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Lutte contre la corruption : Le bouclier troué de Nkoghe Bekale

Si des voix s’élèvent pour dénoncer «l’excès de zèle» de la justice dans sa croisade contre la corruption, d’autres se multiplient pour que les autorités ne relâchent pas la bride. Pour le Premier ministre, tout dépositaire de l’État a le devoir de rendre compte.

Depuis deux semaines, le Gabon vit au rythme d’une opération que certains nomment “opération Mamba 2” et d’autres “opérations Scorpion”. Un coup de filet censé épingler plusieurs responsables de l’administration publique et parapublique, coupables de corruption et détournement de derniers publics. Tous ceux qui ont été interpellés pour le moment font partie du premier cercle des proches de l’ex-directeur de cabinet d’Ali Bongo, Brice Laccruche Alihanga (BLA).

Si certains perçoivent cette croisade contre la corruption comme une chasse aux sorcières, le Premier ministre Julien Nkoghe Bekale ne l’entend pas de cette oreille. «Encore une fois, la vague d’interpellations en cours n’est ni une chasse aux sorcières ni un règlement de compte», a-t-il posté sur son compte Twitter. «Tout dépositaire de l’autorité de l’État peut être entendu dès qu’il y a soupçon de malversation ou de mauvaise gestion», a-t-il affirmé.

Pointé du doigt par certaines indiscrétions qui assurent qu’il aurait lui aussi détourné de l’argent lors de son passage au ministère des Mines, Julien Nkoghe Bekale se dit prêt à répondre devant les juridictions compétentes, aux questions qui pourraient lui être posées. Déjà en juin dernier, il reconnaissait que «la corruption est un mal qui nuit gravement au développement de nos pays». «Le gouvernement sanctionnera sans états d’âme ceux qui s’écarteront des principes de bonne gouvernance», avait-il affirmé, 5 mois avant cette croisade contre la corruption.

Si les enquêtes se poursuivent, les interpellations se succèdent, c’est tout à fait normal, car pour le Premier ministre «la lutte contre l’impunité n’a ni agenda ni calendrier». Une conviction censée rassurer ceux qui souhaitent l’indépendance des autorités judiciaires afin d’enquêter convenablement pour punir ces «délinquants économiques» qui suscitent d’ailleurs la colère d’une bonne partie de l’opinion, au regard des révélations des enquêtes préliminaires. «La peine de mort doit revenir au Gabon pour sévèrement punir tous ces criminels», souhaitent certains, choqués par exemple par les 85 milliards dilapidées en 2 ans à la Goc.

Des peines de 50 à 90 ans sont-elles envisageables ?

Jusqu’où ira la justice pour dissuader ceux qui gèrent les deniers de l’État ? Serait-il possible d’envisager des peines dissuasives de 50 à 90 ans, voir plus, comme le font les Américains ? Pourrait-on confisquer tous les biens de ceux qui seront dûment condamnés par la justice comme certains pays européens le font dans le cadre par exemple des biens mal acquis ? Sans un arsenal juridique approprié et hautement dissuasif, détournements et corruption établiront leur empire au cœur du système administratif et juridico-politique. Car ceux qui sont aux arrêts aujourd’hui n’ont fait que réinitialiser un process qui a permis à beaucoup d’inscrire leurs noms sur la liste de «milliardaires en herbe» sans actifs.

Ils sont peut-être victimes de l’insolente dimension de trous forés dans les caisses de l’État, mais tous sont coupables. Il serait donc illusoire de penser que la déclaration du patrimoine serait réellement une mesure préventive pour endiguer ce phénomène, comme l’assure Julien Nkoghe Bekale. Au regard de l’ampleur des affaires en cours, la déclaration du patrimoine s’apparente simplement à une motte de terre tentant d’endiguer les flots d’un fleuve en crue. Le Premier ministre serait bien inspiré de trouver un meilleur bouclier.

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