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DEMONETISATION DE LA GAMME DE CFA 92: Qui de la Bceao ou des Etats doit 76 milliards ?

Des populations de l’espace Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (Uemoa) attendent encore la reprise de leurs billets Cfa de la gamme 1992, démonétisés. Plus de 76 milliards de FCfa sont-ils ainsi devenus monnaie de singe au grand dame des détenteurs ? Certains d’entre eux ont même porté plainte contre la banque centrale qui se défausse sur les Etats membres.

Qui des Etats membres de l’Uemoa ou de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) refuse de satisfaire à la requête des populations qui attendent de voir leurs billets Cfa de la gamme 1992, échangés ? La question mérite d’être posée quand on sait que celles-ci courent depuis plus de trois ans maintenant derrière la Bceao et ses agences nationales pour changer leurs billets de banque. Rien n’y fait jusqu’ici. Plus de 76 milliards de FCfa « pourrissent » ainsi entre les mains de résidents de la zone Uemoa.

Les conséquences fâcheuses des fameuses « casses armées » des agences Bceao de Bouaké, Korgho et Man en Côte d’Ivoire continuent jusqu’ici à se faire sentir. Ces « casses » ont été pour beaucoup dans les décisions certes, successives de l’Uemoa de retirer de la circulation la gamme 1992 du Cfa. Le Conseil des ministres de l’Uemoa avait en effet, décidé lors de ses sessions du 25 septembre, du 25 mars et du 20 décembre 2003, du retrait de la circulation des anciens signes monétaires de la Bceao, de l’Institut d’émission de l’Afrique Occidentale Française et du Togo et de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Une opération qui s’est déroulée entre 2004 et 2005 dans l’espace monétaire considéré.

Ombre au tableau : le faible taux de bancarisation dans nos pays, une communication peut-être défaillante, un laxisme certain des populations ont fait que plusieurs d’entre elles n’ont pas pu, dans les délais impartis, changer auprès des agences Bceao de leurs pays respectifs leurs avoirs dans la gamme démonétisée. C’est ainsi que certains au Niger notamment s’en sont ouverts aux autorités de la Banque centrale et à leurs responsables nationaux. L’un d’eux, Neino Sani, de guerre lasse de n’avoir pas de réponse satisfaisante, aussi bien au niveau de son pays qu’au niveau du siège de la Bceao ici à Dakar, a tout bonnement esté en justice, attrayant ainsi la Banque centrale à la Cour en confiant son dossier à Me Ousmane Sèye du Barreau de Dakar. Une affaire qui a connu déjà deux renvois le 27 février et le 26 mars dernier de la part du Tribunal régional hors classe de Dakar.

Auparavant l’homme d’affaire nigérien en avait saisi l’ancien gouverneur de la Bceao, éphémère Premier ministre de la Côte d’Ivoire, Charles Konan Banni courant 2006. L’ancien patron de la Bceao l’avait rassuré en lui indiquant que l’article 8 des statuts de la Bceao réglait son problème et celui de tous ceux, qui comme lui se trouvaient dans la même situation. L’article 8 dispose en effet, « en cas de retrait de la circulation, d’une ou de plusieurs catégories de billets ou monnaies qui n’auront pas été présentés à la Banque centrale dans les délais fixés cesseront d’avoir pouvoir libératoire ». Toutefois, « la contre-valeur des signes monétaires identifiés par Etat ou agence d’émission est versée à l’Etat dans lequel ils ont été émis, celle des signes non identifiés est affectée par décision du Conseil des ministres de l’Union… ». Sensible aux récriminations qui sourdaient dans tout l’espace, le Conseil des ministres de l’Uemoa au cours de sa réunion extraordinaire tenue le 9 octobre 2006 à Ouagadougou au Burkina, après avoir approuvé le bilan des opérations de démonétisation desdits signes monétaires, décide de l’affectation des billets et pièces de monnaie de l’espèce qui n’ont pas été présentés à la Banque centrale. Les populations concernées pouvaient penser que leur peur de devoir tirer un trait sur le contenu de leurs bas de laine n’avait plus sa raison d’être. Que nenni ! Simplement parce que la plupart des Etats qui ont reçu de la Banque centrale, à en croire une correspondance datée du 14 décembre 2006 et dont Sud Quotidien détient copie, adressée au ministre de l’Economie et des finances du Niger, M. Ali Mahaman Lamine Zeine, le montant global du produit des opérations de retrait calculé sur la base de l’hypothèse selon laquelle la totalité des encaisses des agences auxiliaires de Bouaké, Korhogo et Man ont été emportées, suite aux attaques à main armées dont elles ont fait l’objet, lui ont trouvé autre destination. Pour le Niger dont certaines autorités ont argué des salaires pour ne pas échanger les billets des ayants droits, on parle d’un montant de près de 3 milliards de FCfa. Pour le Sénégal, le chiffre de près de 5 milliards est avancé, tandis que pour la Côte d’Ivoire, 27 milliards de Fcfa ont été « ristournés ».

Le nouveau gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), l’Ivoirien Philippe Henry Dacoury Tabley porté à la tête de la Banque récemment au sommet de Ouagadougou qui prête ce jour, samedi 29 mars serment devant ses pairs gouverneurs de la Banque et les ministres de l’Uemoa présents à Dakar, devra certainement se pencher sur cette question. Celle-ci touche en effet dans l’espace monétaire « sous sa juridiction » des centaines de personnes, qui risquent de voir toute une vie de labeur et d’économie aller à vau-l’eau.

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