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Le Haut-Ogooué : un levier pour l’essor économique du Gabon (Par Cyriaque NGOMA)

La province du Haut-Ogooué dont Franceville est le Chef-lieu située dans le sud-est du Gabon, appelé également G2 en raison de sa position suivant l’ordre d’énumération alphabétique des 9 provinces du pays, constitue un véritable levier pour l’essor économique du Gabon en raison de ses nombreuses potentialités en exploitation, en voie ou non encore exploitées.

L’histoire de la formation de la région du Haut-Ogooué, entité historique mais aussi politique et administrative, s’entremêle à celle de l’exploitation du fleuve Ogooué, de la création du poste colonial de Franceville et de la formation du territoire gabonais.

L’exploration du cours supérieur de l’Ogooué fut entreprise par Alfred Marche et Louis Alphonse Victor Dupont dit le Marquis de Compiègne qui atteignirent le village Lopé en fin janvier 1874. Inspiré par leurs récits de voyages, Pierre Paul François Camille Savorgnan de Brazza, surnommé ‘’Boulamatari’’ par les autochtones entreprit, à son tour, l’exploration des régions inconnues du cours supérieur de l’Ogooué entre 1874 et 1877. Le 13 juin 1880, à l’issue des accords passés avec les chefs traditionnels de Masuku et de la Haute Passa, il fonda la première station hospitalière du comité français de l’Association internationale africaine (AIA) ; Francheville (la ville des villes franchises).

Cependant, dans un rapport fait à l’A.I.A. en avril 1881, De Brazza écrit : « je suis arrivé à Franceville… » Dès lors, Francheville (ville d’Auvergne en France) a été troqué en Franceville et est resté définitivement comme la dénomination de la capitale du Haut-Ogooué.

A partir du 30 octobre 1893, le poste de Franceville est mis en valeur avec l’installation de grandes compagnies concessionnaires dont la société du Haut-Ogooué (SHO), suivie de celle des missionnaires en juin 1897. Ceux-ci vont fonder la mission de Franceville consacrée au Sacré-Cœur de Jésus. Elle fut baptisée, le 21 juin 1901, Mission Saint-Hilaire.

En 1910, le Gabon est divisé en circonscriptions (16 civiles et 4 militaires). Parmi celles-ci, la circonscription du Haut-Ogooué dont Franceville devient le chef-lieu.

En 1925, le Haut-Ogooué est rattaché au Moyen-Congo avant de revenir au Gabon un peu plus deux décennies après, par décret N° du 16 octobre 1946, portant réorganisation administrative de l’Afrique équatoriale française.

L’évolution de l’histoire poussée par la conférence de Brazzaville en 1944 va devenir de plus en plus importante. Le Haut-Ogooué est représenté au Conseil territorial (devenu Assemblée territoriale puis Assemblée nationale aujourd’hui) par ses premiers hommes politiques dont Olivier Okikadi, Eugène Marcel Amogho, Bernard Otha, Polycarpe Joumas et… Marcel A. Sandoungoult.

Le 17 aout 1960, le Gabon accède à la souveraineté internationale et, du coup, Mounana et Moanda deviennent célèbres en raison de l’exploitation de l’uranium et du Manganèse qui vont changer le cours de la vie des populations locales mais aussi de nombreux Gabonais et expatriés.

La province du Haut-Ogooué (une des neuf que compte le pays) est située au Sud-est du Gabon. Elle est limitée au Nord par la province de l’Ogooué Ivindo, à l’Est et au Sud par la République du Congo-Brazza puis à l’Ouest par la province de l’Ogooué Lolo et couvre une superficie de 36 547 km2.

Vaste région, le Haut-Ogooué est essentiellement collinaire et se situe à une altitude variant entre 400 et 600 mètres au dessus du niveau de la mer. Le défilement de ses collines à l’Est donne une impression tabulaire éponyme de l’un des départements (Plateaux Batéké). C’est au Sud de cette province que le fleuve Ogooué prend sa source dans la contrée de Létili, à la frontière du Congo.

Son climat de type équatorial, chaud et humide, caractérisé par des températures constantes et élevées dont la moyenne annuelle se situe autour de 26°C se définit par deux grandes saisons : une pluvieuse qui dure jusqu’à 8 mois et une sèche qui atteint parfois les quatre mois, entrecoupées par de petites saisons intermédiaires. Sa régularité favorise une végétation luxuriante faite de savanes, de plaines, de forêts et de forêts-galeries et constituent un formidable habitacle pour la faune qui se compte par dizaines d’espèces dont les exotiques.

La vie est facilitée par la présence d’un important réseau hydrographique, riche et varié, fait d’un majestueux fleuve (l’Ogooué) ; de plusieurs rivières, affluents ou non de l’Ogooué (Passa, Lékoni, Djoumou, Lébombi, Létili, Lékoko, Brikolo, Djouori, etc.), mais aussi de lacs et lagunes dont Souba, Kayie, Mangoungou et autres.

Avec une densité d’environ 6,3 hab./Km2, la province du Haut-Ogooué est l’une des plus peuplées du Gabon. Elle compte 228 471 hab. (recensement 2010) dont près de 105 000 résident à Franceville et 40 000 à Moanda (63 Km à l’Ouest). Okondja, Akiéni, Léconi, Bakoumba et Mounana constituent d’autres pôles importants de concentration humaine.

Le Haut-Ogooué est essentiellement peuplé des Pygmées (populations autochtones), des Ndumu, des Awandji, Téké, Nzebi, Kota, Bahumbu, Bakanikê, Bougom, Mbahoin, Obamba, etc. Toutes ces ethnies cohabitent en parfaite intelligence, s’entrecroisant continuellement. Ils sont au quotidien côtoyés par d’autres Gabonais et une importante communauté d’expatriés.

Bien qu’elle ne soit pas la plus grande province physiquement, le Haut-Ogooué, mieux que d’autres, compte 11 départements et trois importants districts, faisant d’elle la plus grande province administrative du Gabon. La Passa (Franceville) ; la Lébombi-Leyou (Moanda, 63 Km à l’Ouest) ; la Sébé-Brikolo (Okondja, 137 Km au Nord, par le district d’Andjogho) ; La Lékoni-Lékori (Akiéni, 94 Km au Nord-est) ; les Plateaux (Léconi, 102 Km à l’extrême Est) ; la Lékoko (Bakoumba, 113 Km au Sud-ouest) ; la Djoué (Onga, 220 Km au Nord-est) ; la Bayi-Brikolo (Aboumi, 227 Km au Nord-est) ; la Lékabi-Lewolo (Ngouoni, Environ 50 Km au Nord-est) ; la Djouori-Agnili (Bongoville, 40 Km à l’Est) et l’Ogooué-Létili (Boumango, environ 90 Km au Sud) sont les différents découpages administratifs et Mounana (Lébombi-Leyou), Lékabi (Andjogho) puis Lékori (Sébé-Brikolo) les districts de la province.

Les départements sont reliés entre eux par des routes, pour la plupart non bitumées. Seulement 300 Km de routes sont revêtus sur près 900 Km de réseau. L’aéroport Omar Bongo Ondimba de Mvengué (environ 25 Km au Sud-ouest de Franceville), en pleine réhabilitation, demeure la grande vitrine internationale de la province.

Le Haut-Ogooué est une province à vocation agricole. En plus des cultures de rentes telles que le café et le cacao relancés par la Caisse de stabilisation et des péréquations, on cultive du manioc dans tous les départements, la banane, l’igname (Léconi) et les autres cultures vivrières (légumes et légumineuses).

Le tissu économique de la province est soutenu par la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) qui exploite du manganèse depuis une cinquantaine d’années sur la région de Moanda, donnant de l’emploi à plus d’un millier de Gabonais. La Sucrerie africaine du Gabon (Sucaf) est un autre pourvoyeur d’emplois (plus de 500 directs et 600 indirects). Le tableau est entrain d’être complété par BHP Billiton qui va commencer l’exploitation du manganèse dans la région de Franceville ; Areva qui prospecte l’uranium quelques années seulement après la cessation des activités d’exploitation de Comuf à Mounana ; EBL qui exploite de l’or à Bakoudou, dans les environs de Bakoumba, etc. D’autres potentialités attendent des investisseurs, à savoir le manganèse et le fer d’Okondja.

Le secteur minier connaitra dès l’année 2013 un boom qui n’aura pas de précédent au Gabon, surtout avec l’achèvement cette année-là des travaux de construction du barrage hydroélectrique du Grand Poubara, 3e du genre, très attendu pour le démarrage des activités des deux usines de manganèse métal et de silico-manganèse à Moanda.

L’or vert exploité par la compagnie équatoriale des bois (CEB) et Rougier Gabon détient une belle part dans le développement de la région.

La position stratégique de la province qui sert de pont avec le Congo voisin a suscité de la concurrence dans le secteur des services. De nombreuses entreprises de prestations se sont installées à Franceville, commandant la construction d’un terminal à conteneurs, véritable secours à l’économie en pleine mutation de la province et partant, du Gabon.

Les services et les commerces sont détenus par des expatriés, pour la plupart d’origine ouest-africaine et libanaise.

L’arrimage de la province aux nouvelles technologies de la communication ne se fait pas sans difficultés. Quatre sociétés de téléphonie mobile ont élus domicile dans la province et notamment à Franceville. Cependant, ils ne satisfont pas les besoins des consommateurs. Il en est de même pour Internet qui demeure encore un véritable luxe.

Le sport demeure le meilleur divertissement dans la province. Les différentes formations de la province (football, volley, boxe, basketball, etc.) figurent parmi les meilleures du pays, notamment Mangasport qui est l’un des meilleurs clubs de football et qui a d’ailleurs fourni à l’équipe nationale l’essentiel de ses joueurs depuis ces dernières années.

C’est de bonne guerre que la province accueille l’une des poules de la 28e CAN de football que le Gabon organise avec la Guinée Equatoriale. Les travaux suffisamment avancés ne laissent plus de place au doute à ce jour.

Le transport demeure la grande faiblesse de la région. La saturation du chemin de fer qui, tant bien que mal, s’efforce de gérer les flux de passagers aurait été soulagée par la route Libreville/Franceville. Les travaux en cours pourraient soulager un tant soit peu les usagers. Les transports aériens ne suivent pas et ne sont pas toujours réguliers.

Quant aux transports urbains, ils demeurent un casse-tête indéchiffrable à ce jour. Les populations sont prises en otage par ceux qui existent. Les prix de trajets sont fixés au gré des humeurs et ne se marchandent pas. Il manque une véritable entreprise de transports à Franceville et à Moanda.

Sur le plan touristique, la province dispose d’importants atouts qui en font l’une des plus touristiques.

Si le parc National des Plateaux Batéké à lui seul ne suffit pas pour démontrer l’importance que le Gabon accorde à la faune et à la flore, celui de la Lékédi à Bakoumba peut lui prêter main forte. Mais en plus, il y a les sempiternels canyons de Léconi ; le pont en lianes et les chutes de Poubara ; les ponts suspendus en lianes de Kabaga et Ambinda ; le pont suspendu en fils de fer de Bakoumba ; le zoo du Centre international des recherches médicales de Franceville (CIRMF) ; le centre émetteur de Moyabi ; l’eau claire à Léconi ; les anciens pylônes du téléphérique à Bakoumba ; mais aussi de nombreuses curiosités telles que l’empreinte de pied sur un rocher à Okila ; l’empreinte de la main à Poubara ; l’arbre qui porte toutes les feuilles de la foret à Osselé ; les pétroglyphes de Kaya-Kaya ; la grotte de Ndjimilongo ; les grottes de Makatamangoye, les vestiges de l’arbre qui parle, etc.

Des hôtels de grande classe sont quotidiennement au service d’une clientèle mixte. A coté se trouvent de nombreuses structures de classe moyenne, auberges et motels capables de recevoir du monde. Parmi ces structures, l’intercontinental Léconi Palace (en réfection), Poubara, Masuku et autres.

Le patrimoine culturel du Haut-Ogooué est riche, diversifié et est fait de rites initiatiques qui font la fierté des ses habitants tels que le Ndjobi ; le Moungala ; le Lichimbu ; l’Okira, etc.

Les danses traditionnelles telles que le Ndjobi ; le Moungala ; le Lichimbu ; l’Obeyi ; le Ngwata sont à l’image des sociétés qui les incarnent et servent à agrémenter les soirées dans les villages, lors des cérémonies quelconques où la circoncision des garçons donne lieu à de véritables cultes. On danse au son du Djaga (hochet), du Ngomo (tamtam), du Ngowi (cithare), de l’Obeli (calebasse), du Lankwa ou de l’Anghi et autres instruments et on boit du ’’tutu’’ (vin de palme), l’Onganda (vin de maïs), le musungu (vin de canne à sucre), le malanga et d’autres boissons locales riches en vertus.

Généralement, on accompagne son plat de nkumu ofula (gneten africanum au cahouin), de mugniaka, d’enkanda (asperges), de mayagha (feuilles de manioc) avec l’ekwo, le pita, l’okunga, le tena (manioc) ; les pala (tubercules), la banane, le taro ou l’omongi (la patate).

Province aux innombrables richesses (humaines, naturelles, agricoles et minières) encore inexploitées ou sous-exploitées, le Haut-Ogooué constitue un véritable levier pour le développement économique du Gabon et un meilleur appui, de même que les autres provinces, pour une bonne assurance d’après pétrole. Mais il faudra que les pouvoirs publics fassent un meilleur recensement de ce potentiel et investisse utilement afin de transformer le quotidien de tous et, par conséquent la mentalité. « Faites les hommes heureux, vous les faites meilleurs », écrivit Victor Hugo dans les Misérables.

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