Classement des pays riches d’Afrique : Le paradoxe gabonais

Classé deuxième pays le plus riche du continent africain par le Black Economic Empowement (BEE), avec une croissance annuelle du PIB de l’ordre de 0,30%, la position du Gabon fait débat à Libreville.

L’afflux de devises qui caractérisait le Gabon jadis n’est plus qu’un lointain souvenir. Pays les moins avancés (PMA) de la tranche supérieure, le Gabon traverse une zone de turbulence économique consécutive à la crise pétrolière. Bien que ces cinq dernières années, le secteur a représenté 80% des exportations, 45% du PIB et 60% des recettes budgétaires, cette contribution a été ralentie par la crise qui sévit dans le secteur depuis 2014. Conséquences : depuis 2015, la croissance connait un repli. A 3,9% lors de l’alerte de la crise, celle-ci est projetée à seulement 2% en 2018, malgré une stabilisation de la situation des cours du pétrole à l’international.

La situation budgétaire du pays n’a pas été épargnée par cette vague de contingences et depuis, le Gabon fait face à son premier déficit public depuis 1998. Pourtant, ce recul des indicateurs de stabilité économique n’impacte pas l’image du Gabon. Bien au contraire, classé deuxième pays le plus riche du continent par le Black Economic Empowement (BEE) avec une croissance annuelle du PIB de l’ordre de 0,30%, le Gabon fait encore rêver. Les statistiques du BEE montrent une économie encore en puissance avec un PIB pays évalué à 14,62 milliards de dollars, un PIB par habitant de 1562,41 dollars.

« Le Gabon a la particularité d’être un pays où le PIB par habitant est l’un des plus élevés en Afrique, alors que son IDH est l’un des plus faibles… », souligne le rapport de BEE. Soulignons que les indicateurs, en dépit du fait qu’ils décrivent la réalité, constituent également le malheur du Gabon. En effet, alors que nombreux pays se battent pour dynamiser leur économie avec des réelles politiques de diversification et de développement, le Gabon lui dort sur ses lauriers.

Mal gouvernance et corruption à la manœuvre

Depuis 1973, le Gabon jouit d’un confort financier qui a aguiché les appétits des dirigeants qui se sont rempli les poches par le truchement des malversations financières, détournements et placement des fonds à l’étranger sans jamais être inquiétés. Dans un récent rapport, Transparency international confirme cet état de chose en montrant l’aggravation de la situation de la corruption au Gabon. De la cinquantaine de pays du continent, le Gabon occupe la 24e place en 2017 dans le classement de l’organisme de lutte contre la corruption dans le monde, avec un score de 32 points soit, une perte de 16 points. A l’international, le pays ne jouit pas moins d’une position enviable.

Au fil du temps, les pratiques de corruption se sont diversifiées et pour l’ancien président de la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite, Dieudonné Odounga Awassi, « il est temps de criminaliser d’autres faits liés à la prévarication des finances publiques ». C’est dire combien le fléau est ancré dans les habitudes des dirigeants. On comprend aisément que la mal gouvernance et la corruption sont deux fléaux qui ont entravé une réelle prospérité du Gabon et son développement absolu. La criminalité financière a atteint son apogée sous le regard indifférent des dirigeants de jadis. Fêtes tournantes, écoles, routes et autres projets de développements, les fonds consacrés ont été détournés par des individus souvent proches du pouvoir.

En 2017, après un mutisme complice, la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCIE) sort son premier rapport et dévoile un cas de détournement des fonds grave. Sur une période de six ans, entre 2006 et 2012, selon son rapport, environ 2700 milliards de francs CFA ont été détourné au Gabon. C’est dire que malgré sa position de pays riche, les avoirs gabonais n’ont jamais servi au bien-être de la population très souvent lésée.

Mesures d’austérité, une preuve supplémentaire ?

A la lecture du classement de BEE, le Gabon devance en richesses financières, l’Algérie, la Lybie, l’Afrique du Sud, l’Egypte ou encore la Tunisie, des pays au niveau de développement urbain acceptable malgré la présence des inégalités quasi similaire au notre. La position du Gabon semble être un leurre masquant la situation des finances publiques insoutenable durablement. Les mesures de restrictions budgétaires prises récemment pour réduire le train de vie de l’Etat confortent sans nul doute la position de faiblesse financière du pays et remet peut-être en cause le rapport de BEE. Comme nombre de ses voisins, notamment le Rwanda, où, l’économie connaît une bouffée d’oxygène, le pays cherche à se restructurer et penser l’avenir sans pétrole. Pour cela, une stratégie de diversification de l’économie a été mise en place, mais ses fruits sont toujours attendus.

Michaël Moukouangui Moukala

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