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La rébellion congolaise suspend l’offensive mais renforce ses positions

Face à une armée qui s’effondre, un petit mouvement rebelle peut former des rêves de grandeur. Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) progressait sans être inquiété vers la ville de Kanyabayonga. Dans cette ville qui constitue le verrou du nord de la région, plusieurs brigades de troupes gouvernementales, au lieu de combattre, étaient en train de s’enfuir, mercredi 19 novembre, dans le plus grand désordre, en pillant frénétiquement la ville qu’ils étaient supposés défendre. Alors que la chute de la Kanyabayonga paraissait inéluctable, le CNDP a annoncé, mercredi, le retrait unilatéral de ses troupes de 40 km sur plusieurs axes du front Nord, notamment entre Kanyabayonga et Nyanzale, ainsi qu’entre Kabasha et Kiwanja.

Le comité politique du mouvement rebelle, aux pouvoirs assez étendus, avait pris cette décision la veille, affirmant vouloir donner « une chance à la paix » et « conforter » l’action du médiateur nommé par les Nations unies pour tenter de résoudre la crise, l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo.

Le CNDP demande à présent à la Mission des Nations unies au Congo (Monuc) de « prendre en charge la sécurité de ces zones de séparation et de s’assurer qu’aucune autre force ne vienne l’occuper », ajoutant qu' »une telle occupation rendrait immédiatement caduque la décision de retrait ».

Dès mercredi, un premier incident a opposé la Monuc à des guerriers maï-maï qui menacent de lancer un nouvel assaut sur Kiwanja, l’une des villes occupées par les rebelles. En opérant ce retrait, le CNDP, dirigé par Laurent Nkunda, se drape dans une attitude responsable et constructive alors que ses troupes ont déclenché contre la population de Kiwanja, quelques jours plus tôt, une vague de répression que le représentant au Congo des Nations unies, Alan Doss, a qualifié de « crimes de guerre ». Surtout, l’opération contre Kanyabayonga est déjà un succès. C’était là que se massaient des troupes loyalistes, équipées de blindés, qui devaient lancer une contre-offensive pour reprendre, vers le Sud, les territoires conquis par la rébellion au cours des semaines passées.

BATAILLE RANGÉE

L’armée congolaise n’a pas eu le temps de combattre, elle s’est s’effondrée. A la sortie nord de Kanyabayonga, mercredi, une dispute déclenchée par un vol avait dégénéré en affrontement ouvert entre les soldats loyalistes qui tentaient de fuir la zone en emportant le fruit des pillages des jours précédents, et les groupes armés locaux qui sont théoriquement leurs alliés. Les Maï-Maï et le groupe du Pareco (les Patriotes résistants congolais) avaient combattu l’armée en bataille rangée dans la ville, juste devant l’hôpital.

Dans les montagnes menant à Kanyabayonga par le Sud, seuls des éléments épars de la 7e brigade tenaient encore leurs positions, campant au bord de la route dans le plus complet dénuement, tandis que les premières positions rebelles se trouvaient en contrebas. Dans ces conditions, Kanyabayonga, verrou de tout le nord de la région, aurait pu être prise par les rebelles. En abandonnant sa poussée militaire, Laurent Nkunda montre qu’il fait également de la politique.

Dimanche, il avait accueilli dans son fief Olusegun Obasanjo, grandissant sa stature au passage. Au terme d’un long entretien avec l’envoyé spécial de l’ONU dans la région, Laurent Nkunda avait affirmé être prêt à négocier un cessez-le-feu avec le gouvernement. Un comité tripartite, réunissant un représentant rebelle, un représentant du gouvernement et une personnalité neutre, devait être constitué. Avec le temps, le chef du CNDP est passé de revendications locales, concernant particulièrement la protection de la minorité tutsie, à laquelle il appartient, à des plans nettement plus ambitieux, parlant même de renverser le pouvoir congolais.

Avec ses troupes dont les effectifs se montent à présent, après des recrutements récents, à environ 5500 hommes, le CNDP n’a pas les moyens d’étendre la guerre à l’échelle d’un pays continent. Les experts s’accordent sur le fait que le Rwanda voisin apporte, au moins ponctuellement, une aide militaire au CNDP, notamment en cas d’offensive ou lorsque ses troupes se trouvent en difficulté. Dans l’immédiat, la rébellion a tout intérêt à consolider ses positions, et une trêve militaire, même fragile, s’y prête à merveille.

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