L’ancien directeur de cabinet du chef de l’Etat Ali Bongo a été interpellé mardi 3 décembre, au lendemain d’un remaniement qui a acté son éviction du gouvernement.

Il était perçu, depuis l’accident vasculaire cérébral (AVC) du président Ali Bongo Ondimba, comme l’homme le plus puissant du Gabon. Mais il a été arrêté un an après, cible d’une vaste opération anticorruption. Au sommet du pouvoir, le Franco-Gabonais Brice Laccruche Alihanga, ancien directeur de cabinet de la présidence, semble s’être brûlé les ailes.

Sa fulgurante ascension politique a été stoppée net début novembre quand, à la surprise générale, M. Laccruche, 39 ans, a été limogé du poste de directeur de cabinet du chef de l’Etat, qu’il occupait depuis plus de deux ans. Sa révocation a marqué le coup d’envoi d’une vague d’interpellations touchant plus de vingt de ses proches pour des faits présumés de détournements de fonds publics. M. Laccruche a finalement été interpellé mardi 3 décembre, au lendemain d’un remaniement qui a acté son éviction du gouvernement où il occupait encore la tête d’un ministère sans pouvoir.

Qui est vraiment Brice Laccruche Alihanga ? Teint pâle et cheveux bruns rejetés en arrière, il se présente comme un « enfant métis », fils d’une Française et d’un ingénieur du Haut-Ogooué (sud-est), quand la rumeur locale et une partie de l’opposition lui dénient toute origine africaine. Selon sa biographie, il a suivi toute sa scolarité à Libreville, avant d’entrer dans le privé. Il s’engage en politique relativement tard, devenant l’un des responsables les plus actifs de la jeunesse soutenant Ali Bongo lors de la présidentielle de 2016. Un scrutin controversé, remporté finalement par son candidat.

Plusieurs caciques du régime sont évincés

Remarqué à cette occasion par la famille Bongo, Brice Laccruche est nommé par le chef de l’Etat, un an plus tard, en août 2017, chef de cabinet de la présidence. Le poste devient crucial en octobre 2018 : le président, au pouvoir depuis dix ans après avoir succédé à son père Omar Bongo, resté quarante-deux années à la tête du Gabon, est alors considérablement affaibli par un accident vasculaire cérébral et disparaît de longs mois, en convalescence au Maroc puis s’affichant en public à de très rares occasions.

En quelques mois, M. Laccruche place ses proches à des postes clefs au sein du gouvernement au gré de nombreux remaniements, des administrations publiques, et jusqu’à la tête des services de sécurité. Plusieurs caciques du régime sont évincés. « Les autorités administratives, politiques, les membres du gouvernement se sont couchés devant lui », affirme à l’AFP un ami de longue date de M. Laccruche, sous le couvert de l’anonymat. « On a vu des ministres qui faisaient des courbettes, d’autres qui se faisaient rabrouer en public », dit-il. Au même moment, l’opposition dénonce sa mainmise sur le pouvoir, assurant que M. Bongo n’est plus aux commandes.

A l’été 2019, M. Laccruche se lance dans une tonitruante « tournée républicaine » dans tout le pays, présenté comme le « messager intime » de M. Bongo. Loin du rôle d’un chef de cabinet. Il harangue les foules, pose en costume local, instruments traditionnels à la main. Lors d’un meeting début octobre à Libreville, debout sur la scène, il pointe du doigt des ministres, assis en silence, et tonne : « Celui qui déconne, il sera sèchement écarté. Et à ceux qui ne sont pas contents, on leur dira : celui qui boude, il bouge. »

« Quelqu’un de pressé »

Une partie de la presse se déchaîne alors contre lui et lui prête toutes les ambitions. Lui n’a jamais caché sa fascination pour le pouvoir. Dans un essai publié quelques semaines avant la présidentielle de 2016, il égrène la liste de ses modèles : Napoléon, Nicolas Sarkozy et Barack Obama… Il en profite pour répondre à ceux qui voient sa montée en puissance comme une preuve de l’influence de l’ancienne puissance coloniale, la France, dans la vie politique gabonaise. « Aux yeux de certains, j’étais et je reste encore le “white”, “l’étranger” », écrit-il. Mais il affirme avec passion : « J’ai choisi le Gabon. »

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Il n’y a pas si longtemps, en 2013, il dirigeait la branche gabonaise de la BGFI Bank, un groupe bancaire d’Afrique centrale, avant d’en être remercié et entendu comme témoin dans une affaire de malversations. « Une histoire abracadabrante » dans laquelle il a été « très rapidement innocenté », affirme-t-il dans un ouvrage.
M. Laccruche n’a pas convaincu l’opposition, notamment Jean Ping, candidat malheureux à la présidentielle de 2016. Mi-octobre, ce dernier estime qu’« un repris de justice » a profité de l’AVC du président et qu’un « Etat mafieux et prédateur a pris les commandes ». « Professionnellement, il a toujours été très investi, c’est quelqu’un de très brillant, de très intelligent », déclare à l’AFP son ami qui lâche : « Sa grande faiblesse, dans tout son parcours, c’est d’avoir toujours été quelqu’un de pressé, dans les affaires comme en politique. »

Le Monde avec AFP

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