Dr. Daniel Mengara, président du mouvement "Bongo Doit Partir-Modwoam"

L’une des vertus cardinales et bénéfiques du droit, non seulement en tant que contrat social résultant du consensus national dans les pays dits de droit et de démocratie, mais aussi en tant que cadre organisant et encadrant les comportements humains, est qu’il permet une mathématisation des causes et des effets, rendant ainsi possibles, par ses codifications, les correspondances directes qui doivent exister entre le crime et la punition, correspondances sans lesquelles la loi tomberait automatiquement dans les tréfonds les plus insondables de l’arbitraire. C’est ce qui permet d’éviter les dérapages dus à ce qu’on appelle en jargon populaire, le « deux poids, deux mesures ».

C’est que, se voulant hautement mathématique, la loi a besoin, pour qu’elle garde tout son sens, que les causes et les effets s’achalandent selon des principes bien huilés, de telle sorte qu’un juge, les yeux fermés (ne dit-on pas de la justice qu’elle est aveugle), puisse toujours escompter, pour le même type de crime, rendre le même type de jugement, le même type de verdict.

Autrement dit, quand la punition est en décalage avec le crime qu’une énonciation particulière du droit était supposé punir, on tombe pieds et mains liés dans le domaine des arbitraires que le législateur souhaitait éviter, une justice digne de ce nom ne pouvant se permettre de juger au faciès ou selon les humeurs du juge des crimes que la loi avait déjà pourtant codifiés dans le but, précisément, de lui éviter des maux de crâne dignes d’un casse-tête chinois dans le rendu de ses injonctions.

Et quand la loi, se fondant sur les arbitraires d’un droit à géométrie(s) variable(s), se met à distribuer dans le désordre le plus total des punitions ne correspondant plus aux crimes que les lois en vigueur étaient censées punir, nous tombons bel et bien, automatiquement, dans le domaine de l’abus de pouvoir, qui est, en lui-même, un crime contre le citoyen. L’Etat, dans un tel contexte, ne peut plus se réclamer de droit.

Il en va ainsi de la situation bizarre que nous vivons actuellement au Gabon, où la loi semble s’être affolée et, dans sa danse folle, la loi, au Gabon, semble avoir, littéralement, perdu les pédales.

Mathématisons :

Le régime a accusé Jean Ping d’avoir commis un crime. Ce crime, c’est ce que le régime décrit comme son appel à l’insurrection. Bien.

Sauf que, un expert du droit aurait du mal à considérer l’appel de Jean Ping comme un appel à l’insurrection vu que Jean Ping n’a pas appelé à des actes extraconstitutionnels, je dis bien et je le répète, Jean Ping n’a pas appelé à des « ACTES EXTRACONSTITUTIONNELS ». Si j’ai bien lu et compris son discours, il avait préfacé son appel par un besoin, pour ses militants, de ne s’engager que dans des « manifestations civiques » qui devaient, donc, selon des mots pourtant bien choisis, demeurer « conformes au droit, à la libre expression, à la liberté de manifester et aux droits fondamentaux prescrits par la Constitution ».

Autrement dit, un expert du droit aurait du mal, après avoir étudié le discours de Jean Ping, à le considérer comme un appel à l’insurrection, l’insurrection étant, en principe, une démarche conforme aux principes de la désobéissance civile qui, elle, est un processus extraconstitutionnel par lequel le Peuple déclare caduques les lois qui oppriment et compriment ses libertés et, donc, décide de ne plus y obéir. Une fois engagé dans une telle démarche, plus aucun interdit ne prévaut pour un peuple en état d’insurrection. Ainsi, là où le dictateur dirait, « au nom de la loi, et des articles X et Y, du code pénal de la République bananière du Gabon, je vous interdis de marcher ou même de sortir de vos matitis », un peuple en insurrection répondrait, « Mani, mais tu n’as pas entendu ? Nous sommes en insurrection, y a plus de lois en Bananie, gueh ».

Or, Jean Ping, dans son discours, n’a pas dit au peuple de dire à Ali Bongo, ou à « Claudio Billie Bi Nza’aa ? », ou à Lamberto Matha-dor que, « oh, mais Mani, tu n’as pas entendu ? Nous sommes en insurrection, y a plus de lois oh, on fait seulement mai’nan comme on fait, mani. La Bananie, c’est comme ça oh ».

Car Jean Ping sait très bien que le mot « insurrection » et le mot « constitution » ne vont pas ensemble sous une dictature. Le premier n’est possible que s’il nie le dernier et, donc, se décide à opérer en dehors et non en dedans.

Mais, Ok, d’accord. Admettons. C’est un crime. Mais comment se fait-il que, ayant proclamé le crime, personne ne semble encore avoir mis Jean Ping au gnouf pour le punir du crime qu’on dit qu’il a commis ? Bizarre, non ?

Ok, admettons encore, pour le simplet plaisir de l’exercice mental, que cet appel de Jean Ping appelant les Gabonais au respect de la constitution et des lois soit un crime qui justifierait, dans cet univers fantasmagorique des Bongo auquel on nous a habitué pendant 50 ans, le qualificatif de crime, et que sur la base de ce crime, Ali Bongo ait décidé, en guise de punition, d’emprisonner Jean Ping en liberté au Gabon en l’empêchant, lui et son armée de terroristes, de sortir du pays, quel est le crime que, dans ce cas, Albert Ondo Ossa a commis, lui, pour se voir infligé le même traitement et la même punition que Jean Ping ?

Je répète, en français plus simple : Si nous admettons que l’appel de Jean Ping est un crime lui valant l’interdiction de sortie du territoire en compagnie saccadée de ses compères de la Nouvelle république, où se trouve l’appel qu’Ondo Ossa, lui, a lancé, pour mériter, au regard de la loi, la même punition pour terroristes qui a été servie à Jean Ping ?

A ce que je sache, Ondo Ossa n’a lancé aucun appel ni à une insurrection intraconstitutionnelle, ni à une insurrection extraconstitutionnelle.

A ce que je sache, on ne permet même pas à Ondo Ossa d’aller aboyer sur aucune des télés ou radios bongoïstes confisquées au Gabon par le clan pour qu’il puisse aller y dire, « messieurs, votre élection fut une honte, reprenez-là ».

A ce que je sache, Ondo Ossa n’a même couché ni avec Sylvia Bongo, ni avec Pascaline Bongo, sachant très bien ce que nous savons au Gabon, que les Bongo ont tendance à tuer de façon mystérieuse en France les amants de leurs épouses (Pierre Péan nous en a dit quelque chose). Et le Professeur Ondo Ossa n’a certainement jamais été connu pour des tendances suicidaires.

A ce que je sache, Ondo Ossa était en train de simplement aller faire fonctionner son cerveau dans des affaires purement intellectuelles quelque part là-bas au Cameroun, où il n’y a aucun Gabonais à aller haranguer ou à appeler aux soulèvements intraconstitutionnels ou extracondtitutionnels. Il y allait uniquement rencontrer des conférenciers assoiffés des savoirs que seul sait distribuer cet éminent intello que tous savent être une fierté nationale.

En ce qui concerne Jean Ping, et tous les autres d’ailleurs, c’est soit c’est un crime, soit ce n’est pas un crime. La justice ne marche pas avec des à-peu-près. Quand c’est un crime, on porte plainte contre le criminel et on le poursuit en justice. L’interdiction de sortie du territoire, que l’on ne peut comprendre que comme une sentence après reconnaissance de culpabilité, ne peut s’appliquer avant procès ou sans qu’il n’y ait eu mesure conservatoire dûment motivée et notifiée par les voies légales, après comparution devant un juge. On ne condamne pas à une interdiction de sortie du territoire national par voie de presse, sans comparution devant un juge.

Et pour une même punition, la loi commande qu’il y ait, mathématiquement, le même crime. Quand la loi prononce une sentence ne correspondant plus au crime prévu par la loi, il n’y a plus d’Etat ; il y a, plutôt, la jungle.

Peut-être faudra-t-il finalement qu’un jour, nous entrions tous dans la jungle ? On dit que, dans la jungle, il y a des sauvages qui parlent un langage de sauvages. Entre sauvages, pas besoin de traduction, ni de lois.

Dr. Daniel Mengara
Président, Bongo Doit Partir-Modwoam

P.O. Box 3216 TCB
West Orange, New Jersey 07052, USA

Tél. (+1) 973-447-9763

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