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Les islamistes d’Ansar Dine en position de force dans le nord du Mali

Le groupe islamiste armé se pose en interlocuteur principal des nouvelles autorités maliennes de transition.

Par Jamila Aridj

Il libère des prisonniers et se permet de faire une offre de dialogue à Bamako : deux semaines après que le nord du Mali a échappé au contrôle du pouvoir central, le groupe islamiste armé Ansar Dine, qui prône la charia (loi islamique) dans tout le pays, est en position de force. Le chef d’Ansar Dine (défenseur de l’islam, en arabe), l’ex-rebelle touareg Iyad Ag Ghaly, avait frappé fort samedi en libérant 160 militaires maliens prisonniers. Un geste qui a fait dire à Tiebilé Dramé, émissaire du président intérimaire malien Dioncounda Traoré, que « des bases existent pour un dialogue » avec ce groupe, mais pas avec son allié al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) et ses « djihadistes qui ne sont pas maliens ».

Justement, Ansar Dine faisait savoir dimanche qu’il était « disposé à discuter » avec Bamako et à ouvrir l’accès à l’aide humanitaire, à condition qu’il n’y ait aucune ingérence des Occidentaux, les « non-musulmans ». Ainsi ce groupe se pose-t-il comme l’interlocuteur principal des nouvelles autorités maliennes de transition, même si de premiers contacts officiels entre Bamako et les rebelles touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) ont été noués dimanche soir. Car, sur le terrain, les hommes du « cheikh », comme est surnommé Iyad Ag Ghaly, s’imposent de plus en plus face au MNLA et aux autres groupes.

« La force militaire d’Ansar Dine à Tombouctou, Gao et Kidal », capitales des trois grandes régions du Nord, « est indiscutable. Ils sont dans une position dominante », déclare le journaliste Tiégoum Boubéye Maïga, originaire de la zone de Gao. « Ansar Dine est le groupe qui a le plus de marge de manoeuvre, celui qui s’impose, ou qui peut s’imposer aux autres plus facilement, compte tenu de l’appui financier, militaire et en hommes qu’il reçoit d’Aqmi », explique une source diplomatique africaine. Pourtant, c’est le MNLA qui avait lancé mi-janvier l’offensive. Ces rebelles ont proclamé « l’indépendance » de la région, mais cette déclaration a été rejetée par la communauté internationale et est restée lettre morte vu le rapport des forces sur place.

Ag Ghaly « fédérateur »?

Ansar Dine, qui au fil de semaines s’est accaparé une bonne partie de l’arsenal de l’armée, mais aussi du MNLA, selon des sources concordantes, ne veut pas entendre parler d’indépendance. « Nous voulons créer la charia dans tout le territoire malien, du nord au sud, à l’est, à l’ouest », indiquait un responsable dans une vidéo qui annonçait la création du groupe. Si durant les combats, le MNLA et Ansar Dine ont souvent affronté ensemble l’armée, aujourd’hui le Nord et chacune de ses grandes villes sont divisés en zones d’influence entre les divers groupes, dont les effectifs sont parfois évalués à un millier d’hommes au total, parmi lesquels des trafiquants en tout genre.

Iyad Ag Ghaly est très fortement implanté à Kidal (nord-est), dont il est natif, mais il a réussi la performance d’occuper le coeur de Tombouctou (nord-ouest), une ville qui compte très peu de Touareg. Le chef d’Ansar Dine avait encore reçu le soutien d’Aqmi pour la prise de cette ville. Omar Ould Hamaha, son chef militaire à Tombouctou, est avant tout un lieutenant de Moktar Ben Moktar, l’une des trois têtes d’Aqmi dans les katibas (cellules combattantes) du Sahel. Dans les zones qu’il contrôle, le groupe d’Ag Ghaly tente de se gagner les faveurs des habitants. « Ansar Dine est en train de tout faire pour que l’hôpital de Gao fonctionne à nouveau et il arrête les pillards », raconte le député Abdou Sidibé.

La question est de savoir si la coexistence pacifique, malgré les tensions au quotidien, perdurera entre Ansar Dine et le MNLA. Pour Mohamed Assaley, un maire d’une localité de la région rallié au MNLA, « Iyad Ag Ghaly peut jouer un rôle fédérateur, si on aplanit avec lui nos divergences ». « Nous allons voir si les deux vont se battre ou trouver un terrain d’entente, souligne Malick Maïga », journaliste malien dans le Nord. « La réponse, c’est pour bientôt. »

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