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Zimbabwe: les habitants d’Harare prêts à tourner la page Mugabe

« Enfin, nous entrons dans une nouvelle ère ! » Dans les rues d’Harare, des Zimbabwéens espéraient mercredi que l’intervention de l’armée contre le président Robert Mugabe mette bien un terme à ses 37 ans de pouvoir jugés désastreux pour le pays.

A 93 ans, le plus vieux dirigeant en exercice au monde se trouve en résidence surveillée depuis la nuit dernière, empêché par des militaires de quitter son domicile.

L’armée, qui encercle plusieurs sites stratégiques de la capitale zimbabwéenne, assure viser les « criminels » dans son entourage et ne pas vouloir « renverser le gouvernement ». Mais pour de nombreux habitants, son heure est venue.

« Nous sommes contents de ce qui se passe », exulte Keresenzia Moyo, 65 ans. « On a besoin de changement dans ce pays, notre situation est pathétique, notre économie en plein marasme ».

Cette femme au foyer croisée par l’AFP à la sortie d’un hôpital se réjouit que le bras de fer se joue « au sommet et n’affecte pas les gens de base ».

L’affluence dans les marchés, devant les banques ou aux arrêts des minibus restait en effet semblable à la normale mercredi.

Pour Mme Moyo, « Mugabe a joué son rôle et a d’abord été une bonne personne avant de se perdre ». « Nous pouvons lui pardonner mais il est temps de prendre un nouveau départ ».

– ‘Emballer ses affaires’ –

Robert Mugabe a longtemps bénéficié d’une aura positive dans son pays et à l’étranger grâce à son combat pour l’indépendance de cette ancienne colonie britannique puis aux politiques sociales progressistes mises en place à son arrivée au pouvoir en 1980.

Le durcissement de son régime et les politiques économiques erratiques de ses gouvernements ont ensuite plongé le Zimbabwe dans une crise endémique, entraîné la désaffection progressive de son peuple et fait de son pays un paria pour l’Occident.

« Il est devenu un poids pour le pays, parce qu’il s’est concentré sur son pouvoir. C’était un dictateur », estime Tafadzwa Masango, un chômeur de 35 ans qui, à coups d’imparfait, tourne déjà la page. « Il doit emballer ses affaires et quitter le pays ».

Et d’asséner: « nous espérons que le Zimbabwe sera meilleur une fois sorti de l’ère Mugabe ».

Malgré ces espoirs, plusieurs Zimbabwéens exprimaient aussi également une inquiétude face à la confusion de la situation.

« Nous ne savons pas ce que ça veut dire et ce que nous devons faire », confie Karen Mvelani, une étudiante de 21 ans. « On a besoin de savoir dans quel sens nous allons ».

Precious Shumba, directrice d’une association d’habitants de la capitale, a des idées à ce sujet. « Je souhaite que les militaires annoncent immédiatement un gouvernement de transition et fixent clairement la date des prochaines élections ».

« On a besoin d’un gouvernement intérimaire pour débarrasser le pays des politiques toxiques de favoritisme, de corruption et de clientélisme », juge-t-elle. Pour elle, il s’agit de « rompre enfin avec le passé pour entrer dans une nouvelle ère ».

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