Au Gabon, les acteurs politiques changent, mais les méthodes demeurent les mêmes. Les chantres du faux et de l’obscurantisme lèvent de nouveau, comme des serpents, leurs hideuses têtes.

Quels types d’humains sommes-nous, donc, au Gabon? Il me semblait pourtant que ce qui distinguait l’humain de l’animal c’est la capacité à tenir compte du passé pour féconder le présent, et ainsi informer l’avenir? Pourquoi ne faisons-nous pas, au Gabon, ce qui est attendu de tous les peuples qui se respectent?

Mon Dieu !

Dans la jungle politique qu’est devenu notre pays après 50 ans de bongoïsme débridé, on se comporte, générations après générations, comme si l’histoire était un éternel recommencement, comme si le passé ne comptait pas, comme si l’histoire de notre pays devait toujours, à chaque étape, se résumer au cadre fermé de l’actualité ambiante, à l’immédiateté de l’ici et du maintenant, à ces tares de l’obscurantisme qui caractérisent plus la pensée animale que les vertus humaines supposées faire de l’expérience un jeu de paliers que chaque génération se doit de gravir aux fins d’assurer, ultimement, le progrès et, dans ce cas précis, la libération nationale. Chez nous, ni le passé ni l’expérience vécue ne semblent fournir de leçons suffisamment fortes pour détourner les esprits illusionnés, et parfois malveillants, de ces éternels recommencements, de ces tournis en rond, qui condamnent toute une nation au sur-place politique.

Il en va ainsi des propositions de dialogues et de médiations que d’aucuns, sortis d’on ne sait quels comas politiques, proposent depuis quelques mois aux Gabonais comme des nouveautés, comme s’il n’y avait jamais eu de dialogues politiques au Gabon, comme s’il n’y avait jamais eu de médiations politiques au Gabon, comme s’il n’y avait jamais eu de « crises politiques » au Gabon avant 2016-2017.

Pourtant :

La politique n’est pas compliquée. Dès lors que l’on saurait en mathématiser les principes, la politique et les faits politiques peuvent devenir hautement cohérents et prédictibles. Mais il faut, pour cela, associer les expériences passées aux contextes actuels.

Il n’est pas cohérent, par exemple, de présenter la médiation comme une panacée sans, au préalable, avoir défini clairement l’objectif recherché. Autrement dit, si c’est la rupture d’avec le système Bongo qu’on recherche, c’est-à-dire son écroulement immédiat, toute proposition de médiation devient, automatiquement, une imposture, un hors-sujet politique insoutenable. Et dans ce cas, la médiation ou toute autre forme de dialogue ou de négociation ne peut que supposer un processus du donner et du recevoir, du donnant-donnant, qui mène, inéluctablement, à un compromis de partage du pouvoir. Répétons : Le résultat mathématiquement prévisible de la médiation n’est pas et ne sera jamais, surtout dans le cas spécifique du Gabon, le départ d’Ali Bongo du pouvoir, mais, plutôt, la reconnaissance pure et simple de sa légitimité dans le cadre d’un honteux partage du pouvoir. Ceci parce que les données sont faussées d’avance et, dans le cas d’espèce, c’est l’opposition qui demande la médiation à genoux. En théorie des jeux, celui qui demande la médiation à genoux est celui qui se reconnaît perdant et la seule manière de préserver quelque chose, dans ce cas, est de se rabaisser à un compromis qui reconnaît la suprématie de l’adversaire. Vouloir déguiser une négociation avec le régime sous l’apparat d’une médiation internationale qui viendrait miraculeusement donner le pouvoir à Jean Ping un an ou deux après le forfait d’août 2016 est non seulement une hérésie, mais réellement aussi une véritable arnaque politique.

Pourtant :

Qu’est-ce qui est vraiment compliqué dans tout ça ? Si l’on veut négocier, que l’on ait le courage pure et simple de dire avec sincérité aux Gabonais que l’on veut négocier. Il s’agit alors tout simplement de s’écarter des faux semblants et de donner des raisons sincères comme celles qu’on entend parfois, et qui consistent à dire simplement que l’on n’est pas prêt à engager le Gabon dans des voies de violences, que l’on est pas prêt à risquer des vies de Gabonais au nom de la rupture, que, pour sauvegarder la paix, on préfère négocier avec Ali Bongo. Aussi choquante qu’une telle position pourrait être, il y a pas mal de Gabonais qui apprécieraient une telle sincérité et cela permettrait de clarifier l’opinion de ceux qui sont prêts à se rallier ouvertement aux Bongo pour éviter la violence au Gabon. On appelle cela assumer ouvertement sa position.

Ce qui est inacceptable, cependant, c’est qu’on veuille présenter cette médiation internationale que l’on quémande comme des mendiants comme quelque chose qui pourrait mener la communauté internationale à donner le pouvoir à Jean Ping, simplement parce que Jean Ping aura été pleurnicher en Europe alors que, sur le terrain, il n’aura rien fait pour changer le rapport de force en défendant frontalement, et dans la rue, le vote des Gabonais qui a fait de lui le « président élu » qu’il dit être. C’est comme si on voulait faire prendre aux Gabonais leurs vessies pour des lanternes. Au Gabon, on a vu trop de ces stratagèmes politiques et, à un moment, cela commence à faire lourd.

Pourtant :

Il y a une équation mathématique simple à poser pour comprendre la situation actuelle au Gabon, que d’aucuns qualifient de « crise politique inédite » alors qu’en réalité, ce type de « crises » est pratiqué comme un sport national au Gabon depuis 27 ans, et à chaque étape, on a abouti au résultat de permettre une reconsolidation du régime des Bongo. Cette équation, qui résout de manière simple la question des dialogues et des médiations, se décline comme suit :

1) Quand une opposition est en position de faiblesse comme elle l’est en ce moment au Gabon, le rapport de force est à l’avantage du régime en place. Tout processus de dialogue, de négociation ou de médiation engagé dans un tel contexte amène automatiquement à la légitimation du pouvoir en place et, donc, à sa reconsolidation.

2) Quand une opposition est en position de force, comme on l’a vu au Burkina Faso par exemple, le rapport de force est à l’avantage de l’opposition qui est, alors, en mesure de dicter sa loi. Tout processus de dialogue, de négociation ou de médiation engagé dans un tel contexte amène automatiquement à la victoire de l’opposition et, quand les choses sont bien faites, à la possibilité pour l’opposition d’accéder au pouvoir par l’évincement du régime en place.

3) Mais pour que les rapports de force changent ou s’inversent d’une manière qui puisse mettre le régime en place en position de faiblesse, l’opposition doit créer les conditions d’une ingouvernabilité à même de faire perdre à ce régime le contrôle des quatre leviers qui permettent la subsistance de tout régime de dictature, à savoir les leviers politique, administratif, policier et médiatique. Autrement dit, le pouvoir en place ne tombe que quand le régime qui le soutient perd le contrôle qu’il exerce sur l’expression politique (évincement du parti-Etat et ascension de la société civile, des syndicats et des partis politiques de l’opposition), la structure administrative (perte de contrôle des institutions républicaines), la police et les corps armés (perte de la capacité de répression militaro-policière) et les médias d’Etat (perte de contrôle de la propagande politique). La communauté internationale n’intervient généralement comme cinquième levier, en soutien à l’opposition, qu’une fois que les rapports de force sont inversés.

4) Un simple test théorique montre que l’opposition gabonaise n’a même pas encore commencé à égratigner les quatre leviers ci-dessus d’une manière qui ait pu suffisamment affaiblir le régime des Bongo. Certes, tout ce qui se passe en ce moment—marches dans la diaspora, grèves sectorielles, scandales, etc.—est de nature à agacer le régime, mais un régime ne tombe pas parce qu’il est agacé, tout comme un éléphant ne meurt pas parce que des mouches l’agacent. Un régime tombe quand il perd le contrôle des leviers qui assurent son maintien au pouvoir. Mais on peut aussi voir comment ces éléments d’agacement peuvent rapidement être noyés par le régime : les grèves cessent généralement au Gabon une fois que les revendications sectorielles sont satisfaites, rendant ainsi les actions syndicales inutiles parce que, au Gabon, ces actions demeurent généralement non politisées. La diaspora est elle aussi facilement défaite par la corruption de ses éléments les plus stridents, un peu comme on l’a vu avec la récente ruée vers le dialogue de la honte des Bongo ou, à l’époque, avec le ralliement du porte-parole parisien de Pierre Mamboundou, un certain Jean-Félix Mouloungui, devenu ministre d’Ali Bongo par la suite.

5) La conséquence mathématique de ce qui précède est que, sans perte de contrôle du régime sur ces quatre leviers, il n’y a pas possibilité de créer une situation d’ingouvernabilité au Gabon, et sans ingouvernabilité, la chute du régime des Bongo n’est pas possible.

6) Or, l’ingouvernabilité, c’est-à-dire le type de situation qui fait perdre le contrôle du pays à un régime, ne peut provenir que d’une situation d’insurrection populaire. En langage clair, ceci veut dire que si Ping et ses partisans veulent le pouvoir, ils doivent passer par l’insurrection populaire, qui est la seule voie et le passage obligé non seulement d’accès au pouvoir par Ping, mais aussi pour une libération nationale digne de ce nom. Et pour qu’une médiation internationale ait tout son sens, il faut qu’elle vienne suite à une situation insurrectionnelle qui aura, au préalable, changé le rapport de force sur le terrain. Les occidentaux et autres médiateurs internationaux vont toujours dans le sens de celui qui a la situation en mains. Si le pays est ingouvernable par l’action de Jean Ping, la communauté internationale donnera le pouvoir à Ping. Mais si le pays est calme et Ali Bongo bien assis sur les institutions républicaines, la médiation n’aboutira à rien et Ali Bongo finira son mandat. Ping est donc condamné à aller dans le sens de l’insurrection s’il veut le pouvoir. Toute autre prétention d’accès au pouvoir, par des moyens tels les médiations ou autres moyens négociés, sans insurrection, est une utopie.

Ceci veut dire aussi que la médiation, qui ne peut se confondre avec l’insurrection, est la totale antithèse de la libération nationale que veulent les Gabonais. La médiation, qu’elle soit nationale ou internationale, entérine forcément le statu quo si elle n’est pas précédée d’une insurrection à même de changer le rapport de force sur le terrain. Et quand on la demande à genoux sans avoir combattu au préalable, elle permet, non pas la rupture, mais la continuité du système Bongo.

Dire, donc, que la médiation est la meilleure solution pour le Gabon constituerait une supercherie politique si, dans la même foulée, on la présente comme une solution de rupture et de prise de pouvoir dans un contexte où l’opposition se sait en position de faiblesse et, de surcroit, n’a même pas encore commencé à sortir le moindre douk-douk ou jeter la moindre pierre insurrectionnelle en vue de commencer le processus d’inversion du rapport de force. Les chantres des propositions de médiations se font ainsi, consciemment ou inconsciemment, les promoteurs du statu quo bongoïste qui ronge le pays depuis 50 ans. Les Gabonais doivent rejeter ces mensonges car, en fin de compte, toutes ces contorsions politiques ne sont que des manipulations.

L’on peut, évidemment, pardonner à certains novices politiques—surtout ceux dont les oppositions ne datent que de 2009 ou après—ces égarements dus à une cécité mémorielle, donc, historique, imputable à leur inexpérience, donc méconnaissance de la chaîne des faits d’opposition inaugurés par le MORENA depuis 1981. On ne peut, cependant, montrer la même magnanimité envers ceux qui, forts, au moins, de l’expérience politique de 27 ans que le Gabon traverse depuis la Conférence Nationale de 1990, se font aujourd’hui les chantres du faux et des illusions.

La médiation vantée depuis quelques mois comme une panacée est, à mes yeux, un hors-sujet politique au même titre que le fut la démarche électoraliste qui a conduit aux grincements de dents actuels. Et c’est là qu’a toujours été le mal gabonais : à chaque étape, nous avons toujours cédé à la facilité des hors-sujets politiques. Là où il a fallu opposer à la dictature des Bongo des chefs de guerre, on a substitué des chefs politiques, oubliant que le Gabon était bel et bien dans contexte de guerre qui demandait des chefs de guerre, et non pas dans contexte politique normal où l’on fait de la politique normale avec des chefs politiques normaux. Là où il fallait à la nation se battre pour les idées, et comprendre l’impératif du sacrifice collectif dans le cadre d’une lutte insurrectionnelle obligatoire, on a inféodé les combats aux humeurs d’hommes forts qu’on a oints de faits miraculeux et derrière lesquels on s’est fanatisé, au mépris des idées. Il suffisait alors que lesdits hommes forts alignent, et l’argent et les carnets d’adresses, pour que chacun se dédouane de sa responsabilité citoyenne et se réfugie dans la facilité des solutions faciles. On a ainsi substitué à l’obligation d’insurrection le miracle de Jésus-Christ. La libération devait, à partir de ce moment, tomber du ciel. Or, dès lors que les hommes sont faillibles, les combats qui dépendent des hommes échouent automatiquement, systématiquement et mathématiquement. On a ainsi oublié, au Gabon, que seules les idées subsistent là où les hommes meurent ou faiblissent. Les combats les plus durables sont, au final, les combats au sein desquels les idées, et non pas les hommes, triomphent. Et rendre le combat de toute une nation dépendant d’un seul homme, donc de sa fortune personnelle et de ses carnets d’adresses, vouait le combat des Gabonais à un échec inéluctable. Devenu fanatisé à l’extrême, on ne s’est même pas arrêté un instant pour se poser la question de savoir ce qui se passerait si cet homme—dont la fortune personnelle était la seule chose qui permettait le combat—mourrait ou décidait de ne plus avancer dans le sens voulu par tous…

Comment alors comprendre, par ailleurs, que l’insurrection s’étant affirmée, depuis la nuit des temps humains, comme la seule manière de se défaire d’une dictature, l’on trouve encore chez nous au Gabon, après 27 ans de tâtonnements politiques inconséquents, des chantres de la méditation s’activant à détourner les Gabonais de cette voie, de cette résistance pourtant obligatoire pour tous les peuples se voulant débarrassés de leurs bourreaux ?

Et alors même qu’aucune des conditions ayant, de par le passé, déjoué les espoirs d’un renouveau politique au Gabon n’a changé—le système Bongo qui a trahi tous les dialogues et volé toutes les élections est toujours en place, intact—voilà que les marchands de tapis magiques se déploient, une énième fois, pour vanter, comme d’autres avant eux au cours des 27 dernières années, les vertus de dialogues et de médiations avortés d’avance qui ne cachent, en réalité, que de vraies fuites en avant et des abandons de combats, dont les finalités ne peuvent que conforter le régime en place, vu qu’il est facile de prédire que ces médiations ne pourront finir que par des arrangements de partage du pouvoir, dont le prix le plus important, pour l’opposition participatrice, sera la reconnaissance, obligatoire, de la légitimité d’Ali Bongo !?!

Autrement dit, quand on propose à toute une nation des méthodes de « sortie de crise » déjà éprouvées par l’histoire et l’expérience, comme si c’était nouveau, comme si cela n’avait jamais été essayé auparavant, on vend des illusions, et quand on vend le faux, on se transforme en faussaire politique, donc en vendeur d’illusions semant, auprès des populations, un obscurantisme ne visant qu’un seul but : préserver le système en place.

Pourtant :

Il existe bel et bien dans l’histoire politique du Gabon, des leçons, des expériences, des faits de société, voire des meurtrissures, à même de renseigner les esprits les plus abâtardis sur l’obligation qui est faite à tous de tenir compte du passé pour éviter de retomber dans les pièges et les travers que l’expérience de ceux qui nous ont précédés dans la lutte nous enseigne, ce qui, par la suite, nous permet de faire écho aux adages tant affirmés par la pratique humaine, dont celui qui dit que quand on a été une fois mordu par le serpent, non seulement on s’en méfie, mais on se méfie aussi de tous les serpents et de tout ce qui peut ressembler à un serpent.

Pourtant :

Il existe bel et bien aussi des leçons à tirer de l’expérience politique d’un pays où il n’y a plus qu’à cocher, sur le mur de cette expérience, les éléments qui, au cours des 27 dernières années, ont été essayés, pour arriver à la conclusion de ce qui reste à essayer, c’est-à-dire identifier ce qui n’a jamais été essayé, et qu’il faut implémenter au plus vite, pour débarrasser le Gabon des Bongo et du bongoïsme qui empoisonnent encore, jusqu’au sein des rangs de l’opposition, tout un Peuple.

Qu’avons nous, donc, déjà essayé, comme théories politiques, au Gabon?

Explorons, mathématiquement, cette question.

LES ÉLECTIONS ET L’ÉLECTORALISME :

L’électoralisme, donc la théorie électoraliste façon Gabon, consiste à se mentir à soi-même et, ensuite, au peuple gabonais, en se disant que l’on peut changer le système Bongo et arriver à l’alternance par la simple et seule force démocratique des urnes. Rien que sur la base des élections présidentielles de 1993, 1998, 2005, 2009 et 2016, nous pouvons conclure à la futilité d’une telle théorie. Ici, nous savons confirmé l’adage selon lequel les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. La théorie électoraliste qui a souvent amené les Gabonais à croire qu’ils pouvaient changer leur pays par les urnes fera que ces Gabonais seront bien obligés, après la débâcle de 2016, de se rendre à l’évidence que participer indéfiniment à des élections dans un système fait pour ne permettre aucune alternance ne sert strictement à rien si l’objectif est de se défaire du régime qui bloque ainsi le pays. Et si, donc, l’élection, qui symbolise la force démocratique des urnes, ne sert à rien, la leçon que 1993, 1998, 2005, 2009 et 2016 nous enseignent est que sans, au préalable, avoir défait le système en place par le biais d’un processus insurrectionnel, ce n’est pas par des élections organisées et contrôlées unilatéralement par le système Bongo que l’opposition accèdera au pouvoir au Gabon. Dès lors, la seule manière de se défaire de ce régime consiste à opposer au dictat des Bongo la force démocratique de la rue. S’il existe encore des Gabonais au Gabon aujourd’hui croyant en la possibilité de passer par des élections comme seul procédé pour imposer la volonté du Peuple, c’est que, au final, nous ne valons pas mieux que nos chiens. Encore que le chien, lui au moins, a appris à se méfier du pied de son maître quand ce dernier, attablé, impose à son cabot une distance lui permettant de jouir tranquillement de sa pitance.

LES HOMMES DU SYSTÈME :

On a souvent dit aux Gabonais qu’il n’ y a que des hommes sortis du système qui peuvent défaire ce système. Pourtant, que d’hommes du système sortis depuis la démission tonitruante de Zacharie Myboto en 2005, que d’anciens pédégistes parachutés au sein de l’opposition depuis 2009, et pas des moindres ! André Mba Obame, qui s’était dit lui-même architecte du système et qui avait dit faire confiance à la Cour Constitutionnelle du Gabon pour dire le droit, s’est fait battre par son propre système. Jean Ping en est la dernière victime et le résultat est toujours là, inchangé : l’opposition est sempiternellement réduite et condamnée au ridicule satisfécit de « présidents élus » incapables d’accéder au pouvoir.

L’ARGENT ET LES CARNETS D’ADRESSES :

André Mba Obame, en 2009, avait vanté sa fortune et ses carnets d’adresses. C’est d’ailleurs ce qui lui avait valu d’être choisi nuitamment par son « camp » comme candidat d’une coalition de leaders principalement fangs. Ce n’est pas pour cela qu’il s’est retrouvé au pouvoir. En 2016, Jean Ping avait vanté les mêmes critères et une autre coalition de leaders décida nuitamment de l’adouber pour ces mêmes raisons. Cela l’a conduit, non pas au pouvoir, mais à la « présidence élue ». N’y a-t-il pas, devant cette réalité, obligation de changer de paradigme en reconnaissant, déjà, que ce n’est ni l’argent ni les carnets d’adresses qui donnent le pouvoir, mais bel et bien le peuple dès lors que l’on sait comment travailler avec son peuple pour accéder au pouvoir ? Même le peuple le plus belliqueux au monde restera à la maison si on lui dit de simplement aller voter et de laisser les carnets d’adresses parler. Quand on vend la facilité au peuple, pourquoi alors s’attendre à ce que ce peuple descende dans les rues alors que, dans le même temps, on lui dit que les carnets d’adresses vont parler et faire tout le travail ? C’est ce que j’appelle souvent le hors-sujet politique qui mène au dialogue de sourds entre le peuple gabonais et ses leaders. Et même quand la réalité politique commence à se faire douloureuse, on voit les mêmes continuer le même manège : au lieu d’éduquer le peuple à la réalité que sans son engagement direct dans les rues du Gabon, la libération ne viendra pas, on continue à l’abrutir avec des histoires de tournées et de médiations internationales qui, hélas, continuent à entretenir le peuple dans la facilité et les illusions de combats gagnés sans bataille, de pouvoir gagnés sans insurrection.

LES DIALOGUES ET LES MÉDIATIONS :

Qu’y a-t-il de plus sacré, de plus beau, dans un pays, qu’un rassemblement de concitoyens amenés à négocier, de manière patriotique et sincère, le consensus d’une nouvelle République adoubée par le plus grand nombre ? Pourtant, malgré le suprême consensus que fut la Conférence Nationale de 1990, les Bongo et leur système ne manquèrent aucune occasion de défaire les acquis de ce grand rassemblement national. 27 ans plus tard, la Conférence Nationale n’est plus qu’un douloureux souvenir tellement le Gabon d’aujourd’hui a fait mentir la force des accords signés ou négociés avec les Bongo entre 1990 et 2017. Qu’auraient alors pu peser les avortons d’accords que furent, par la suite, les Accords de Paris (1994), les Accords d’Arambo (2006) et les Accords d’Angondjé (2017) quand, sacrilège suprême, les Bongo n’ont jamais montré le moindre désir de respecter, déjà, les accords plus sacrés sortis de la Conférence Nationale dans les années 1990-1991 sous la forme d’une constitution agréée, pourtant, par tous ? Sur quoi, donc, repose la théorie des dialogues et des médiations qui, aujourd’hui, comme un serpent, dresse de nouveau sa hideuse tête pour vendre aux Gabonais une énième illusion d’alternance politique par le dialogue, la tolérance et la paix ? Dès lors que la médiation ne peut, qu’on le veuille ou pas, aboutir qu’à des arrangements de partage du pouvoir et, donc, de légitimation et de reconnaissance du pouvoir en place, pourquoi vouloir, faussement, vendre de tels arrangements comme des choses pouvant mener à l’alternance et ce dans un contexte où aucune bataille visant à imposer la volonté du Peuple n’a été, réellement, menée ? N’est-il pas mieux de négocier quand on est en position de force et non de faiblesse ? Quand une opposition, plutôt que de pousser le régime en place à demander la médiation, se retrouve plutôt, elle-même, à supplier le régime en place de s’engager dans un dialogue de sortie de crise, ne doit-on pas y voir une fin de combat, un désir d’aller manger et se partager le Gabon, et ce au moment même où le Peuple attend la rupture et la fin tant promise du régime des Bongo ?

Pourtant :

Une simple autopsie des ententes ayant résulté des accords précédents nous montre ceci :

1990-1993 :

La Conférence Nationale de 1990, cadre suprême d’un consensus national inédit dans notre pays, accouche d’une nouvelle Constitution en 1991. Cette constitution est supposée faire du Gabon une République démocratique digne de ce nom. En 1993, l’élection présidentielle donne pourtant un résultat inattendu. On découvre alors que, en fait, les Gabonais, par naïveté, n’avaient pas songé à également entériner la rupture d’avec le système Bongo qui s’imposait comme démarche concomitante et obligatoire. Ayant failli à cette tâche, et à cause de cet oubli, la nation se réveilla au lendemain de l’élection présidentielle de 1993 avec un arrière-goût amer qui conduisit à deux enseignements majeurs : tant que le système Bongo serait intact et toujours en place, les accords signés avec ce régime n’auraient aucune valeur et tout accord signé alors que le régime en place tenait encore toutes les cartes politiques (parti-Etat), administratives (mainmise sur toutes les institutions de la République), militaires (capacité de répression policière) et médiatiques (monopole de la propagande politique) ne pouvait que mener à un éternel recommencement. Le résultat ultime et concret de ce « dialogue national » que fut la Conférence Nationale de 1990 fut donc, en réalité, une reconsolidation du pouvoir des Bongo sur le Gabon. Omar Bongo, avec ses 51%, « battit » Paul Mba Abessolo. Le « président élu » que devint alors Paul Mba Abessole eut beau protester, il était trop tard. Quand on participe sans conditions à des élections perdues d’avance parce qu’organisées et contrôlées depuis l’isoloir jusqu’à la proclamation par le régime dictatorial en place, espérer un autre résultat relève soit de la naïveté la plus béate, soit de la maladie mentale.

Autrement dit: Le modèle de « sortie de crise » que la Conférence Nationale avait permis de tester est celui d’une entente consensuelle résultant d’un dialogue national gentil-gentil entre « frères Gabonais »: cela n’a pas marché. Même devant la nation tout entière, les Bongo ont montré qu’ils étaient prêts à tricher, toujours et toujours.

1994-1998 :

Le constat qui précède fut de nouveau mis à l’épreuve en 1994 au moment où il avait fallu résoudre la « crise » d’un an qui avait, de décembre 1993 à septembre 1994, enlisé le pays dans l’immobilisme, crise qui se posait ainsi, quasiment, en copie presque conforme de la « crise pingouine » actuelle (suivez mon regard). Les « Accords de Paris » de septembre 1994, qui engagèrent toute la classe politique nationale de l’époque dans un contexte, en plus, de crise économique, furent présentées à la nation comme la solution miracle qui allait, enfin, entériner la démocratie au Gabon. Mais, en 1998, on déchanta vite. L’élection présidentielle de 1998 fut exactement comme celle 1993. Les Accords de Paris n’avaient, au final, constitué qu’une sorte de traitement superficiel de la plaie politique gabonaise. On avait mis les sparadraps et les bandes sur la plaie, mais on avait oublié les antibiotiques. La plaie ne pouvait donc que s’infecter davantage. Et parce qu’on n’avait pas négocié le démantèlement radical du système Bongo, les mêmes causes ne pouvaient que mener, une nouvelle fois, aux mêmes effets. Omar Bongo, avec ses 66,55% « battit » Pierre Mamboundou. Les déclarations de victoire du « président élu » que devint Mamboundou à cette occasion ne suffirent jamais à le rétablir dans « ses droits ».

Autrement dit: Le modèle de « sortie de crise » que les Accords de Paris avaient permis de tester fut celui d’une « médiation internationale » : Cela n’a pas marché.

2005-2009 :

Bis repetita. Une énième « crise politique » demanda résolution en 2006. Omar Bongo venait de nouveau, avec ses 79% des suffrages (il fit même mieux qu’en 1998) de « l’emporter » devant Pierre Mamboundou suite aux élections présidentielles de 2005. Et, comme d’habitude, l’on posa sur l’électrophone national le remix du dialogue et des médiations. Et voilà le pays plongé dans les fameux « Accords d’Arambo » de 2006. Résultat ? Eh bien, en 2009, le Gabon a hérité d’Ali Bongo. Le disque des dialogues et médiations était désormais trop rayé, trop usagé pour donner des résultats autres que ceux qui confirmaient, tout simplement, ad vitam aeternam, grâce aux naïves participations de l’opposition, la légitimité des Bongo. C’est ainsi que l’opposition, de crise en crise, a légitimé le pouvoir des Bongo au Gabon.

Autrement dit: Ce qui distinguait ces Accords d’Arambo des précédents est qu’ils nous offraient un troisième modèle de « sortie de crise » : la négociation directe entre deux camps personnalisés et reconnus comme les protagonistes directs de la crise, c’est-à-dire le camps d’Omar Bongo d’une part et le camp de Pierre Mamboundou d’autre part. C’est que, contrairement aux élections de 1993 et de 1998, Pierre Mamboundou était, en 2005, pratiquement, le candidat unique de l’opposition. La seule autre candidature notable à l’époque fut celle de Zacharie Myboto alors fraîchement parachuté dans l’opposition. Mais Myboto ne représentait encore rien face à un Pierre Mamboudou qui se retrouvait ainsi quasiment seul devant Bongo, et sans candidats fangs pour lui faire de l’ombre. Ceci ne suffit pourtant pas à porter Mamboundou au pouvoir et les Accords d’Arambo, qui furent des négociations directes entre Omar Bongo et Pierre Mamboundou, un peu comme on les voit se dessiner en 2017 entre Ali Bongo et Jean Ping, n’empêchèrent pas Ali Bongo de succéder à son père en 2009 devant ce même Pierre Mamboundou. Le renfort d’André Mba Obame ne suffit pas à changer l’équation. Mba Obame dût se contenter du statut de « président élu » jusqu’à sa mort.

2016-2017 :

Les « Accords d’Angondjé » de 2017 : Faut-il même en parler ? Nés de la « crise » ayant vu Ali Bongo, une fois de plus, s’imposer, frauduleusement, devant Jean Ping en août 2016, ces accords de bongoïstes, auxquels Jean Ping n’a pas pris part, n’ont fait qu’entériner le confinement, selon la musique bien orchestrée du système Bongo, du candidat malheureux au statut bien ingrat de « président élu », en conformité avec la longue lignée de « présidents élus » qui ont traditionnellement émaillé les « succès » électoraux de l’opposition gabonaise depuis 1993.

Autrement dit : Le modèle de « sortie de crise » testé ici dans le cadre du dialogue d’Angondjé est celui qui, partant de l’initiative personnelle du régime lui-même, a proposé une décrispation en vue de la réconciliation nationale. Le résultat est connu. Zéro. Pire, Ali Bongo a confirmé son désir de « mourir au pouvoir », comme son père. Ceci montrait, comme je l’avais aussi dit dès 1998, que rien de bon n’arriverait au Gabon tant qu’un Bongo sera au pouvoir, et que le Gabon ne changera pas par la bonne volonté des Bongo.

Donc :

« PRÉSIDENTS ÉLUS » :

Que de « présidents élus »! 1993, 1998, 2005, 2009, 2016. Les « succès » de l’opposition se sont limités à des proclamations de « présidences élues ». Mais aucun opposant gabonais n’a jamais accédé au pouvoir. Résultat : zéro. Alors, plutôt que de vendre aux Gabonais un projet de prise de pouvoir, qui ne peut éviter une démarche insurrectionnelle, on veut, de nouveau, leur vendre la médiation. Pour quel résultat ?

CANDIDATURES UNIQUES :

Que de candidatures uniques ! 2005, 2016. Candidats uniques. Rien.

Autrement dit, qu’on le veuille ou pas, Pierre Mamboundou fut bel et bien « candidat unique » de l’opposition en 2005. Il fut même, en réalité, en meilleure situation de « candidature unique » que Jean Ping en 2016 puisque dans l’opposition, il n’y eut véritablement que lui et Zacharie Myboto pour s’opposer à Omar Bongo en 2005. Il fut pourtant « battu » à « plate couture » puisqu’Omar Bongo s’octroya un faramineux score de 79% qui laissa le candidat unique Mamboundou dans la poussière alors même que l’opposition n’avait aucun candidat fang pour l’encombrer. En 2016, le « candidat unique » Jean Ping semble avoir subi le même sort que Pierre Mamboundou : c’est dans le désert ingrat de la communauté internationale que l’on clame désormais une « présidence élue » devenue hautement hypothétique un an après le forfait.

Autrement dit : la théorie de la candidature unique a, elle aussi, montré ses limites. Que nous diront les chantres de cette idée demain ? Quand on avait une multitude de candidats, l’opposition gagnait techniquement, mais beaucoup ont attribué, paradoxalement, le fait de ne pas accéder au pouvoir à la multitude de candidatures, ce qui était, déjà, un argument incohérent. Et quand, comme en 2005 et 2016, on se retrouve encore dans l’incapacité d’accéder au pouvoir alors que l’on a un candidat unique, à quoi faut-il attribuer cet échec ? Et se retrouvera-t-on demain, avec des Gabonais gobant encore ces fausses théories traduisant, plutôt, la fuite en avant des uns et des autres ? L’unité de l’opposition est, certes, bonne, mais quand c’est une unité basée sur des critères artificiellement politiques, des critères qui sont des critères de circonstance et non des critères idéologiques construits sur des convictions fermes et durables, c’est l’échec assuré.

PAS DE CANDIDATS FANGS

Il paraît que les Fangs sont « trop maudits et mal aimés des Français pour accéder au pouvoir ». On a donc fait campagne en 2016 avec l’idée que seul un « non fang » pouvait gagner parce que les Français, eux, n’aiment que les « non fangs ».

Pourtant :

En 2005, il n’y avait aucun candidat fang. Cela avait donné quoi ? Rien. Mais on a fait semblant d’oublier cet épisode Mamboundou de 2005. Et, du coup, cela n’a pas empêché les tenants de la théorie selon laquelle il ne fallait pas présenter de candidats fangs en 2016 de faire campagne autour du « Tout Sauf les Fangs » (TSF)—soit disant parce qu’une malédiction fang empêcherait à chaque fois l’opposition d’accéder au pouvoir, soit disant parce que les Français ne seraient pas prêts à accepter un président fang au Gabon. Comment alors expliquer que ce « candidat unique », qui fut « non fang », ait, lui aussi, mordu la poussière ?

Non pas que qui que ce soit au Gabon ait jamais douté de la probable victoire de Jean Ping en 2016. Si l’on part du point de vue, comme je l’affirme depuis 1998, que même un chien gagnerait face aux Bongo si l’élection était transparente, il s’ensuit automatiquement que gagner contre les Bongo dans les urnes n’a jamais été le problème au Gabon : Mba Abessolo peut tout autant que Jean Ping affirmer qu’il fut élu en 1993 et que, dès lors qu’il fut le premier à être « président élu », le pouvoir doit lui revenir.

Faire donc une fixation maladive sur la « présidence élue » de Jean Ping éloigne les Gabonais, en réalité, des vrais enjeux et du vrai combat, combat qui ne doit pas se nouer autour du cou d’une seule personne, mais s’élargir au fait que ce que les Gabonais cherchent, avant tout, c’est la rupture d’avec le système Bongo. Et vouloir la rupture ce n’est pas se focaliser sur des « présidences élues » issues d’un système frauduleux. Vouloir la rupture c’est chercher la chute du régime pour engager le pays dans une transition visant à organiser de nouvelles élections dignes de ce nom suite à des réformes en profondeur. Autrement dit, que dirait Jean Ping si les partisans de Paul Mba Abessolo se levaient demain pour dire que tout ce qui vient après Mba Abessolo ne peut nullifier sa victoire de 1993 et que, sur cette base, Ping doit remettre le pouvoir à Paul Mba Abessolo si le régime chute ? C’est ce que la focalisation sur les « présidents élus » peut donner comme effet pervers car cela éloigne des vrais enjeux. Les vrais enjeux nous disent, plutôt, qu’il y a, au Gabon, une grosse différence entre gagner les élections dans les urnes comme l’ont fait Paul Mba Abessolo (1993), Pierre Mamboundou (1998 ; 2005), André Mba Obame (2009) et Jean Ping (2016)—ce qui n’est pas en soit un exploit—et accéder au pouvoir après s’être proclamé « président élu ». Or, c’est dans l’accès au pouvoir que se trouve la vraie problématique. Et c’est à cette problématique que l’opposition doit répondre.

EN GUISE DE RÉSUMÉ :

Que nous ont, donc, au final, valu toutes ces fausses théories ? Voyez vous-mêmes :

1990-1991 : Consensus national sous forme de Conférence Nationale, mais on oublie de démanteler le régime des Bongo. Résultat : Les Bongo sont toujours là.

1993-1994 : Médiation internationale menée en terre française, mais on oublie, encore une fois, de démanteler le régime des Bongo. Pis, on leur laisse le contrôle de toutes les institutions politiques, administratives, militaires et médiatiques. Résultat de ces « Accords de Paris » : Rien. Les Bongo sont toujours là. Seul gain pour l’opposition : Le franc électoral qui, par la suite, continua à disloquer puis prostituer politiquement l’opposition gabonaise.

2005-2006 : « Accords d’Arambo » ? Rien. On oublie, comme d’habitude, de poser les vrais problèmes, d’imposer les vraies démarches. Résultat : Les Bongo sont toujours là.

Que de salades politiques, donc. Que d’illusions infâmes vendues, aux Gabonais, que l’on continue à prendre pour des bourricots !

Quels types d’humains sommes-nous, donc, nous, Gabonais, Mon Dieu !? Quelle race d’humains sommes-nous à ne pas savoir tenir compte du passé, à toujours nous atteler à recycler de vieilles théories, de vieilles démarches, pour les revendre comme une insulte à un peuple que l’on continue ainsi à prendre pour des idiots, un peuple pourtant déjà si durement éprouvé par 27 années d’illusions politiques, pis, 27 années de hors-sujets politiques où on lui a vendu l’électoralisme et les négociations et médiations comme solutions politiques alors que le pays, pourtant en situation de « guerre » depuis 1967, demandait non seulement des solutions de « guerre », mais aussi et surtout des « chefs de guerre » pour conduire cette lutte et la mener à finalité ?

Si, donc, l’expérience nous a appris que ni les élections (1993, 1998, 2005, 2009, 2016), ni l’absence de candidats fangs (2005), ni les négociations et accords nationaux et internationaux de « résolutions de crises » électoralistes (Paris 1994, Arambo 2006, Angondjé 2017), ni les « hommes du système » et leur pognon (Mba Obame, Ping et tous les autres Oyé Mba, Myboto, Ngoulakia, Ndemezoo, Ntoutoume Emane, Eyegue Ndong, Nzouba Ndama, etc.), ni les « candidatures uniques » (Mamboundou 2005, Ping 2016), ni les déclarations de « présidents élus » (Mba Abessolo 1993, Mamboundou 1998, Mamboundou 2005, Mamboundou et Mba Obame 2009, Jean Ping 2016) faites depuis les salons de velours n’ont suffi à défaire le Gabon du régime des Bongo, que reste-t-il donc comme solution ?

La sagesse humaine voudrait, après une telle question, après un tel bilan, que l’on se concentre, mathématiquement, sur la seule chose qui n’ait vraiment jamais été essayée au Gabon, c’est-à-dire la force démocratique de la rue.

Certes, il y a souvent eu des soubresauts insurrectionnels, des soubresauts de rue, dans l’histoire politique du Gabon. Mais la rue, telle que je l’entends, ce ne sont pas ces soulèvements spontanés du Peuple qui, sans mots d’ordre précis, sans démarches organisées et préparées—et souvent avec des résistants abandonnés à eux-mêmes—s’étiolent rapidement et systématiquement après deux ou trois jours. La rue, c’est une approche insurrectionnelle systématiquement organisée et préparée, et donc déployée à l’heure et au jour que l’on décide soi-même, avec l’objectif spécifique de mener à la chute immédiate du régime des Bongo. Dans ce modèle, on n’attend pas d’événements déclencheurs. On les crée soi-même. On les fomente.

Or, cette approche-là, qui commande de d’abord frontalement et vigoureusement mener à la chute du dictateur (DESTITUTION), ce qui, naturellement et automatiquement, amène à une transition politique dans le cadre d’une Assemblée Constituante chargée d’imaginer le Gabon nouveau auquel les Gabonais aspirent (TRANSITION), avec comme résultat final l’organisation d’élections dignes de ce nom (ELECTIONS). C’est cela, la Troisième Voie, c’est cela la DTE. Autrement dit, l’idéologie de la Troisième Voie, telle que je l’ai imaginée, et dont la DTE constitue le modus operandi, et le slogan « Bongo Doit Partir » le cri de guerre, est forcément confrontationnelle, donc forcément insurrectionnelle. Elle ne s’accommode pas des déformations que l’on lui prête ici et là dans des tentatives de récupération idéologiques telles que constatées récemment, elle ne s’accommode pas non plus des démarches de dialogues et de médiations au rabais par lesquelles on négocie à genoux avec un pouvoir alors que l’on est en position de faiblesse.

En gros, on est revenu aujourd’hui au point de départ.

Répétons-le donc: Pousser les Bongo à la sortie ne se fera ni sur la base des satisfécits basés sur des « présidences élues » qui n’amèneront à aucune prise de pouvoir ni sur la base de dialogues et médiations demandés à genoux et ressemblant plus à des appels du pied pour un partage du pouvoir qu’à une attitude de résistance. S’adonner au jeu de la médiation c’est, en fin de compte, consolider le système de fraude des Bongo, ramenant ainsi, de nouveau, les Gabonais, au point zéro du combat, au lieu de construire de nouveaux paliers de résistance pour un combat qui a besoin de perdurer dans la confrontation et dans la continuité pour réussir.

En ce sens, pousser les Bongo à la sortie par la confrontation directe reste et restera toujours la seule méthodologie viable, et la seule manière d’y arriver est de préparer, puis organiser, une insurrection du Peuple. Le Burkina a donné le modèle d’un peuple sans armes défaisant « pacifiquement » une dictature militaire en moins de 10 jours. Cela est possible au Gabon également, pourvu qu’une telle démarche soit organisée et préparée, et non plus improvisée et enlisée dans le dialogue de sourds actuel, où le peuple attend des mots d’ordre qui ne viennent jamais et les leaders attendent des insurrections spontanées du Peuple qui leur donneraient le pouvoir sur un plateau d’argent sans qu’ils n’aient eu à assumer la responsabilité directe de ces insurrections.

POUR FINIR:

La leçon, pour nous Gabonais, est donc là : Aucune dictature ne s’est écroulée d’elle-même ou par sa seule bonne volonté. Les dictatures ne tombent que parce que poussées à la chute et, donc, combattues avec abnégation, et elles ne négocient leurs sorties que quand elles sont en position de faiblesse et, donc, acculées à l’obligation de négocier une voie de sortie. Ce n’est pas encore le cas de la dictature des Bongo au Gabon. Il faut encore travailler assidument à une stratégie d’ingouvernabilité devant résulter d’une action insurrectionnelle mûrement préparée, organisée, puis déployée. On aura beau vouloir contourner cette vérité, on n’y arrivera pas. La libération du Gabon, qu’on le veuille ou pas, passera par la force démocratique de la rue.

Et pour y arriver, il ne faut plus négocier avec le régime, il ne faut pas entrer dans des médiations avec le régime. Il faut, plutôt, isoler ce régime, il faut plutôt PRÉPARER et ORGANISER, à l’encontre de ce régime, une confrontation radicale devant mener à une ingouvernabilité totale du pays qui soit à même, de par les méthodes DTE propres à la Troisième Voie révolutionnaire que nous affirmerons encore ici comme incontournables, de le plier à la volonté de nos peuples.

Il faut aussi, pour cela, arrêter de suivre les marchands d’illusions qui reviennent à l’assaut des consciences avec des propositions de « sorties de crise » qui ne manqueront pas de donner aux Bongo un nouveau chèque en blanc, un nouveau souffle qui, hélas, condamnera notre pays à subir Ali Bongo pendant 20 ans encore.

Il y a aussi lieu de se défaire des amalgames idéologiques et partisans que l’on constate ces derniers temps dans le camp de ceux qui se disent de l’opposition, notamment chez ceux se réclamant Camistes, RNSistes, Moukagnistes ou Pingouins. On voit, dans ces camps, des tiraillements basés sur le fait, plutôt bizarre, que tel ou tel ait été le premier à inviter les Gabonais à dialoguer ou à s’engager dans la médiation internationale, et dès lors que d’autres s’engageraient dans cette voie après eux, on crie victoire tout simplement parce tel ou tel leader aurait dit en premier qu’il fallait négocier, ce qui lui donnerait raison.

Ce sont là, hélas, des raisonnements obscurantistes qui font perdre de vue les vrais enjeux du combat. En d’autres termes, si l’idée de s’engager dans un dialogue ou une médiation—internationale ou nationale—avec les Bongo est une mauvaise idée, il importe très peu que tel ou tel l’ait avancée en premier. Le fait de l’avoir dit en premier n’en fait pas, automatiquement, une bonne idée. Une mauvaise idée reste une mauvaise idée quelle que soit la personne qui l’aura dite en premier et quand on a une conscience aiguisée du combat politique, l’on ne soutient pas une idée qui est mauvaise même quand c’est son leader qui l’émet.

L’idée d’une médiation demandée à genoux par l’opposition est, tout simplement, nocive pour la résistance, notamment si on comprend la résistance comme un processus qui précède Jean Ping et, donc, ne dépend pas de lui. Le fait d’être anti-Ping ne justifie donc pas que l’on soutienne une mauvaise idée qui ferait la part belle au régime des Bongo, tout simplement parce qu’on n’aime pas Ping. On peut très bien, quand on se bat pour la fin des Bongo, ne pas aimer Ping et refuser de l’accompagner dans sa voie sans issues, mais l’on doit pouvoir, néanmoins, se positionner dans une « Troisième Voie » par laquelle on continuerait à s’opposer aux Bongo et à toutes les formes de dialogues ou de médiations que d’aucuns pourraient être amenés à proposer. La Troisième Voie, c’est la capacité de trouver une autre manière de résister et de rechercher la chute immédiate du régime des Bongo sans se prostituer ni au camp Bongo ni au camp Ping. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’on n’aime pas Ping qu’on doit se prostituer aux Bongo ou se jeter dans des activités menant à la légitimation de son pouvoir. Ceci veut dire qu’on peut faire le choix de continuer autrement la résistance face aux Bongo, surtout si l’on comprend qu’il existait une opposition au Gabon avant Ping et que l’opposition contre les Bongo continuera à exister après Ping, c’est-à-dire tant qu’un Bongo sera au pouvoir. Dans le cas d’espèce, l’idée d’une médiation avec les Bongo ne devrait trouver aucune faveur auprès de gens se réclamant de la DTE/Troisième Voie. Cette idéologie est une idéologie insurrectionnelle de rupture et non pas une idéologie de compromissions.

Et il faut surtout se rappeler que, même sans vraiment forcer, le peu de multipartisme dont le Gabon jouit aujourd’hui n’a été possible que parce que la rue, même dans les moments de naïveté que nous avons traversés en 1990, avait forcé les Bongo à accepter le principe de la Conférence Nationale. Et les Bongo n’ont jamais rien cédé au Gabon qui ne leur ait été arraché d’une manière ou d’une autre.

La rue reste et restera donc toujours la seule solution si le but des Gabonais est, vraiment, de se débarrasser, une bonne fois pour toutes, des Bongo et de leur régime. Et ce n’est pas parce que des marchands d’illusions auront décrété la médiation que les Gabonais, comme des moutons, doivent, de nouveau, et une fois de trop, se laisser entraîner dans ces voies de garage pacificatrices négociées sans combat et, donc, perdues d’avance. La libération du Gabon ne viendra pas par ces médiations de bas étages quémandées à genoux par une opposition incapable d’enclencher un bras de fer insurrectionnel avec le régime, une opposition toujours prête à s’engouffrer dans des solutions de facilité qui cachent mal leur langue de bois, et les abandons annoncés de combats.

Donc :

La rue.

Mais la rue ne peut plus s’improviser au Gabon. Nous devons désormais la préparer, l’organiser, avec l’objectif spécifique d’en finir. Une bonne fois pour toutes.

C’est à ce combat de la rue que j’invite désormais les Gabonais à se préparer, loin des improvisations de ces dernières 27 années.

Je ferai une annonce importante dans ce sens au lendemain du 27 août 2017.

Vive la DTE. Vive la Troisième Voie.

Dr. Daniel Mengara
Président, Bongo Doit Partir-Modwoam

PO Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA

Tél. : 973-447-9763

3 Commentaires

  1. Encore une réaction prolixe. Que nous propose concrètement Daniel Mengara pour faire respecter le choix souverain du peuple gabonais exprimé en 2016? Pourquoi s’est il complait de l’inconstitutionel Ali Bongo sans réagir depuis 2009? Qui ne dit rien consent. Propose nous ta méthode Pacifique de récupérer le pouvoir usurpé par Alain Bongo d’abord en 2009 à la victoire d’André Mba Obame, puis celle de Jean Ping en 2016 C’EST TOUT. BWETE.

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