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Lutte contre la corruption : 92 dossiers et non 92 justiciables

Surfant sur l’atelier pour l’élaboration de la stratégie nationale de lutte contre la corruption et le blanchiment des capitaux qui s’est terminé 9 août 2012 à Libreville, le président de la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI), Vincent Lebondo-LeMali s’est ouvert à Gabonreview, expliquant le rôle de cette structure et les fameux 92 dossiers en attente de la Cour criminelle spéciale.

Monsieur le président, quel est le rôle de cet autre atelier qui se termine, alors que les Gabonais attendent des résultats concrets de la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI) ? Qu’est-ce qu’il apporte de nouveau ?

Il faut avouer qu’on est parfois un peu déçu de ce que, depuis huit ans, la presse ne nous suit pas et ce n’est que chaque fois qu’il y a un événement qu’on nous pose les mêmes questions. Le Gabon a signé avec le Pnud (Ndlr : Programme des Nations unies pour le développement) un document qui nous demande de planifier notre lutte contre la corruption. Nous sommes dans le domaine de la planification et de l’organisation de cette lutte. Hier (Ndlr : mercredi 8 aout 2012) à l’ouverture des travaux, nous avons dit qu’il s’agit d’une boussole qui va nous permettre de voir ce qui a été fait, ce qui est à améliorer et ce qu’on doit faire dans trois, quatre, cinq voire dix ans. Parce que, ailleurs, la lutte, est organisée. Mais chez nous, on combat un ennemi qu’on ne connaît pas. Il faut bien cerner le domaine dans lequel nous sommes.

Maintenant, les Gabonais attendent. Oui, ils attendent ! Nous aussi, on attend. Ça fait aujourd’hui un an que je dis : mettez en place la Cour criminelle spéciale et, nous, on vous donne les dossiers. On a déjà dit qu’on a plus de 90 dossiers. Depuis un an, on a plus de 90 dossiers qui sont prêts à aller chez le juge. Et ce n’est qu’un décret qu’il faut prendre. La Cour criminelle spéciale existe. Il faut simplement prendre le décret qui en nomme le président et les membres. Les activités de la dernière Cour criminelle qui a été mise en place se sont terminées en 2009. Nous sommes en 2012, ça fait trois ans que cette structure attend la nomination de ses membres. Ce n’est à la Commission de nommer ces membres. La Commission alimentera la structure quand la Cour criminelle spéciale sera mise en place.

Mais, 92 dossiers, n’est-ce pas insignifiant lorsqu’on connait l’étendue de la corruption et de l’enrichissement illicite dans le pays ?

Laissons venir les dossiers et on verra bien. Souvent quand nous parlons de dossiers, les gens ne nous comprennent pas bien. Un dossier, qu’est-ce que c’est ? On va prendre un exemple : contrôle du parc automobile de l’Assemblée nationale. L’Assemblée nationale a 120 députés plus les autres fonctionnaires. Imaginons par extraordinaire qu’il y a détournement de 80 véhicules. Ce sera donc les 80 utilisateurs de ces voitures auxquels il faudra ajouter tous les autres complices ayant contribué au détournement. Mais tout cela ne fait qu’un seul dossier, le dossier de l’Assemblée nationale. Cela signifie que, par dossier, on peut avoir 10, 50 ou 80 personnes impliquées. Nous avons 92 dossiers. Ce ne sont pas 92 justiciables, vous comprenez. Ça veut dire que ces dossiers concernent peut être 5 000 personnes.

Les «gros bonnet» sont-ils touchés ? Les Gabonais estiment qu’ils ne seront pas dans ces dossiers?

(Rires) Pourquoi voulez-vous qu’on mette tout le monde en prison ? Ce qui nous intéresse, nous, ce n’est pas de mettre les gens en prison. Notre rôle est de récupérer le butin et d’empêcher aux gens de perpétuer cette pratique.

Déjà, ce n’est pas juste de penser qu’il y a des sélections ou des discriminations. C’est nous qui faisons des investigations. Comment savent-ils qu’il n’y a pas de gros bonnets ? Je vais vous dire que la première fois qu’on a auditionné un membre du gouvernement, je ne parle pas du gouvernement sorti, je parle des membres du gouvernement en fonction. La première personne a demandé, «pourquoi vous commencez par moi ?». La deuxième personne a demandé, «pourquoi vous commencez par moi ?», la troisième fois a demandé, «pourquoi vous commencez par moi ?» (Rires). On leur répondait, mais qui vous a dit que vous êtes le premier ou le dernier ? Ils ne peuvent le savoir. Les Gabonais ne peuvent pas savoir, vu que c’est sous le sceau du secret de l’instruction. Je ne vais pas quand même passer à la télé pour dire tels ministres ou tels autres ministres sont en délicatesse avec nous. Non. Il ne faut quand même pas oublier que la commission du Gabon, modestie mise à part, est l’une des meilleurs en Afrique centrale. Les autres le reconnaissent.

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