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Gabon : Où est passé le patronat ?

Depuis trois mois, le gouvernement gabonais multiplie des mesures à forte incidence économique qui affectent la productivité des entreprises et rognent dangereusement leurs marges. Devant cette avalanche de mesures, le patronat qui n’est nullement consulté par le gouvernement a choisi la posture du fœtus, au lieu de défendre les intérêts de ses membres dont les plus vulnérables sont déjà sur la corde raide. La principale raison d’être du syndicat des patrons s’est-elle dissipée dans le souffle de « l’Emergence » ?
Lors de l’élection présidentielle anticipée du 30 aout 2009, le patronat gabonais s’est invité dans la campagne en faisant passer un grand oral aux différents candidats, notamment les plus en vue d’entre eux, Ali Bongo Ondimba et André Mba Obame, pour examiner la portée économique de leurs projets de société.

Selon certaines sources, les membres du patronat auraient donné quitus au projet de l’actuel président qui avait promis de consacrer 40% du budget de l’Etat dans l’investissement. Beaucoup pensaient que cette implication du patronat dans le choix du futur président donnait enfin la possibilité à ce groupe d’intérêts de peser de tout son poids dans les choix et décisions économiques, en tant qu’interlocuteur du gouvernement.

Or, dès les premières mesures prises par le nouvel exécutif, notamment la suppression d’exportation du bois dès janvier 2010, beaucoup se sont rendus à l’évidence que le patronat n’avait pas été consulté.

Lorsque le gouvernement a décidé l’instauration de la journée continue, une mesure qui a une forte incidence sur la productivité des entreprises, là également, les vrais acteurs de l’économie, c’est-à-dire ceux qui fabriquent la croissance économique, n’ont pas été consultés.

Le gouvernement a décidé récemment qu’aucun Gabonais ne sera payé à moins de 150 000 francs CFA dans un pays où le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est plafonné à 80 000 francs CFA, ce qui suggère que les entreprises seront obligées de verser à chaque employé la côte part restante pour atteindre les 150 000 décidés par le gouvernement.

Dans ce cas aussi, le patronat n’a jamais été consulté, d’ailleurs son président Henri-Claude Oyima interrogé par la presse sur l’applicabilité de cette mesure avait répondu abruptement : «le gouvernement a décidé et nous n’avons qu’à appliquer».

Le rôle du patronat n’est-il pas de protéger ses intérêts notamment ceux de ses membres qui sont dans des secteurs vulnérables ? Dès l’instauration de la journée continue, certains restaurants par exemple ont perdu près de 70 % des taux de couverts habituels à midi ; la petite restauration n’est pas mieux lotie car ce taux avoisine 80 à 90%.

L’interdiction d’exploiter du bois a mis sur le bas-côté de la route nombre des PME et tous ceux qui s’occupent des activités connexes : des abatteurs aux sociétés de stockages en passant par les chauffeurs de grumiers. De même, les dernières mesures relatives aux heures d’ouverture et de fermeture des débits de boissons fragilisent gravement l’industrie de la nuit, déjà chancelante en raison de la précarité économique.

Si le patronat peine à devenir une force de propositions pour mieux protéger les entreprises, le gouvernement peut au moins recourir à la consultation préalable pour doser la justesse de ces réformes qui font souvent l’impasse sur les mesures d’accompagnement. Car, à force de tirer sur la corde, il risque d’étrangler la poule dont les œufs en or sont censés donner naissance au Gabon émergent.

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