même régime que l’on veut combattre; pour chasser les Bongo, il faut aller s’agenouiller devant le président français pour quémander la libération du Gabon, et j’en passe. En gros, on évite la confrontation même quand on sait que c’est la seule solution, et on préfère les dialogues au rabais même quand on sait que la solution au problème gabonais ne s’y trouve point. Tant qu’au passage on peut se faire quelques millions de CFAs bongoïsés pour avoir servi de « facilitateur », le reste, c’est-à-dire la misère quinquagénaire des autres Gabonais, on s’en tape.

C’est que, au fond, les hommes politiques gabonais, à l’instar du grand frère Oyé Mba, ont toujours évité de se poser les bonnes questions, ou alors, s’ils se les sont jamais posées un jour, ils ont souvent, paradoxalement, fait le choix de botter en touche et, donc, de s’engager dans le hors-sujet politique.

Le hors-sujet politique, qui est ici synonyme de facilité et d’aventurisme politique, au Gabon, c’est quand on privilégie le dialogue avant même que d’avoir livré bataille, c’est quand on parle d’apaisement alors même qu’il n’y a eu aucune guerre, c’est quand on proclame des crises politiques depuis les salons de velours alors même que celles-ci ne sont visibles nulle part dans les rues du Gabon. C’est d’ailleurs ces appels à résoudre des crises politiques décrétées depuis les salons de velours alors même que ces crises restent invisibles dans les rues du Gabon qui font que la communauté internationale n’ait jamais pris l’opposition gabonaise au sérieux. Notre opposition semble vouloir que la communauté internationale vienne lui donner le pouvoir sur un plateau d’argent, à la façon petit-nègre, sans qu’ils n’aient eu, eux-mêmes, présidents élus et autres feudataires, à engager la lutte insurrectionnelle—je dis bien la lutte insurrectionnelle—qui mène à la libération des peuples par eux-mêmes.

Or, se poser les bonnes questions, c’est en fait, se donner la possibilité d’ériger les bases méthodologiques et épistémologiques idoines, dès lors que ces bases seraient en accord avec la logique des luttes politiques. On ne peut résoudre un problème que si on se pose des questions logiques et cohérentes. Autrement dit, ce que notre aîné Oyé Mba aurait dû se poser comme questions se résume, en réalité, à deux interrogations découlant d’un seul paradigme : que veulent réellement les Gabonais ?

Si, comme il le dit lui-même, les Gabonais ont fait le choix de la rupture en votant massivement Ping et Ali Bongo, toujours selon Oyé Mba lui-même, aura violé ce choix en s’installant sur un trône volé, il est facile de voir que, tout de suite, tout argumentaire visant à l’apaisement par un dialogue qui verrait Ali Bongo confirmé et légitimé dans sa fraude devient un hors-sujet politique. Logiquement, un tel constat, pour les gens avec le cerveau bien planté dans le crâne, ne peut mener qu’à une démarche qui consiste à refuser, puis rejeter ce viol de la volonté du peuple et, donc, à s’organiser et organiser ce peuple pour la reconquête de la souveraineté volée ou confisquée. Ceci ne peut conduire qu’à une insurrection du Peuple en bonne et due forme.

Si, par contre, on reconnaît Ali Bongo comme président, légitime ou illégitime, du Gabon, alors, évidemment, il serait logique, dans ce cas de figure, de dialoguer avec ce président. Mais ceci suppose, automatiquement, que l’on pense que le Gabon est un pays normal avec des institutions normales dans lequel on peut discuter de choses normales en attendant des résultats normaux qui soient conformes à une démocratie normale. Autrement dit, on ne peut pas dire, d’un côté, que le Gabon n’est pas un pays démocratique et, de l’autre, utiliser des méthodes de résolution de crises qui soient réservées à des pays ou contextes démocratiques où les institutions en place sont en mesure de résoudre les crises parce que suffisamment fortes et indépendantes pour servir d’arbitres là où la cacophonie des hommes et des femmes embrouille tout. Faire ce genre de confusion des choses et des genres, c’est s’engager dans un gros hors-sujet politique qui serait l’équivalent d’un médecin offrant des aspirines pour guérir un patient souffrant de l’ébola.

Dès lors, ce qu’on ne doit surtout pas faire, surtout si l’on veut éviter d’embrouiller les populations, c’est dire une chose et son contraire en même temps. On ne peut pas dire que, oui, Ali Bongo a volé le pouvoir et se retourner, bizarrement, pour affirmer que nous devons néanmoins le reconnaître et reconnaître son autorité parce que, soi-disant, c’est lui qui serait au bord de mer. Un tel raisonnement est un raisonnement obscurantiste indigne de gens avec le cerveau bien planté dans le crâne.

J’ai donc envie de dire à mon cher aîné et grand frère Oyé Mba que quand le million de Burkinabés qui sont allés dans les rues de Ouagadougou pour chasser Blaise Compaoré du pouvoir ont, en phase avec les leaders de leurs oppositions, fait le choix de cette démarche insurrectionnelle, Blaise Compaoré était bel et bien installé au palais, oui ou non ? Mais j’ai envie de poursuivre cette question en l’élargissant aux universels, ce qui m’amène à interroger : où notre aîné Oyé Mba a-t-il vu un peuple se rebeller autrement que par le refus de cautionner un dictateur ou un dirigeant déjà installé au pouvoir ? Une rébellion, il me semble, se construit toujours sur le refus du statu quo imposé par ceux qui sont, légitimement ou illégitimement, au pouvoir, non ?

Or, dans le cas du Burkina Faso, il n’y a eu qu’une seule crise et une seule : Celle née du simple fait que Blaise Compaoré avait voulu, en 2014, changer un SEUL article, l’article 37, de la constitution pour pouvoir se représenter aux élections présidentielles de 2015, et ce seul geste, cette SEULE tentative d’insulter son peuple a suffi pour mettre un million de Burkinabés dehors et les lancer dans les rues et deux semaines plus tard, le dictateur était en fuite. Pourtant, les Burkinabés avaient eux aussi le choix entre l’apaisement façon Casimir Oyé Mba ou la confrontation… Où en seraient-ils aujourd’hui, ces pauvres Burkinabés, s’ils avaient eu et écouté des leaders comme Casimir Oyé Mba ?

En d’autres termes, au Gabon, combien de viols ont été perpétrés contre le peuple Gabonais ne fût-ce que depuis août 2016 ? Les attaques à balles réelles contre le peuple dans les rues le 31 août 2016, le forfait de la CENAP contre Ping, le forfait de la Cour constitutionnelle contre les Gabonais, les emprisonnements de Bertrand Zibi et autres, l’attaque contre le siège de Ping, les morts identifiés et non identifiés, l’arrogance affichée d’Ali Bongo après le viol, les actes de naissance falsifiés, et j’en passe : n’étaient-ce pas là des raisons suffisamment graves et inacceptables, des raisons à même de causer l’indignation de l’élite politique nationale et, donc, des raisons à même de l’amener à proclamer et organiser l’insurrection du peuple de manière visible, frontale et sans ambages, sachant que c’était là la seule solution pour se défaire des Bongo et affidés dans un contexte où le peuple était pourtant prêt et disposé à en découdre ?

Comment expliquer que ce soit au moment où Ali Bongo vient à peine d’insulter, une énième fois, les Gabonais avec les conclusions d’un dialogue avorté qui conforte la dictature au Gabon qu’Oyé Mba trouve à sortir de son mutisme pour venir, non pas inciter les Gabonais à la révolte, mais leur demander de reconnaître l’autorité d’Ali Bongo en allant négocier avec lui ?

C’est là que, hélas, se trouve la différence entre nous, Gabonais bongoïsés, et d’autres peuples. Là où la simple tentative de modifier un SEUL article de la constitution en vue de se pérenniser au pouvoir a, ailleurs, mis des peuples dans les rues, au Gabon, les leaders politiques, plutôt que de crier au scandale et organiser la rue, temporisent toujours et appellent au calme, à l’apaisement, à la responsabilité, au dialogue, tuant ainsi systématiquement dans l’œuf toute velléité du peuple gabonais à vouloir conquérir sa liberté par le pouvoir démocratique de la rue.

En appelant à l’apaisement des Gabonais et, donc, à un énième dialogue avec Ali Bongo en ce jour du 26 mai 2017, et ce alors même que ne s’était pas encore dissipée la poussière du dialogue avorté convoqué par Ali Bongo lui-même, un dialogue qui vient, en plus, d’accoucher d’une souris sous le nez et la barbe de Casimir Oyé Mba, ce que Casimir Oyé Mba vient de faire c’est simplement confirmer cette tradition d’opposition bongoïste dite « responsable » qui fait que, là où, ailleurs, on se révolte, au Gabon, les leaders politiques se font systématiquement complices de la continuité du régime des Bongo en décourageant toute velléité de révolte populaire. Avec la fausse apparence de discours cohérent offert aujourd’hui aux Gabonais, Oyé Mba ne sera, en réalité, que le premier d’une longue lignée de feudataires du roi incompétent envoyés en éclaireurs pour venir, déjà, refroidir par anticipation tout esprit de rébellion ou de colère populaire qui aurait pu découler du constat de farce politique qu’Ali Bongo et ses complices viennent de servir aux Gabonais. Et c’est cela que j’appelle semer l’obscurantisme.

Mais cet obscurantisme étant dangereux pour l’avenir du Gabon, les Gabonais ne doivent plus rester silencieux devant ces mascarades par lesquelles l’on s’organise pour, tout simplement, continuer à vendre le Gabon aux Bongo.

L’obscurantisme, c’est quand on veut offrir aux Gabonais une solution qui, en surface, a l’air raisonnable et cohérente, mais qui, au fond, condamne nos peuples à plus de meurtrissures.

L’obscurantisme, c’est quand, prenant pour prétexte les souffrances actuelles des Gabonais, on présente le dialogue comme une solution de paix, alors même que le dialogue proposé contient paradoxalement en lui-même les prémisses de la prolongation des souffrances et de la dictature que l’on dit vouloir écourter en allant dialoguer. La preuve, entre ceux qui ont fait le choix de discuter à Paris en 1994 et ceux qui ont fait le choix de discuter en 2017, c’est bel et bien 23 ans de souffrances additionnelles que les Gabonais ont connues ! Ceux qui avaient voulu discuter en 1994 croyaient, certes, bien faire, mais quand, en 2017, on propose de nouveau les mêmes vieilles démarches qui n’ont jamais marché, les mêmes vieilles logiques pourtant avérées incohérentes aujourd’hui, il y a, quelque part, quelque chose qui ne va pas. Parfois, les peuples n’ont pas d’autre choix que l’insurrection : il faut parfois accepter de souffrir rapidement au travers d’une insurrection si l’on veut, ensuite et ensuite seulement, tirer durablement les dividendes du progrès et du bien-être que l’on recherche.

Certes, Casimir Oyé Mba qui, lui, mange bien dans sa villa du fait des fortunes accumulées sous Bongo le père ne saurait valablement ressentir les interminables souffrances et l’impatience des Gabonais et Gabonaises des mapanes ou du village qui, eux, s’impatientent de devoir encore continuer à cohabiter avec les rats et les cafards pendant que son élite politique fait des accords d’apaisement bongoïste sur son dos ensanglanté par la misère. Ainsi, plutôt que de montrer son indignation devant le fait que la farce politique que les Bongo viennent de faire aux Gabonais va, plus que jamais, sceller dans le marbre la continuité de la dynastie des Bongo au Gabon, plutôt que d’appeler les Gabonais à la révolte, Casimir Oyé Mba fait, curieusement, le choix de la mort du Gabon en faisant croire aux Gabonais qu’il n’y a, pour le Gabon, que la solution de l’apaisement, la solution d’un énième dialogue apaisé avec les Bongo. Il fait ainsi, soigneusement, l’économie de l’autre solution, la seule qui vaille aujourd’hui la peine d’être explorée si nous devons libérer le Gabon de l’hégémonie d’une seule famille, d’un seul clan, c’est-à-dire, la rue.

Je ne cesserai donc jamais de le dire. Au Gabon, il n’y a pas mille solutions. Il y a, bien évidemment, la solution de l’apaisement selon les termes fixés par les bongoïstes tant du pouvoir que de l’opposition. Cette solution, qui est celle d’Oyé Mba et de tous ceux qui embrasseront cette démarche avec lui, est celle du statu quo qui entérine la dynastisation du pouvoir des Bongo Ondimba au Gabon et prolonge inutilement l’agonie des Gabonais. Aucun dialogue avec les Bongo n’ayant jamais, au Gabon, mené à la démocratie ou au bien-être des Gabonais, et rien de bon ne pouvant se passer au Gabon tant que les Bongo sont au pouvoir, il va sans dire qu’opter pour la solution proposée par Oyé Mba, c’est simplement faire le choix de continuer à meurtrir les peuples du Gabon en compagnie des Bongo. C’est l’équivalent de la démarche qui a consisté à aller à des élections perdues d’avance. Le résultat est là.

Pourtant, il y a aussi la solution de l’indignation et de la rupture, celle qui découle de la force démocratique de la rue. Celle-là même qui demeure la seule voie du changement au Gabon, celle d’une libération nationale digne de ce nom qui profitât réellement à tous. Pourquoi Oyé Mba évite-t-il, religieusement, d’en parler ?

Quand donc, dans cette bizarre démarche qui exclut désormais le Peuple, Casimir Oyé Mba appelle Ping et Bongo à s’asseoir pour discuter dans le cadre d’arrangements élitistes, il me semble à moi que, comme à leur habitude, les leaders politiques gabonais ont maintenant à l’esprit l’idée d’une solution de facilité qui va viser, non pas à radicaliser la lutte, mais à retransformer un débat d’envergure nationale en un débat d’élites et de personnes ne devant se résoudre, encore une fois, que dans les arrangements feutrés des salons de velours où se distribueront les millions et les postes de la compromission, assurant ainsi une place au soleil à Jean Ping, à Oyé Mba et à tous les autres « facilitateurs » sans que le peuple ne voie jamais nulle part les dividendes de ces arrangements. On connaît tous ce film.

Et cela fait 50 ans que cela dure.

Oui, il y a eu la conférence nationale non souveraine de 1990, les Accords de Paris en 1994, les Accords d’Arambo en 2006 et le « dialogue inclusif » d’Ali Bongo en 2017. Et après ? On a vu quoi ? Et il faut tout de suite que, maintenant, sans indignation aucune, sans révolte aucune, sans rupture aucune, sans radicalisation aucune devant les égarement et les provocations du régime, l’on s’engouffre et engouffre les Gabonais dans un nouveau dialogue improvisé entre Ping et Bongo dont les résultats sont, pourtant, tout aussi prévisibles ? Qui ignore que ce qu’on nous prépare là, c’est simplement, maintenant, des arrangements de partage du pouvoir avec les Bongo qui laisseront le Gabonais lambda toujours aux prises, dans ses mapanes et ses matitis, avec ses moustiques, ses rats et ses maladies pendant que les autres mangent et se disputent les postes comme des lions en cage les morceaux de viande qu’on leur jette ?

Non, Monsieur Oyé Mba. Un humain qui se respecte a toujours deux choix: Il peut choisir la soumission avec son lot d’abdications, de résignations, de renoncements, de trahisons et de compromissions, ou faire le choix de se battre, de résister, jusqu’au bout, quel que soit le temps que la lutte prendrait. C’est un mensonge que de faire croire aux Gabonais qu’il ne leur reste que l’option de la compromission, de l’abdication, de la soumission.

Au Gabon, nous avons véritablement besoin d’un choc mental.

Nous ne sommes pas des animaux.

Les Gabonais doivent rejeter la démarche proposée par Casimir Oyé Mba.

Fait le 26 mai 2017 à Montclair, New Jersey, Etats-Unis d’Amérique

Dr. Daniel Mengara
Président, « Bongo Doit Partir-Modwoam »

P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA
Tél. : (+1) 973-447-9763

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