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Le Gabon à l’épreuve du pétrole bon marché

Le Gabon accuse la chute des cours du pétrole dans sa proposition de loi de Finances 2009. Toutefois, la situation n’est pas alarmante car son endettement a bien baissé cette année et ses réserves sont bonnes. Reste à connaître les arbitrages qui seront faits en accord avec le FMI et la notation pays qui en découlera. Les arbitrages financiers auront, sans aucun doute, été à l’ordre du jour des rencontres entre le ministre gabonais des finances et le FMI lors du séjour de Blaise Louembe à Washington la semaine du 16 novembre. L’effondrement des cours du pétrole, la crise financière internationale et le raffermissement du dollar conduisent en effet les autorités à revoir un projet de loi de finances élaboré en septembre et présenté au Parlement il y a un mois. Les données, aujourd’hui, sont radicalement différentes. Les nouvelles hypothèses budgétaires se fondent sur un cours du pétrole fortement revu à la baisse, à 63,7 $ contre les 114,5 $ initialement prévus. Notons que vendredi 21 novembre, le baril passait en dessous de la barre des 50 $ à New York.

Un budget qui subit aussi fortement les vicissitudes monétaires, car les prix des trois principaux postes à l’exportation du Gabon – le pétrole, le manganèse et le bois exporté vers l’Asie – s’échangent sur une base dollar sur les marchés mondiaux. Et le billet vert s’est nettement affermi ces derniers mois face à l’euro, et donc au franc CFA. Le budget 2009 serait calculé sur la base d’un taux de change de 436,6 francs pour un dollar.

Ainsi, le Gabon, comme tous les autres pays, n’aura pas l’aisance budgétaire initialement anticipée. La loi de finances serait plutôt de l’ordre de 1600 milliards FCFA, soit en nette repli par rapport aux 2600 milliards FCFA initialement escomptés. On revient ainsi au niveau du budget 2008 qui était de 1675 milliards FCFA.

Excédents confortables

En réalité, Libreville tire relativement bien son épingle du jeu grâce à quatre facteurs. Tout d’abord, les excédents confortables dégagés de la formidable envolée des cours des matières premières en 2007 et début 2008 devraient permettre au pays, selon le FMI, de réduire son endettement international à 15,6% de son PIB d’ici la fin de l’année. De 1163 milliards FCFA versés en paiements d’intérêt et de capital en 2008, ce poste tomberait à 328 milliards FCFA en 2009, expliquant en grande partie la chute de 44% des dépenses budgétaires. Le niveau d’endettement global du Gabon serait de 30% alors que les critères de convergence au sein de la CEMAC sont de 60%.

En réalité, le budget qui s’esquisse pour 2009 donne, sans le vouloir, un avant goût de l’ère post-pétrole, avec une chute anticipée de 30% des recettes pétrolières entre 2008 et 2009, tandis que le reste progresserait de 10%.

Toutefois, ce retournement de situation sur le marché mondial des matières premières pourrait impacter sa notation et affecter ses conditions de crédit à l’international. Rappelons que le pays a émis, fin 2007, son premier emprunt obligataire international de l’ordre d’un milliard de dollars et sa première émission obligataire sur le marché de la CEMAC de 81,5 milliards FCFA, lui permettant de rembourser une grande partie de sa dette publique bilatérale. En réalité, la crise actuelle aurait comme principale conséquence pour le Gabon un recul plus lent que prévu de son niveau d’endettement, déjà fortement réduit.

Le deuxième facteur favorable au Gabon tient au pétrole. Certes, les cours ont chuté, mais ceci serait partiellement compensé par une progression anticipée de 15% de sa production de brut, à 13,8 millions de tonnes. Idem pour le manganèse dont les exportations sont estimées en croissance de 5,7% à 3700 tonnes, alors que son cours mondial baisse : les autorités gabonaises se basent sur un prix moyen de 347,9 $ la tonne contre 358,8 $ dans la loi de Finances 2008.

En revanche, le pays reste optimiste sur le bois : si les volumes exportés baisseraient à un total de 1 791 000 m3 d’okoumé, d’ozigo et de bois divers contre les 1 815 000 m3 stipulés dans la loi de finances 2008, les prix à l’exportation sont prévus en hausse à 100 666 FCFA (contre 97 829 dans la loi de Finances 2008) le m3 d’okoumé, 97 766 FCFA (contre 95 010) pour l’ozigo et 160 758 FCFA (contre 156 227) pour les bois divers.

Effets positifs de la crise

En réalité, le budget qui s’esquisse pour 2009 donne, sans le vouloir, un avant-goût de l’ère post-pétrole, avec une chute anticipée de 30% des recettes pétrolières entre 2008 et 2009, tandis que le reste progresserait de 10%. Les deux postes réduiraient ainsi considérablement leur écart en totalisant 950 milliards FCFA pour les premières et 786 milliards FCFA pour les recettes hors pétrole.

Mais il ne faut pas se leurrer : des économies devront être faites. Mais où ? Les dépenses de fonctionnement, considérées comme « incompressibles », accuseraient même une hausse de 0,7% dans le projet de loi de finances 2009, à 823 milliards FCFA : de ceci, 336 milliards seraient destinés aux traitements et salaires.

Restent les dépenses d’investissement, soit 315 milliards FCFA prévus en 2009 contre 295 milliards cette année. Mais l’impact de cette baisse pourrait être fortement atténué, du moins en 2009, en raison de la logique triennale des plans. Il en est notamment ainsi des 25 milliards FCFA accordés, tout à tour, à chaque province du Gabon pour développer ses infrastructures. Ces projets s’effectuent sur un laps de temps de trois à quatre ans et certains risquent de se voir repoussés à des jours meilleurs. « La crise pourrait même avoir des effets positifs », souligne-t-on en haut lieu, « car elle incitera à plus de rigueur dans la gestion des investissements. »

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