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Des ministres qui bafouent l’autorité de Ndong Sima

Nouveau coup dur pour le chef du gouvernement : trois de ses ministres l’ont laissé choir alors qu’ils étaient attendus pour une conférence de presse commune le 14 décembre. Un boycott qui relance le débat sur les ministres en prise directe avec la présidence, qui faussent la cohésion de l’action gouvernementale et minent la politique du chef de l’État. Un boycott qui ramène au souvenir de ce que subit Ndong Sima.

Raymond Ndong Sima, Premier ministre de la République gabonaise © D.R.

En vue de clôturer un voyage de presse, du 10 au 14 décembre, sous le thème «les chantiers de l’émergence», le Premier ministre, Raymond Ndong Sima, devait donner une conférence de presse le vendredi 14 décembre 2012 à Libreville, en compagnie des trois ministres concernés par les chantiers visités. Mal lui en a pris, le ministre de l’Éducation nationale et de l’Enseignement Supérieur, Séraphin Moundounga, le ministre de la Santé, Léon Nzouba, et le ministre du Pétrole, de l’Énergie et des Ressources Hydrauliques, Étienne Ngoubou, ayant choisi de le planter au dernier moment.

Les journalistes ont donc attendu une heure environ durant laquelle le service du protocole du Premier ministre continuait de s’assurer de l’arrivée des ministres concernés au Méridien Ré-Ndama où devait avoir lieu la rencontre. Alors que ces membres du cabinet Ndong Sima avaient été avertis par correspondance et au téléphone, certains d’entre eux ont trouvé des alibis de dernier recours : un tel n’avait pas été mis au parfum du rendez-vous par ses services, tel autre avait une urgence familiale ou un déplacement de suprême importance. Mme Camélia Ntoutoume Leclerq, conseiller et directrice de la communication de la Primature, s’est finalement résolue à venir présenter aux médias les excuses du Premier ministre, et expliquer que l’annulation de la conférence de presse était consécutive à l’indisponibilité des ministres qui devaient expliciter aux journalistes les tenants et aboutissants des projets en réalisation, notés lors du voyage de presse.

Pour certains journalistes, ces ministres avaient quelques appréhensions à s’exprimer devant la presse, surtout après la présentation, par Raymond Ndong Sima lui-même, du Plan stratégique Gabon émergent 2025 dont les articulations concernant leurs départements ne devaient pas manquer d’être abordées. Pour d’autres, il s’est tout simplement agi d’un boycott de l’action du chef du gouvernement. Forts du soutien dont ils bénéficient, peu ou prou, dans la plus haute sphère du pouvoir, tous ces ministres se contrefichent vraisemblablement du Premier ministre. Si Séraphin Moundounga et Léon Nzouba sont notoirement connus pour ne se revendiquer que du président de la République, le giron d’Étienne Ngoubou assure depuis un moment qu’il n’a de comptes à rendre qu’à Maixent Accrombessi, le directeur de cabinet du président de la République.

À cet effet, diverses sources notent que la veille de cette conférence de presse, Étienne Ngoubou s’en est vertement pris à Mme Camélia Ntoutoume Leclerq, directrice de la communication à la Primature. Celle-ci aurait été blâmée pour avoir entrepris d’amener la presse sur les chantiers de la SEEG qui relèvent du ministère de l’Énergie et des Ressources Hydrauliques. Les choses se sont ensuite arrangées et la visite des chantiers a eu lieu, sans doute grâce à une intercession du Comité de communication (Cocom) de la Présidence de la République. La logique voudrait pourtant que le service d’information du gouvernement soit placé sous l’autorité du Premier ministre. De ce fait, ses services sont habilités à coordonner la politique de communication des différents départements ministériels et à diffuser, à la presse ou au public, des informations sur l’action du gouvernement. On note que lors de ce voyage de presse, organisé par le service de presse de la Primature et le Cocom, seul Séraphin Mondounga a daigné envoyer des représentants en vue de détailler les réalisations de son ministère sur le terrain.

Raymond Ndong Sima semble d’ailleurs être un homme seul au sein de l’exécutif. Plusieurs caciques du PDG inciteraient le président de la République à se débarrasser de ce membre récent du parti au pouvoir, marqué par son appartenance passée à l’UGDD, l’ancien parti de l’opposant Zacharie Myboto. On note que de toute l’histoire du Gabon, il est le seul Premier ministre dont le directeur de cabinet, Pierre-Célestin Méyé Bika, n’assiste pas au conseil des ministres. Des sources concordantes soutiennent que le secrétaire général du gouvernement, Pacôme Moubelet-Boubeya, ne lui a jamais délivré l’accréditation nécessaire. Des chausse-trappes sont ainsi posées régulièrement à Ndong Sima par ceux qui rêvent de son poste et qui ne lui pardonnent pas d’avoir engrangé quelques succès avec la réforme de l’administration.

Si Ndong Sima est tant combattu, si ses ministres restent en ligne direct avec le président de la République ou avec le directeur de cabinet de celui-ci, c’est que le Premier ministre est relégué au rang de spectateur de son propre gouvernement. Avoir de l’autorité, dit-on, c’est trouver le moyen de faire adhérer des individus à un projet. L’homme devrait donc en tirer les conséquences.

En boycottant le Premier ministre, les super ministres entravent cependant la matérialisation du programme du chef de l’État dont ils se réclament et qui ne sanctionne jamais les nombreux errements de ses protégés envers le chef du gouvernement qu’il a pourtant lui-même choisi. En affichant leur irrévérence envers la hiérarchie institutionnelle, ces super ministres démontrent qu’ils ne roulent que pour eux-mêmes et pas du tout pour la politique de l’émergence, qui nécessite encore et encore une promotion auprès de l’opinion publique. On croyait l’époque des «roitelets» disparue avec Omar Bongo, on réalise que l’espèce se reproduit encore plus vite et avec plus d’arrogance sous l’émergence. A leur sujet, notre confrère Gaboneco a poussé les interrogations essentielles : «Ces ministres partagent-ils réellement la vision du président Ali Bongo Ondimba ? Sont ils prêts à œuvrer pour le bien être des populations ? Le développement du pays est-il une réelle préoccupation pour ceux-ci ? Quelle sanction est prévue dans ces conditions face à ces comportements répréhensibles ?».

Des sanctions, il n’y en aura certainement pas tout de suite puisqu’elles n’interviennent qu’avec les remaniements du gouvernement. On espère, en attendant, que la presse, qui compte pour des prunes aux yeux de ces roitelets, va se charger de sévir à chaque fois qu’il le faudra.

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